lundi 12 mai 2008

Chapitres 30 et 31...

30


Lorsqu'ils arrivent devant la maison il est dix heure vingt. Le volet de la porte d'entrée est fermé.
Stéphane s'est garé sur le chemin, comme convenu, il lance un coup de klaxon.
Pas de réponse. La porte reste close.
--elle dort encore. Je l'ai quittée tard hier soir.
Deuxième coup de klaxon, prolongé celui-ci, et répété trois fois.
Ils attendent, le doute s'insinuant insidieusement dans leurs esprits. Le temps semble immobile, rien ne bouge. Ils évitent de se regarder, hypnotisés par la porte de bois fermée. De longues minutes s'écoulent. Stéphane, presque dans un bond, saisi la poignée de la porte en tournant un regard inquiet vers son grand-père.
--]'y vais.
Le ton est péremptoire, mais le vieux ne le regarde pas. Il fixe toujours la porte et pose brusquement sa main sur le bras qui s'apprête à suivre le corps dehors.
--Pas la peine. Elle est là.
Le vieux sourit, incroyablement doux.
Stéphane regarde la porte qui vient de s'ouvrir et la jeune femme en peignoir qui leur fait signe. Elle disparaît de nouveau dans la maison. Deux doigts levés et une main qui s'oppose. Attendez-moi deux minutes.
--on lui a offert un réveil en fanfare!
Stéphane se détends aussi. Le stress éprouvé à disparu. Son corps se vide un instant et il s'effondre au fond de son siège.
--c'est pas humain, décidément. Les histoires fantastiques sont amusantes à lire, mais pas à vivre.
--c'est comme les grandes fresques amoureuses. Ta grand-mère a vu « Autant en emporte le vent » une bonne dizaine de fois, tu sais. Et pourtant, elle me disait toujours que pour rien au monde elle n’aura voulu la place de Scarlett O'Hara. C'est ce qui fait la force d'une fiction, ça permet d'y être sans rIsque.
--ouais. C'est moi qui lui avais offert la cassette pour son anniversaire. C'était en quatre-vingt sept, Je crois. »
Au bout de quelques minutes, Julie reparu à la porte, vêtue de pied en cap en jogging et basquets. Le vieux apprécia le pragmatisme de la démarche. Cette fille du hasard lui semblait bien réaliste, un rien trop, peut-être. Il n'avait pas de doute sur le fait du hasard, mais comme son petit fils, il s'interrogeait sur ce qu'elle pouvait bien cacher de si étrange pour que la maison les réunisse.
Elle arrive d'un pas vif à la voiture pendant qu'ils en descendent. Stéphane va au devant d'elle et la serre un peu gauchement dans ses bras. Il n'a aucune raison de le faire, leur relation n'est pas au stade des marques avérées de tendresse, mais la situation particulière qui les lit n'a aucun précédent, et il ne se réfrène pas. Il se retourne vers Darius qui s'est approché tranquillement.
--papet, je te présente Julie. Julie, Darius, mon grand-père.
--j'aurais aimé faire votre connaissance en d'autres circonstances, mais je suis contente de vous rencontrer.
--nous ne nous serions peut-être pas rencontré, sans ces circonstances.
Julie apprécie le regard vif du vieillard. Il correspond en tout point à l'image que la description de Stéphane avait suscitée en elle. Elle les regarde tour à tour l'un et l'autre, et note une ressemblance flagrante. On pourrait en regardant le vieux, imaginer presque ce à quoi ressemblera Stéphane au même age.
--il y a du nouveau.
Les regards interrogatifs l'invitent à poursuivre.
--J'ai vu la fillette, hier soir, et j'ai bien cru que la salle de bain aller de nouveau avoir besoin d'un coup de fraicheur.
Elle raconte l'épisode de la douche jusqu'aux médicaments qui avaient fait disparaître la gamine, leur donnant au passage son « petit truc » pour éviter les visites nocturnes.
Le vieux n'a pas pipé mot. Il s'est assis dans la voiture, côté passager, la portière ouverte pendant qu'eux sont installés en face de lui, sur le sol du talus qui borde le chemin de terre.
A la fin du récit, il prend enfin la parole.
--Julie, ce que vous me dites là confirme ce que je pensais déjà. Il y a un lien entre vous et ce
Phénomène. Je ne sais pas lequel, mais il y en a un. Est-ce que je me trompe ?
--manifestement pas, Darius.
--Je pense que ce n'est pas la première fois que vous êtes confronté à quelque chose dans le genre, et qu'il va falloir que vous nous racontiez tout pour que nous puissions tous les trois trouver une solution à cette histoire.
Le visage de Julie s'est assombri.
--vous êtes perspicace Et bien, je crois que vous avez raison, même si c'est loin de me réjouir.
Elle s'est tournée vers Stéphane.
-- je suis veuve. Depuis deux ans. Nous nous sommes rencontrés sur les bancs du lycée et nous ne nous sommes plus jamais quittés. Nous nous sommes mariés à l’age de vingt ans, et la même année, j’ai eu une petite fille qui s’appelle Léa. Elle a neuf ans et je lui ai promis d’aller la chercher la semaine prochaine pour la ramener ici.
Mon mari s’appelait Paul, il est mort dans un accident de la route suivit de l’épisode le plus étrange que j’ai vécu j’jusqu’a…ici. C’était le début des vacances de Février, et nous avions décidé de partir en vacance dès que l’école serait terminée. Je suis écrivain, donc je prends mes congés quand je veux. Lui, il était scientifique, il travaillait au CNRS, dans un laboratoire spécialisé et quasi secret qui traite des phénomènes étranges inexpliqués. Ce laboratoire, la plupart du temps, sert à démasquer les imposteurs qui font pleurer des statues, bouger les crucifix dans les églises ou qui font croire à des châteaux hantés. C’était toute sa vie. Il était persuadé qu’un jour, ses collègues et lui se trouveraient devant une colle sans explication. Il rêvait de travailler sur le saint suaire, ou sur les objets mystiques reconnus par l’église. Il était complètement athée.
Le jour de sa mort, nous sommes partis tôt de la maison. Nous avions laissée Léa chez mes parents, où elle est encore aujourd’hui – Paul était brouillé avec les siens, et seule sa mère est venue aux obsèques- et nous avions rendez-vous à six heures trente à l’aéroport pour le fret de la voiture – nous partions toujours avec notre voiture, et ce coup-ci c’était pour le Mexique ! Mes parents devaient nous amener Léa plus tard dans la matinée parce que notre avion ne décollait qu’à treize heures. Nous avons prit l’autoroute, ….


31

La circulation est fluide. Paul roule un peu vite, mais il conduit bien. Il est très prudent, il a conduit cette même bagnole dans plein de pays différents et il l’a réparée avec des bouts de ficelles des centaines de fois. C’est devenu un bon mécano, et il l’a connaît par cœur, c’est pour ça qu’il veut toujours partir avec, parce qu’en cas de pépin, il sait quoi faire. Julie, elle n’y voit pas d’inconvénient, elle est copilote de leur équipage, et elle adore l’aventure. Ils ont le cœur léger et plein d’allégresse, comme à chaque départ. Ils ont préparé leur itinéraire et il s vont faire découvrir le Yucatan à la petite. Paul parle parfaitement l’espagnol, et ils ont la tête pleine des recommandations de sécurité que donne quotidiennement le ministère des affaires étrangères sur son site. A cette heure là, il n’y a guère que des camions sur l’autoroute. Du gros fret qui demain ne pourra pas circuler, départs en vacances oblige. Ils sont derrière un gros camion citerne, suivit de prés par un semi bâché. Au moment où ils s’engagent sur la bretelle de bifurcation vers l’aéroport et la zone industrielle qui l’entoure, le camion citerne fait un brusque écart vers la droite. Julie se dit en un éclair que ce con à raté sa sortie. Le mouvement du chauffeur est trop brusque. Le rapport de police conclura à une fatigue excessive. La citerne oscille un instant et se couche. Le camion qui le suit fait à son tour un écart, se tord dans un long crissement et vient s’abattre devant eux. Paul roule trop vite pour l’éviter. Son coup de volant sur la droite les envoie dans la rambarde de sécurité qui les projette à son tour vers l’avant du camion.
L’instant d’après, Julie, dans un brouillard intense, ouvre douloureusement les yeux. Les deux airs bag pendent devant eux, dégonflés, l’avant de la voiture est défoncé sur le côté gauche, et la voiture est sur le toit. L’expertise de l’assurance parlera de plusieurs tonneaux, sans préciser le nombre, et d’un impact violent entre le côté gauche du véhicule de tourisme et le côté avant droit du camion. La voiture a ensuite pivoté sur elle-même, entraînée par la vitesse et le mouvement généré par la violence du choc, venant s’encastrer sous le moteur hydraulique commandant la remorque, à l’arrière de la cabine. Tout c’est passé si vie que Julie n’en gardera que le souvenir flou et discontinu d’une terreur sans nom.
Paul est inanimé à ses côté. Des flammes commencent à s’échapper du tableau de bord et à gagner l’habitacle. Elle déboucle sa ceinture et tombe sur le toit. Elle se redresse, ignorant les milliers de particules du pare-brise qui la recouvrent et dégrafe les scratches qui maintiennent l’extincteur sous le siège passager, petit système bricolé par Paul qui trouve toujours idiot d’avoir un tel appareil si loin dans le coffre. Elle asperge le tableau de bord, sur sa gauche, le volant qui a commencé à s’enflammer, la tête de son époux, qui n’a pas bougé. Elle crie, l’appelle, se retenant de le secouer.
-- Paul, réveille-toi ! Paul !
Il faut sortir de là. Consigne de sécurité élémentaire. Il ne faut pas bouger un blessé, deuxième consigne de sécurité élémentaire. Elle regarde, à sa droite, le capot défoncé à travers le pare-brise éclaté et sa vue brouillée de larmes. Pas d’autre signe d’incendie.
Elle appelle encore.
Rien.
Sa jambe gauche la fait horriblement souffrir, elle est couverte de minuscules coupures, et son corps tout entier résonne de douleurs. Plus tard, il sera bardé d’ecchymoses bleues et jaunâtres, de vilaines couleurs de mort. Elle rampe et escalade à travers la voiture, grimpant sur leurs sacs de voyages renversés à l’arrière, se faufilant jusqu’au haillon tordu dont la vitre aussi a explosée. Elle s’expulse de la voiture à bout de forces.
Au secours
Au secours
Puis le noir le plus sombre qu’elle ai jamais connu.
Mais elle n’est pas toute seule, dans ce noir intense. Le visage de Paul se dessine. Son visage mangé par les flammes, les yeux délavés, presque blancs, le visage boursouflé, les paupières, ou ce qu’il en reste, gonflées, suintantes, comme le reste. La peau du visage a presque fondue, laissant les traits à vif, ses cheveux, du milieu du crâne au front et sur tout le côté gauche, ont brûlé et le peu qu’il en reste ressemble à un champ de brindilles racornies sur un sol de sang.
La tête de son mari ressemble à une figurine vaudou de cérémonie funèbre, à un masque indécent et grimaçant, une version rapide et bâclée de Paul.
Et cette tête, sur ce corps sanglant, lui parle. Il parle à voix basse, d’une voix mécanique et sans intonations, un peu comme ces opérés des cordes vocales qui n’ont plus de gorge et transmettent leurs vibrations à un appareil électronique.
N’aie pas peur jolie Julie, tout va bien, regarde, je n’ai rien. Allez, lèves-toi. Ne perds pas de vue ce qui est important. Lèves-toi ma douce.
Il lui tend la main, une main rouge et molle lorsqu’elle s’en saisit.
Voilà, viens a douce suis moi.
Ils sont soudain dans la cabine du camion qui les précédaient. Le chauffeur s’est écrasé sur le pare-brise. Son nez a éclaté sur le volant, son visage est couvert de sang. Ses yeux son grand ouvert et fixent bêtement le fond de la cabine. A travers sa peau et les cartilages, Julie voit alors clairement calé contre le larynx, une forme indéterminée et jaunâtre. Un morceau de pomme. Le morceau de pomme coincé dans sa gorge qui l’a étouffé.
Il mangeait, tu vois ? Et l’accident l’a fait avaler de travers. C’est idiot, complètement idiot. Il n’aurait sans doute pas dû mourir aujourd’hui, en tout cas pas à cause de l’accident, mais c’est comme ça. Une coïncidence idiote.
Il n’y a pas de coïncidence.
La preuve que si.
Elle le suit encore, deuxième camion, deuxième chauffeur. Celui qui aurait dû se reposer, celui qui a raté la sortie qu’il devait prendre et qui a eu le pire geste inconsidéré de sa vie.
Il a la joue écrasée contre la vitre conducteur, au fond de l’habitacle renversé. Un sachet marron trône drôlement sur son épaule encore coincée par la ceinture de sécurité. C’est un sac Mac Donald. Cet abruti s’était même pas arrêté pour déjeuner. La cabine sent le café, et le type a le jean plein de jus d’orange.
Paul l’a entraînée dans l’habitacle, elle voit les chaussures du type, des grosses Cat, bien solides et viriles, harnachées par d’énormes lacets à ses chevilles. Son jean est un peu retroussé sur la jambe gauche, elle aperçoit des chaussettes grises, sans motif, et un filet de liquide rouge qui descend le long de la jambe. Il y a un gros pull de laine épaisse qui masque une partie de son visage, et un instant Julie doute qu’il soit entier. Elle est persuadée que si elle soulève le pull, elle va découvrir qu’il ne reste du visage que ce qui en dépasse.
Non, il est encore en vie.
Il porte encore une grosse veste imperméable avec de grands rabats. Elle est couverte de miettes et de petits points blancs. Ce con
Il s’appelle Arsène
s’est arrêté deux kilomètres avant, c’est bien cela, à l’entrée de l’autoroute, le petit drive de Mac Do qui ne sert que les voitures, à la sortie de la zone commerciale nord. Il est sorti de l’autoroute, s’est acheté son sachet –le drive n’ouvre qu’à 6 heures pétantes, il doit le connaître aussi- et il est reparti en mangeant son putain de burger à l’œuf et au bacon, tout en conduisant, histoire de rater la bifurcation et de tuer son mari.
Regarde, là.
Sur le tableau de bord, une photo a résisté au choc. Elle pendouille encore au bout de son cordon de plastique, le même genre de cordon auquel on attache les étiquettes des forfaits de ski. Deux gamins dans la dizaine entourent une femme qui n’est plus très jeune à l’air très doux. Ils sourient tous en tenant chacun le collier du roquet sans race qu’ils entourent. Joli portrait de famille.
Julie voit au travers de la photo et au travers de l’homme.
Elle revoit sa journée en surimpression, il s’appelle Arsène, il a quarante sept ans et une charpente solide. Il est parti très tôt hier matin, vers cinq heures, du Portugal pour amener sa cargaison jusqu'à la frontière allemande. Il aurait du s’arrêter plus souvent, mais son patron lui donnera une prime, au noir, bien sûr, si la marchandise arrive avant midi. Il est marié à une femme très douce, Julie l’a voit assise à côté de lui qui pleure doucement. Et ils ont deux enfants bâtis comme leur père. Le plus jeune va avoir douze ans et rêve de la PS 2 que tous ses copains ont déjà. Il en est fana. Son argent de poche passe tout entier dans ces magazines spécialisés ou des journalistes expérimentés analysent et critiquent les derniers jeux sorti pour savoir s’ils seront ou non à la mode. Le petit est bon élève, le seul petit soucis qu’il cause à ses parents est une insuffisance respiratoire qui l’empêche de faire le moindre sport. Et le moindre effort. Arsène aimerai bien lui payer sa console de jeux.
Ce n’est pas sa faute Julie, tu vois ?
Pas sa faute ? Mon cul, toi aussi tu as un enfant.
C’est la prime, pas l’enfant.
Julie a de nouveau envie de crier.
Pourquoi l’autre n’a pas tourné à gauche !
Peu importe, s’il avait tourné à gauche, la voiture aurait fait un tonneau de plus et se serait encastré du côté droit dans la citerne. Nous serions morts tous les deux.
Et ce n’est pas ça qui est important. Il y a dix minutes, un kilomètre après le dernier péage que nous avons passé, un autre camion s’est mit en travers de la chaussée. La circulation va rester bloquée environs quarante-cinq minutes. Aucune voiture ni camion ne nous suivait, et aucune voiture ni camion n’est non passé après notre accident. Il n’en passera pas avant au moins une demi-heure. Arsène a perdu connaissance, et il risque d’avoir une hémorragie interne parce qu’il est planté sur son levier de vitesse. L’autre chauffeur est déjà mort, et tu ne peux plus rien pour moi non plus. Mais tu es la seule à pouvoir sauver Arsène. Tu t’es évanouie mais tu peux revenir, si tu y arrives, il faut prévenir les secours. Tout de suite. Tu comprends ?
Julie s’effondre en larmes, sans forces, sur le bitume.
Je ne peux pas, je ne peux pas, je ne peux pas
Chut, regarde
Dans le petit lit en bois chez son papi et sa mamie, Léa est endormie sur le dos. Les draps font un fouillis de plis sur son ventre et une de ses jambes est posée dessus. Elle a encore eu trop chaud cette nuit, ses chevaux sont mouillés de sueur et font un écrin humide à son mignon petit visage. Son bras gauche est relevé et repose plus haut sur l’oreiller, au-delà de sa tête.
Il faut. Regarde. Il faut. Tu as tapé fort de la tête contre ta vitre tout à l’heur. Tu va prévenir les secours, la orne est à cinquante mètres, et puis tu te ré évanouira. Mais tu auras prévenu. Dans moins de cinq minutes ils seront là, et ils te transporteront à l’hôpital pour te soigner. Allez, Julie, courage. Tu dois le faire pour t’en sortir. Dépêche-toi, ma puce.
Julie avait lentement émergé, à l’arrière de la voiture, où elle s’était écroulée après en être sortie. Elle avait fait ce qu’avait dit Paul, était allée jusqu’à la borne, avait décroché l’appareil, avait demandé du secours d’une voix chevrotante et s’était de nouveau écroulée.
Paul était alors simplement resté auprès d’elle sans rien dire jusqu’à ce que les pompiers la raniment.
Le chauffeur du camion citerne n’avait pu être sauvé, mais celui du semi était bel et bien mort étouffé par sa pomme. Paul n’avait plus reparu.
-- On pourrait penser qu’il s’agit d’un contre coup de l’état de choc, qu’avant de tomber évanouie et d’appeler les secours j’ai moi même fait le tour des deux camions pour aller m’enquérir des chauffeurs, il se peut aussi que le détail de la pomme, je l’ai entendu lorsque les secours sont arrivés, et que j’ai entendu aussi le diagnostic du deuxième chauffeur.
-- Mais… ?
La voix de Darius est un peu étranglée, Stéphane lui jette un regard inquiet mais le vieux semble juste avoir atterri sur une planète inconnue, ce qui, au vu des circonstances, lui paraît une réaction tout à fait saine.
-- Mais il y a effectivement eu un autre accident, derrière nous, si je n’avais pas prévenu les secours, je serais morte, effectivement aussi, par le choc additionné au froid et à la commotion à la tête. Je n’avais pas conscience de m’être tapée mais j’avais un traumatisme crânien.
-- cela ne veut rien dire, mais il peut y avoir eu une annonce à la radio, pour l’accident derrière vous…
-- en l’occurrence, il n’y a eu aucune annonce sur aucune des radios que nous pouvions capter de notre voiture à cet endroit –là. L’accident n’a pas été signalé.
-- vous croyez vraiment que vous avez vu votre mari mort ?
-- je l’ai vu quand ils l’on sorti de la voiture. Il avait un morceau du volant fondu qui était resté collé sur sa pommette gauche. Il l’avait dans mon rêve.
Un long silence suivit le récit de Julie. Darius avait le regard perdu au loin sur les cimes des pins de son coin à champignons qui dépassaient du haut du vallon en face d’eux.
-- Je suis désolé, Julie.
Elle s’est levée et se tape les fesses pour enlever les brindilles et la terre qu’elles ont ramassé.
-- je vais nous chercher un casse-croûte, il faut que nous ayons le ventre plein pour réfléchir correctement.

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