<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618</id><updated>2011-07-30T17:20:37.316-07:00</updated><title type='text'>La Maison</title><subtitle type='html'>La Maison : Une longue batisse. Des choses s'y sont passées, d'autres s'y passent encore.
Elle a un secret. Nous avons tous une peur. Elle aussi...</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>26</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-1170940334728002455</id><published>2009-09-15T03:12:00.000-07:00</published><updated>2009-09-15T03:15:50.182-07:00</updated><title type='text'>la suite...</title><content type='html'>&lt;div align="left"&gt;&lt;br /&gt;La cuisine est encore plongée dans la pénombre. Tout à l’heure, elle n’a pas prit le temps d’ouvrir les volets. Le frigo ouvert devant elle, elle saisit les ingrédients les plus simples pour leur confectionner des sandwiches consistant. Jambon, beurre, cornichons, camembert. Elle hésite un instant puis sort également une bouteille de vin. Après tout, cela ne leur fera pas de mal avec ce qu’ils viennent d’entendre.&lt;br /&gt;Et ce qu’ils s’apprêtent à vivre.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Saute bel ange,&lt;br /&gt;Saute dans mes bras&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Elle a fait volte face. La fillette brune est là. assise sur le canapé. Elle sourit de la façon la plus charmante du monde.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Si tu ne sautes pas&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;-- Tais-toi. Tu n’as rien à faire ici. Va-t-en.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Le diable te pren-dra !&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;-- va-t-en.&lt;br /&gt;-- Maintenant tu as peur.&lt;br /&gt;-- Non. Tu m’as surprise, encore une fois.&lt;br /&gt;-- cela peut marcher une fois, mais pas chaque fois.&lt;br /&gt;-- penses ce que tu veux, tu n’existes pas.&lt;br /&gt;-- pourquoi avaler ceci, alors ?&lt;br /&gt;Julie aperçoit dans sa main un petit tube vert. Sa boîte de Lexomyl.&lt;br /&gt;-- ce sont des médicaments pour dormir, rien à voir avec toi.&lt;br /&gt;-- vraiment ?&lt;br /&gt;La petite fille coule sur le canapé, se dématérialisant en une flaque sombre. La flaque glisse sans mouiller, se déplace sur le canapé, coule sur le sol, passe sous la table basse et se matérialise devant elle. Elle a prit la forme de Stéphane.&lt;br /&gt;-- Je saurai de quoi tu as peur.&lt;br /&gt;Julie respire lentement et saisi le couteau sur le plan de travail devant elle.&lt;br /&gt;-- tu n’es pas là.&lt;br /&gt;Elle commence à préparer les sandwiches, saisissant le pain placé dans une boite en bois sous l’établi.&lt;br /&gt;Elle se concentre sur ses gestes, très précisément, inspectant la mie tranchée proprement par la lame, détaillant mentalement les sensations reçues, ignorant le Stéphane qui lui parle encore, mais d’une voix de plus en plus basse et enrouée. Il répète, inlassablement.&lt;br /&gt;-- je saurai de quoi tu as peur. Tu auras peur. Tu auras peur.&lt;br /&gt;Puis la voix se dématérialise, et n’en reste plus que le son étrange et vide.&lt;br /&gt;Tu auras peur. Tu auras peur. Tu auras peur. Tu auras peur. Tu auras peur. Tu auras peur. Tu auras peur. Tu auras peur. Tu auras peur. Tu auras peur. Tu auras peur. Tu auras peur.&lt;br /&gt;Enfin, la voix disparaît. Elle finit de préparer les sandwiches en prenant soin de conserver sa concentration. Une fois prêts, elle les glisse dans un sachet plastique, et le dépose à côté de la bouteille de vin sur la table basse sous laquelle l’ombre s’est glissé tout à l’heure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle grimpe à l’étage sans précipitation, se concentrant sur les sensations de sa main sur la rampe, respirant lentement. Toujours dans la même bulle, elle se dirige vers la salle de bain, ouvre la porte et entre en refermant soigneusement la porte derrière elle. Le tiroir du petit meuble en pin gît au sol, ses morceaux éparpillés sur le carrelage fendu. Les boites de médicaments forment un dessin abstrait et coloré sur sol. Pas de trace de somnifères ou d’antidépresseurs. Les trois types de médicaments qui lui avaient été prescrit pour lutter contre les insomnies survenues après l’accident ont disparus.&lt;br /&gt;La fillette est maligne, bien plus maligne qu’elle ne l’aurai cru. Elle refoule instantanément cette idée qui la glace. Elle regarde son visage dans le miroir et pense très fort à sa petite Léa. Elle sort de la pièce au bout de quelques instants, sans ramasser ce qui jonche le sol…plus tard…&lt;br /&gt;Au moment où elle s’apprête à descendre l’escalier un mouvement derrière-elle lui fait détourner le regard. Une ombre grande et large d’épaules lève le bras, au bout duquel est brandie une longue barre effilée.&lt;br /&gt;- Bonjour !&lt;br /&gt;Vlan !&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="left"&gt;                                                    Chapitre 32&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a des charrettes entières pleines de corps qu’on amène, un immense brasier qui ne cesse de lancer ses flammes vers le ciel. Tapie dans le noir, à l’abri des ombres mouvantes des arbustes et des genets, elle observe. Il y a des hommes là-bas, qui brûlent les morts. Les corps s’entassent, enchevêtrés, énormes masses molles et lourdes qu’ils jettent dans les grands  trous de flammes. Elle ne doit pas se faire attraper, elle ne sait pas trop pourquoi, pas encore, mais elle le sait, ressentant une terreur puissante, brûlante. Elle sent cette énorme boule sombre dans son torse qui grandi, s’élargi, se répand dans son corps. L’envahissement ne cesse pas, la peur irradie sans cesse, en cercles concentrique jamais éteints. Son corps entier tremble nerveusement, à l’affût du bruis, du mouvement, de la moindre information qui joindra son cerveau, prête à bondir, courir, fuir dans tous les cas, surtout sans montrer sa face. Pourquoi ? Pourquoi ne doit-elle pas se retourner ? La frayeur augmente encore, là. Plus qu’être vue, elle ne doit pas être reconnue. Elle cherche, se concentre, fronçant le sourcil, t^te baissée sr ses genoux accroupis. Pourquoi ?&lt;br /&gt;Elle regarde ses mains, attirée par une sensation étrange. Ses doigts ne sont pas tous là. Le pouce est épais, un peu court. Son ongle forme une griffe, très recourbée. L’index et le majeur sont collés l’un à l’autre, clairement. La base de cet étrange doigt est très large,  il s’affine sur la longueur jusqu’à une autre griffe. Sa main est une sorte de pince complétée par deux embryons de doigts pas plus longs de deux ou trois centimètres, qui sont comme amputés à la première phalange. Deux ridicules pointes les terminent. La vision lui arrache un gémissement mi-surpris si-effaré. Par réflexe, elle secoue ses mains, comme lorsqu’on découvre dessus un insecte qui ne devrait pas  y être…&lt;br /&gt;Elle regarde ses jambes, ses bras, remue les pieds dans ses chaussures. C’est là qu’elle réalise. Elle porte une robe longue taillée dans une toile grossière, ajustée à la talle par une ceinture, le haut est garni de volants en dentelle noire de mauvaise qualité, assorti à la robe, Elle a un jupon en dessous et encore, des pantalons de flanelle. Ses chaussures sont des bottines en cuir, lacées serrées jusqu’au haut de la cheville. Elles sont visiblement usées, mais soigneusement entretenues. Comme ces objets que l’on sait rare et dont, en conséquence, on prend particulièrement soin.&lt;br /&gt;Mais qu’est-ce que je fous-là ? C’est un délire. Une illusion de plus. Il faut juste que je lutte contre, et tout va rentrer dans l’ordre. Mais ce qui lui arrive est profondément, extraordinairement réel. &lt;br /&gt;Son cœur s’est emballé il y a longtemps, mais il bat si fort qu’il la secoue, jusqu’au mal au cœur qui naît au bord des lèvres. Elle va vomir, c’est sur. L’acidité est là, au fond de la gorge, ce relent bien connu, aigre, qui semble ronger la chair, et ces vagues chaudes qui remontent le long de l’œsophage, accompagnées de bulles d’air vicié. En un rot sonore et particulièrement puant, son dernier repas est projeté au sol, dans un vif geyser glaireux et blanchâtre. L’odeur est la plus nauséabonde qu’il lui ait jamais été donné de sentir.  Ça pu plus encore qu’au fin fond d’un égout qui recevrait les déjections de l’humanité toute entière. Une odeur qui dépasse l’humain.&lt;br /&gt;Je suis malade, se convainc-t-elle, ça peut être que ça…&lt;br /&gt;Elle s’éloigne de son poste d’observation avec mille précautions. Elle essaie de se dire qu’elle rêve et qu’il faut qu’elle se réveille mais non, rien à faire. Elle ressent la chose, elle les vis, vraiment. Elle n’est pas à côté, elle est bien dedans. Et si elle maintiens un quelconque doute, elle n’a qu’à se souvenir des relents qu’elle a exhalé, ou encore rebrousser chemin pour aller admirer la toile d’araignée de bave et de vomi qu’elle a projeté sur les cades qui l’entouraient.&lt;br /&gt;Elle suspend son pas. C’étaient des Cades ? Comment peut-elle savoir cela ? Elle ne connaît pas cet arbre…Une fois éloignée de l’endroit, elle se retrouve rapidement sur un chemin de boue sèche, deux ornières creusées profondes dans le sol entre deux talus, et par dessus tout ça, de l’herbe jaune. Elle traverse le chemin et choisit de marcher en bordure du bois. La direction s’impose sans qu’elle en décide. Elle se laisse guider, intriguée. Elle ne sait pas ou elle va, mais comme pour le cade, elle doit savoir.&lt;br /&gt;Elle est surprise de la sûreté de son pas, de la rapidité de son allure. Les arbres défilent autour d’elle et elle a la sensation de regarder un film de l’intérieur. Oui, c’est bien cela. Elle est comme assise dans une salle de cinéma, et elle assiste à un film. Une sorte de super jeu interactif, « vivez des aventures inédites dans un corps virtuel ». Elle pourrait en dessiner l’affiche, avec un corps lumineux, dessiné juste aux contours, qui se détacherait sur un fond sombre avec des résonances de vert. Et peut-être aussi rajouterait-elle des taches sur le sol, blanchâtres et glaireuses…&lt;br /&gt;Les arbres défilent toujours à une vitesse étonnante. Le sous-bois s’est épaissi au fur et à mesure de sa course mais elle avance toujours aussi vite, slalomant entre les tiges courtes des arbres bas quelle nomme à chaque fois, étonnée de sa science, se baissant sous les ramures trop lourdes qui penchent vers le sol pour l’empêcher de passer, sautant au dessus des repousses déjà hautes des petits chênes. Elle ne glisse pas sur les tapis de feuilles, évite les ornières creusées pas l’eau, ne tombe pas en enjambant les tas de bois mort, les souches et les rochers, se griffe malgré tout aux petites branches, aux fines ronces qui dépassent. L’odeur de terre du sous-bois, le bruit rythmé de chacun de ses pas dans les feuilles … tchac, tchac, tchac.&lt;br /&gt;Tout est familier, tout résonne en souvenirs dans sa tête embrumée. Comment est-ce possible ? Elle ralenti à l’orée ; après une pente ardue, le bois fait place au vide. Soudain, la protection des enchevêtrements des arbres du sous bois s’efface pour laisser une longue étendue au raz du sol, un champ moissonné, rasé de près, le blé coupé qui ne laisse que la paille et quelques gerbes oubliées. Et la plaine, à perte de vue. Droit devant elle, une bicoque mal foutue, bizarrement familière, extrêmement rassurante. « C’est ma maison. »&lt;br /&gt;Oui, c’est bien cela. Ce qu’elle a pu être à l’origine.&lt;br /&gt;Elle s’apprête à s’élancer, mais se fige sur place, glacée par la silhouette qui se détache de la masse sombre, se déplace, ce n’est pas une illusion. Puis une autre, et encore une autre. Trois hommes. Elle cherche des yeux autre chose, mais quoi ? Ses yeux s’arrêtent près de l’arbre, à cent mètres de la maison. Trois chevaux.&lt;br /&gt;Pourquoi a-t-elle peur des hommes ? Parce que bon sang, elle en a peur, ça oui. Elle a rarement eu peur dans sa vie. Vraiment peur. Du genre de ce qu’on doit ressentir quand les enjeux nous dépassent, quand ils sont vitaux. Une arme dans le dos, un couteau sur la jugulaire, une menace indicible et terrifiante, recroquevillée dans un trou, cachée au fin fond du plus obscur, entendant approcher des pas lents qui nous glacent. Non, jamais elle n’avait éprouvé cette peur issue des entrailles, qui fige, cette peur qui déraisonne le plus censé des cerveaux.&lt;br /&gt;Une peur immense.&lt;br /&gt;C’est ce que lui inspirent les hommes.&lt;br /&gt;Dans la masse des chevaux, soudain quelque chose cloche.&lt;br /&gt;Une quatrième tête vient d’apparaître soudain, au dessus de l’encolure d’un autre. Quatre, ils sont quatre. C’est à ce moment seulement qu’elle perçoit la présence, pourtant évidente, à l’instant. L’homme est à quelques dizaines de mètres. Il ne l’a pas encore vue, il scrute le bord du bois en amont de sa place. Elle recule sans le quitter des yeux. Un pas en arrière, deux pas en arrière, une branche à éviter, elle lève le pied plus haut, troisième pas en arrière. L’homme tourne brusquement la tête. Il est laid, avec un nez énorme, et surtout deux yeux profondément sombres sous une broussaille de poil qui lui fait comme une tache en travers du visage, deux points brillants au milieu du noir.&lt;br /&gt;Elle s’est retournée et court. De nouveau. Mais ce coup-ci sa course n’a plus rien d’assuré. Sa trouille est telle qu’elle fuit sans stratégie, sans réflexion, comme un animal. Ses pas ne trouvent plus l’exacte place sur le sol, celle qui lui a permis de traverser le sous-bois d’une traite. Elle trébuche, saute, tord ses chevilles et rebondi. Maladroitement, elle soulève ses lourdes masses de tissus pour ne pas s’entraver, maudissant ce siècle, maudissant ces hommes. Elle voudrait imposer sa propre volonté à ce corps. Elle n’est pas de trempe à fuir. Ce n’est pas elle, ça. Mais elle ne fait qu’assister impuissante à sa propre débâcle, sa propre indicible panique qui l’entraîne à toute vitesse vers une chute assurée.&lt;br /&gt;L’homme la rattrape, indéniablement. Elle entend son pas lourd qui fait rugir la terre derrière elle, qui écrase violemment les herbes sèches, incrustant dans le sol les cailloux délavés blanchis par le soleil sec de la fin de l’été. Sa terreur est à présent totalement désespérée, toutes ses forces, toutes les ressources cachées de son corps tordu et bizarre sont à sa fuite, en peine perdue. Le sol se dérobe, disparaît. Elle sombre. Sa salive a un goût salé, soudain.&lt;br /&gt;Elle se retourne, allongée sur le sol, pour voir arriver le corps sur elle.&lt;br /&gt;Entre temps il a crié. Les autres arrivent en quelques minutes. Le type la regarde au sol, elle ne comprend rien de ce qu’il dit, mais ses paroles l’apaisent, comme si quelque part au fond d’elle elle reconnaissait les mots.&lt;br /&gt;Il lui fait signe de se lever, sans s’approcher. Il recule quand elle esquisse un geste. Aurait-il peur, aussi peur que moi ?&lt;br /&gt;« -- t’approches pas, Brémont !&lt;br /&gt;Un des types qui arrivent en courant a crié.&lt;br /&gt;-- y a des morts là-haut ?&lt;br /&gt;-- non, tout à l’air normal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle repense aux corps que l’on brûle.&lt;br /&gt;C’est une épidémie.&lt;br /&gt;Il a peur qu’elle ait cette saloperie de maladie, voilà pourquoi il ne s’approche pas. Tout est beaucoup plus clair.&lt;br /&gt;La peste.&lt;br /&gt;Sa tenue, les bûchers, sa peur viscérale, la crainte visible des hommes… Elle ne se souvient plus l’année, mais quelqu’un lui en a parlé il y a peu. Comme ses autres souvenirs, celui-là encore est voilé. Elle n’a  pas vraiment le temps de creuser l’idée, c’était il y a très longtemps, ça oui.&lt;br /&gt;1830.&lt;br /&gt;La date explose, elle est stupéfaite.&lt;br /&gt;«  -- qu’est-ce qu’il y a, la laide, qu’est-ce que j’ai ?&lt;br /&gt;Ses yeux sont écarquillés, elle reste stupide, collée au sol, tous les membres figés. 1830. Elle est en 1830. Comment peut-on sauter en arrière de deux siècles comme ça, sans se souvenir ?&lt;br /&gt;-- t’as perdu ta langue, la laide ?&lt;br /&gt;-- elle ne parle pas ?&lt;br /&gt;-- peut-être qu’elle sait pas !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle comprend les phrases de façon instinctive, même si les mots lui sont pour beaucoup étrangers. C’est du français mêlé de patois, un magma de syllabes familières et de mots mal prononcés. Celle qu’elle est comprend tout, mais ne répond  pas.&lt;br /&gt;Elle est dans un rêve. Particulièrement étrange, particulièrement réaliste, et particulièrement effrayant. Mais rien qu’un rêve. Cette sensation d’être elle, et à la fois quelqu’un d’autre, comme si elle partageait ce corps, à quelques détails près, avec une autre personne, mais les sensations sont communes, les souvenirs se chevauchent, la science de chacune entre en collision avec celle de l’autre dans l’esprit trop étroit. Un esprit trop étroit, c’est cela. C’est cela qui l’empêche de raisonner, de réfléchir correctement. L’esprit de l’autre est toujours là, qui occupe de la place, et même si cette place est infiniment moindre par rapport à celle qu’il lui faudrait pour se souvenir de tout, elle est de trop pour la petite taille de ce qui les contient toutes les deux. C’est cela qui fait qu’elle assiste en spectatrice. Elle est colocataire d’un cerveau déjà trop plein, faiblard, et dont les rouages rouillés ont du mal à s’enclencher pour autre chose que l’inné.&lt;br /&gt;A travers l’autre, elle comprend les hommes, connaît les bois, s’oriente, marche et respire. A travers l’autre, elle vit, voit, sent et ressent.  Elle peut agir, aussi, comme quand elle a regardé ses mains. Mais sa personnalité, c’est celle de l’autre. Les évènements sont ceux de la vie de l’autre. Elle ne peut pas les changer ou réagir en fonction de sa connaissance propre. Alors elle ne peut qu’être une spectatrice impliquée, à la fois témoin et victime du drame qui se noue. Elle est dans l’autre, mais l’autre ignore sa présence, l’autre est seule.&lt;br /&gt;Les hommes se sont groupés autour d’elle.&lt;br /&gt;Ils sont immenses, vus d’en bas.&lt;br /&gt;Elle est percluse de terreur.&lt;br /&gt;Elle veut sortir de là. Sortir d’elle, sortir de la situation, sortir de ce siècle.&lt;br /&gt;Les hommes se penchent sur elle, la mine dégoûtée. Ils l’observent, la scrutent. L’un deux s’enhardi, s’approche et la bouscule du bout de son fusil.&lt;br /&gt;« --lèves-toi.&lt;br /&gt;-- elle comprend rien&lt;br /&gt;-- lève-toi, allez !&lt;br /&gt;La fille semble comprendre. Elle se dresse maladroitement. Une douleur vive monte de sa cheville et éclate dans le tibia. Elle gémit, les hommes ricanent.&lt;br /&gt;--c’t’animal là, l’ira pu ben loin, hein !&lt;br /&gt;Celui qui parle a une bouche laide, un trou noir puant peuplé à l’envie de chicots gris et jaunes tordus qui viennent soulever les bords de peau, retroussant de formidables lèvres qui le bordent et l’étendent presque au reste du visage. Le ton est stupidement satisfait. La fille garde toujours le visage baissé,  de côté, mais ne parvient pas à masquer son visage.&lt;br /&gt;-- Bon sang que t’es laide…&lt;br /&gt;-- laisse, c’est un monstre !&lt;br /&gt;Les types ne sont pas vraiment effrayés, plutôt impressionnés. Impressionnés, oui c’est bien ça. Ils sont saisis…&lt;br /&gt;-- Remontez-la a la maison, la vieille est pas là.&lt;br /&gt;-- Remonte la toi-même, moi je la touche pas.&lt;br /&gt;-- Elle a pas l’air malade !&lt;br /&gt;-- le vieux de tout à l’heure non plus, juste avant que ça commence !&lt;br /&gt;-- Ouais, ben malade ou pas, moi, je l’approche pas, cette chose !&lt;br /&gt;Cette chose. Le mot résonne douloureusement dans son hôte. Julie comprend l’air des hommes, oui, ils sont impressionnés. Non, ils ne la toucheront pas, non pas par peur de la contagion, mais par peur tout court. A quoi ressemble-t-elle donc, cette pauvre fille au point que des hommes qui traquent les moribonds et les cadavres s’en écartent de la sorte ? Julie sent bien le malaise du corps, rien ne semble a sa place, les membres s’empêtrent, tout autant que les idées. Elle n’est pas si jeune, non, elle est débile. Cet esprit étroit, la confusion de la compréhension, la difficulté à réagir… Julie voudrait prendre le dessus, mais que faire ? Suivre les hommes jusqu’à la maison ? Et là quoi ? Qu’allaient-ils faire ? S’enfuir en courant vers le bois ? Entre la cheville abimée et la coordination approximative de ses mouvements, elle n’ira pas bien loin. Et quand bien même elle parviendrait à s’éloigner, leurs fusils ne lui laisseraient aucune chance. Tuer une femme peut-être pas, mais la tuer elle, ils en seraient bien capables.  En ces temps de peurs et de folies, qui pourrait savoir ?&lt;br /&gt;De toute façon, elle ne parvient pas à imprimer sa volonté à l’esprit de l’autre, tout entier a sa peur.&lt;br /&gt;L’homme le plus proche s’adresse a elle, et d’un geste du fusil, lui montre le chemin ;&lt;br /&gt;-- Avance !&lt;br /&gt;Elle marche vers la maison, les hommes l’entourent à bonne distance, sauf celui qui est derrière, Brémont, un peu plus près. Leurs pas crissent sur le sol, écrasant à présent du blé mal coupé, qui écorche le bas des chevilles. C’est bien ça, la fin de l’été… les moissons ont commencé, mais ceux qui moissonnent ici ne sont pas bien vaillants. L’évidence se fait. C’est la fille qui a coupé le blé. Le sentiment de familiarité, le regard rivé au sol, elle scrute le champ, ses brins, et la vision du blé la rassure, comme si l’élément familier prenait toute la place dans son esprit malade. La couleur du blé, le bruit que font ses pas en l’écrasant, le rythme sonore qu’il crée résonne dans sa tête. La fille perd la notion de l’instant. Julie ressent le bien être qui s’installe à travers la vision agréable du blé, la détente extrême qui s’empare du corps. La fille boîte péniblement, la douleur sans cesse remonte jusqu’à la cuisse, rayonne, assourdissante. Mais la fille semble l’ignorer, contemplant les blés coupé, les tiges rigides et irrégulières qui s’écrasent, s’écartent, éclatent sous ses chaussures montantes. Les jupes de plus en plus relevées, la fille se courbe, se penche, concentrée sur ce qui se passe en dessous d’elle, le résultat de l’action de ses pieds.&lt;br /&gt;Julie observe les pieds, elle aussi.&lt;br /&gt;Mais elle entend toujours le pas des hommes.&lt;br /&gt;L’autre les oublie, lentement, derrière l’invasion du blé.&lt;br /&gt;Julie a senti la terreur s’en aller, remplacée par le bruit du blé.&lt;br /&gt;Elle sent la légèreté qui fait son chemin, doucement, qui l’enrobe. La douleur de la cheville devient lointaine, comme si elle ne devenait plus qu’un bruit qu’on entend très loin dans son sommeil. Comme un petit enfant qui oublie qu’il vient de se cogner, attiré par le vol d’un papillon, l’autre commence à fredonner intérieurement le rythme de ses propres pas. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-1170940334728002455?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/1170940334728002455/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=1170940334728002455' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/1170940334728002455'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/1170940334728002455'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2009/09/la-suite.html' title='la suite...'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-1521897437448554825</id><published>2008-05-12T14:16:00.001-07:00</published><updated>2008-05-12T14:16:53.642-07:00</updated><title type='text'>Chapitres 30 et 31...</title><content type='html'>30&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsqu'ils arrivent devant la maison il est dix heure vingt. Le volet de la porte d'entrée est fermé.&lt;br /&gt;Stéphane s'est garé sur le chemin, comme convenu, il lance un coup de klaxon.&lt;br /&gt;Pas de réponse. La porte reste close.&lt;br /&gt;--elle dort encore. Je l'ai quittée tard hier soir.&lt;br /&gt;Deuxième coup de klaxon, prolongé celui-ci, et répété trois fois.&lt;br /&gt;Ils attendent, le doute s'insinuant insidieusement dans leurs esprits. Le temps semble immobile, rien ne bouge. Ils évitent de se regarder, hypnotisés par la porte de bois fermée. De longues minutes s'écoulent. Stéphane, presque dans un bond, saisi la poignée de la porte en tournant un regard inquiet vers son grand-père.&lt;br /&gt;--]'y vais.&lt;br /&gt;Le ton est péremptoire, mais le vieux ne le regarde pas. Il fixe toujours la porte et pose brusquement sa main sur le bras qui s'apprête à suivre le corps dehors.&lt;br /&gt;--Pas la peine. Elle est là.&lt;br /&gt;Le vieux sourit, incroyablement doux.&lt;br /&gt;Stéphane regarde la porte qui vient de s'ouvrir et la jeune femme en peignoir qui leur fait signe. Elle disparaît de nouveau dans la maison. Deux doigts levés et une main qui s'oppose. Attendez-moi deux minutes.&lt;br /&gt;--on lui a offert un réveil en fanfare!&lt;br /&gt;Stéphane se détends aussi. Le stress éprouvé à disparu. Son corps se vide un instant et il s'effondre au fond de son siège.&lt;br /&gt;--c'est pas humain, décidément. Les histoires fantastiques sont amusantes à lire, mais pas à vivre.&lt;br /&gt;--c'est comme les grandes fresques amoureuses. Ta grand-mère a vu « Autant en emporte le vent » une bonne dizaine de fois, tu sais. Et pourtant, elle me disait toujours que pour rien au monde elle n’aura voulu la place de Scarlett O'Hara. C'est ce qui fait la force d'une fiction, ça permet d'y être sans rIsque.&lt;br /&gt;--ouais. C'est moi qui lui avais offert la cassette pour son anniversaire. C'était en quatre-vingt sept, Je crois. »&lt;br /&gt;Au bout de quelques minutes, Julie reparu à la porte, vêtue de pied en cap en jogging et basquets. Le vieux apprécia le pragmatisme de la démarche. Cette fille du hasard lui semblait bien réaliste, un rien trop, peut-être. Il n'avait pas de doute sur le fait du hasard, mais comme son petit fils, il s'interrogeait sur ce qu'elle pouvait bien cacher de si étrange pour que la maison les réunisse.&lt;br /&gt;Elle arrive d'un pas vif à la voiture pendant qu'ils en descendent. Stéphane va au devant d'elle et la serre un peu gauchement dans ses bras. Il n'a aucune raison de le faire, leur relation n'est pas au stade des marques avérées de tendresse, mais la situation particulière qui les lit n'a aucun précédent, et il ne se réfrène pas. Il se retourne vers Darius qui s'est approché tranquillement.&lt;br /&gt;--papet, je te présente Julie. Julie, Darius, mon grand-père.&lt;br /&gt;--j'aurais aimé faire votre connaissance en d'autres circonstances, mais je suis contente de vous rencontrer.&lt;br /&gt;--nous ne nous serions peut-être pas rencontré, sans ces circonstances.&lt;br /&gt;Julie apprécie le regard vif du vieillard. Il correspond en tout point à l'image que la description de Stéphane avait suscitée en elle. Elle les regarde tour à tour l'un et l'autre, et note une ressemblance flagrante. On pourrait en regardant le vieux, imaginer presque ce à quoi ressemblera Stéphane au même age.&lt;br /&gt;--il y a du nouveau.&lt;br /&gt;Les regards interrogatifs l'invitent à poursuivre.&lt;br /&gt;--J'ai vu la fillette, hier soir, et j'ai bien cru que la salle de bain aller de nouveau avoir besoin d'un coup de fraicheur.&lt;br /&gt;Elle raconte l'épisode de la douche jusqu'aux médicaments qui avaient fait disparaître la gamine, leur donnant au passage son « petit truc » pour éviter les visites nocturnes.&lt;br /&gt;Le vieux n'a pas pipé mot. Il s'est assis dans la voiture, côté passager, la portière ouverte pendant qu'eux sont installés en face de lui, sur le sol du talus qui borde le chemin de terre.&lt;br /&gt;A la fin du récit, il prend enfin la parole.&lt;br /&gt;--Julie, ce que vous me dites là confirme ce que je pensais déjà. Il y a un lien entre vous et ce&lt;br /&gt;Phénomène. Je ne sais pas lequel, mais il y en a un. Est-ce que je me trompe ?&lt;br /&gt;--manifestement pas, Darius.&lt;br /&gt;--Je pense que ce n'est pas la première fois que vous êtes confronté à quelque chose dans le genre, et qu'il va falloir que vous nous racontiez tout pour que nous puissions tous les trois trouver une solution à cette histoire.&lt;br /&gt;Le visage de Julie s'est assombri.&lt;br /&gt;--vous êtes perspicace Et bien, je crois que vous avez raison, même si c'est loin de me réjouir.&lt;br /&gt;Elle s'est tournée vers Stéphane.&lt;br /&gt;-- je suis veuve. Depuis deux ans. Nous nous sommes rencontrés sur les bancs du lycée et nous ne nous sommes plus jamais quittés. Nous nous sommes mariés à l’age de vingt ans, et la même année, j’ai eu une petite fille qui s’appelle Léa. Elle a neuf ans et je lui ai promis d’aller la chercher la semaine prochaine pour la ramener ici.&lt;br /&gt;Mon mari s’appelait Paul, il est mort dans un accident de la route suivit de l’épisode le plus étrange que j’ai vécu j’jusqu’a…ici. C’était le début des vacances de Février, et nous avions décidé de partir en vacance dès que l’école serait terminée. Je suis écrivain, donc je prends mes congés quand je veux. Lui, il était scientifique, il travaillait au CNRS, dans un laboratoire spécialisé et quasi secret qui traite des phénomènes étranges inexpliqués. Ce laboratoire, la plupart du temps, sert à démasquer les imposteurs qui font pleurer des statues, bouger les crucifix dans les églises ou qui font croire à des châteaux hantés. C’était toute sa vie. Il était persuadé qu’un jour, ses collègues et lui se trouveraient devant une colle sans explication. Il rêvait de travailler sur le saint suaire, ou sur les objets mystiques reconnus par l’église. Il était complètement athée.&lt;br /&gt;Le jour de sa mort, nous sommes partis tôt de la maison. Nous avions laissée Léa chez mes parents, où elle est encore aujourd’hui – Paul était brouillé avec les siens, et seule sa mère est venue aux obsèques-  et nous avions rendez-vous à six heures trente à l’aéroport pour le fret de la voiture – nous partions toujours avec notre voiture, et ce coup-ci c’était pour le Mexique ! Mes parents devaient nous amener Léa plus tard dans la matinée parce que notre avion ne décollait qu’à treize heures. Nous avons prit l’autoroute, ….&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;31&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La circulation est fluide. Paul roule un peu vite, mais il conduit bien. Il est très prudent, il a conduit cette même bagnole dans  plein de pays différents et il l’a réparée avec des bouts de ficelles des centaines de fois. C’est devenu un bon mécano, et il l’a connaît par cœur, c’est pour ça qu’il veut toujours partir avec, parce qu’en cas de pépin, il sait quoi faire. Julie, elle n’y voit pas d’inconvénient, elle est copilote de leur équipage, et elle adore l’aventure. Ils ont le cœur léger et plein d’allégresse, comme à chaque départ. Ils ont préparé leur itinéraire et il s vont faire découvrir le Yucatan à la petite. Paul parle parfaitement l’espagnol, et ils ont la tête pleine des recommandations de sécurité que donne quotidiennement le ministère des affaires étrangères sur son site. A cette heure là, il n’y a guère que des camions sur l’autoroute. Du gros fret qui demain ne pourra pas circuler, départs en vacances oblige. Ils sont derrière un gros camion citerne, suivit de prés par un semi bâché. Au moment où ils s’engagent sur la bretelle de bifurcation vers l’aéroport et la zone industrielle qui l’entoure, le camion citerne fait un brusque écart vers la droite. Julie se dit en un éclair que ce con à raté sa sortie. Le mouvement du chauffeur est trop brusque. Le rapport de police conclura à une fatigue excessive. La citerne oscille un instant et se couche. Le camion qui le suit fait à son tour un écart, se tord dans un long crissement et vient s’abattre devant eux. Paul roule trop vite pour l’éviter. Son coup de volant sur la droite les envoie dans la rambarde de sécurité qui les projette à son tour vers l’avant du camion.&lt;br /&gt;L’instant d’après, Julie, dans un brouillard intense, ouvre douloureusement les yeux. Les deux airs bag pendent devant eux, dégonflés, l’avant de la voiture est défoncé sur le côté gauche, et la voiture est sur le toit. L’expertise de l’assurance parlera de plusieurs tonneaux, sans préciser le nombre, et d’un impact violent entre le côté gauche du véhicule de tourisme et le côté avant droit du camion. La voiture a ensuite pivoté sur elle-même, entraînée par la vitesse et le mouvement généré par la violence du choc, venant s’encastrer sous le moteur hydraulique commandant la remorque, à l’arrière de la cabine. Tout c’est passé si vie que Julie n’en gardera que le souvenir flou et discontinu d’une terreur sans nom.&lt;br /&gt;Paul est inanimé à ses côté. Des flammes commencent à s’échapper du tableau de bord et à gagner l’habitacle. Elle déboucle sa ceinture et tombe sur le toit. Elle se redresse, ignorant les milliers de particules du pare-brise qui la recouvrent et dégrafe les scratches qui maintiennent l’extincteur sous le siège passager, petit système bricolé par Paul qui trouve toujours idiot d’avoir un tel appareil si loin dans le coffre. Elle asperge le tableau de bord, sur sa gauche, le volant qui a commencé à s’enflammer, la tête de son époux, qui n’a pas bougé. Elle crie, l’appelle, se retenant de le secouer.&lt;br /&gt;-- Paul, réveille-toi ! Paul !&lt;br /&gt;Il faut sortir de là. Consigne de sécurité élémentaire. Il ne faut pas bouger un blessé, deuxième consigne de sécurité élémentaire. Elle regarde, à sa droite, le capot défoncé à travers le pare-brise éclaté et sa vue brouillée de larmes. Pas d’autre signe d’incendie.&lt;br /&gt;Elle appelle encore.&lt;br /&gt;Rien.&lt;br /&gt;Sa jambe gauche la fait horriblement souffrir, elle est couverte de minuscules coupures, et son corps tout entier résonne de douleurs. Plus tard, il sera bardé d’ecchymoses bleues et jaunâtres, de vilaines couleurs de mort. Elle rampe et escalade à travers la voiture, grimpant sur leurs sacs de voyages renversés à l’arrière, se faufilant jusqu’au haillon tordu dont la vitre aussi a explosée. Elle s’expulse de la voiture à bout de forces.&lt;br /&gt;Au secours&lt;br /&gt;Au secours&lt;br /&gt;Puis le noir le plus sombre qu’elle ai jamais connu.&lt;br /&gt;Mais elle n’est pas toute seule, dans ce noir intense. Le visage de Paul se dessine. Son visage mangé par les flammes, les yeux délavés, presque blancs, le visage boursouflé, les paupières, ou ce qu’il en reste, gonflées, suintantes, comme le reste. La peau du visage a presque fondue, laissant les traits à vif, ses cheveux, du milieu du crâne au front et sur tout le côté gauche, ont brûlé et le peu qu’il en reste ressemble  à un champ de brindilles racornies sur un sol de sang.&lt;br /&gt;La tête de son mari ressemble à une figurine vaudou de cérémonie funèbre, à un masque indécent et grimaçant, une version rapide et bâclée de Paul.&lt;br /&gt;Et cette tête, sur ce corps sanglant, lui parle. Il parle à voix basse, d’une voix mécanique et sans intonations, un peu comme ces opérés des cordes vocales qui n’ont plus de gorge et transmettent leurs vibrations à un appareil électronique.&lt;br /&gt;N’aie pas peur jolie Julie, tout va bien, regarde, je n’ai rien. Allez, lèves-toi. Ne perds pas de vue ce qui est important. Lèves-toi ma douce.&lt;br /&gt;Il lui tend la main, une main rouge et molle lorsqu’elle s’en saisit.&lt;br /&gt;Voilà, viens a douce suis moi.&lt;br /&gt;Ils sont soudain dans la cabine du camion qui les précédaient. Le chauffeur s’est écrasé sur le pare-brise. Son nez a éclaté sur le volant, son visage est couvert de sang. Ses yeux son grand ouvert et fixent bêtement le fond de la cabine. A travers sa peau et les cartilages, Julie voit alors clairement calé contre le larynx, une forme indéterminée et jaunâtre. Un morceau de pomme. Le morceau de pomme coincé dans sa gorge qui l’a étouffé.&lt;br /&gt;Il mangeait, tu vois ? Et l’accident l’a fait avaler de travers. C’est idiot, complètement idiot. Il n’aurait sans doute  pas dû mourir aujourd’hui, en tout cas pas à cause de l’accident, mais c’est comme ça. Une coïncidence idiote.&lt;br /&gt;Il n’y a pas de coïncidence.&lt;br /&gt;La preuve que si.&lt;br /&gt;Elle le suit encore, deuxième camion, deuxième chauffeur. Celui qui aurait dû se reposer, celui qui a raté la sortie qu’il devait prendre et qui a eu le pire geste inconsidéré de sa vie.&lt;br /&gt;Il a la joue écrasée contre la vitre conducteur, au fond de l’habitacle renversé.  Un sachet marron trône drôlement sur son épaule encore coincée par la ceinture de sécurité. C’est un sac Mac Donald. Cet abruti s’était même pas arrêté pour déjeuner. La cabine sent le café, et le type a le jean plein de jus d’orange.&lt;br /&gt;Paul l’a entraînée dans l’habitacle, elle voit les chaussures du type, des grosses Cat, bien solides et viriles, harnachées par d’énormes lacets à ses chevilles. Son jean est un peu retroussé sur la jambe gauche, elle aperçoit des chaussettes grises, sans motif, et un filet de liquide rouge qui descend le long de la jambe. Il y a un gros pull de laine épaisse qui masque une partie de son visage, et un instant Julie doute qu’il soit entier. Elle est persuadée que si elle soulève le pull, elle va découvrir qu’il ne reste du visage que ce qui en dépasse.&lt;br /&gt;Non, il est encore en vie.&lt;br /&gt;Il porte encore une grosse veste imperméable avec de grands rabats. Elle est couverte de miettes et de petits points blancs. Ce con&lt;br /&gt;Il s’appelle Arsène&lt;br /&gt;s’est arrêté deux kilomètres avant, c’est bien cela, à l’entrée de l’autoroute, le petit drive de Mac Do qui ne sert que les voitures, à la sortie de la zone commerciale nord. Il est sorti de l’autoroute, s’est acheté son sachet –le drive n’ouvre qu’à 6 heures pétantes, il doit le connaître aussi- et il est reparti en mangeant son putain de burger à l’œuf et au bacon, tout en conduisant, histoire de rater la bifurcation et de tuer son mari.&lt;br /&gt;Regarde, là.&lt;br /&gt;Sur le tableau de bord, une photo a résisté au choc. Elle pendouille encore au bout de son cordon de plastique, le même genre de cordon auquel on attache les étiquettes des forfaits de ski. Deux gamins dans la dizaine entourent une femme qui n’est plus très jeune à l’air très doux. Ils sourient tous en tenant chacun le collier du roquet sans race qu’ils entourent. Joli portrait de famille.&lt;br /&gt;Julie voit au travers de la photo et au travers de l’homme.&lt;br /&gt;Elle revoit sa journée en surimpression, il s’appelle Arsène, il a quarante sept ans et une charpente solide. Il est parti très tôt hier matin, vers cinq heures, du Portugal pour amener sa cargaison jusqu'à la frontière allemande. Il aurait du s’arrêter plus souvent, mais son patron lui donnera une prime, au noir, bien sûr, si la marchandise arrive avant midi. Il est marié à une femme très douce, Julie l’a voit assise à côté de lui qui pleure doucement. Et ils ont deux enfants bâtis comme leur père. Le plus jeune va avoir douze ans et rêve de la PS 2 que tous ses copains ont déjà. Il en est fana. Son argent de poche passe tout entier dans ces magazines spécialisés ou des journalistes expérimentés analysent et critiquent les derniers jeux sorti pour savoir s’ils seront ou non à la mode. Le petit est bon élève, le seul petit soucis qu’il cause à ses parents est une insuffisance respiratoire qui l’empêche de faire le moindre sport. Et le moindre effort. Arsène aimerai bien lui payer sa console de jeux.&lt;br /&gt;Ce n’est pas sa  faute Julie, tu vois ?&lt;br /&gt;Pas sa faute ? Mon cul, toi aussi tu as un enfant.&lt;br /&gt;C’est la prime, pas l’enfant.&lt;br /&gt;Julie a de nouveau envie de crier.&lt;br /&gt;Pourquoi l’autre n’a pas tourné à gauche !&lt;br /&gt;Peu importe, s’il avait tourné à gauche, la voiture aurait fait un tonneau de plus et se serait encastré du côté droit dans la citerne. Nous serions morts tous les deux.&lt;br /&gt;Et ce n’est pas ça qui est important. Il y a dix minutes, un kilomètre après le dernier péage que nous avons passé, un autre camion s’est mit en travers de la chaussée. La circulation va rester bloquée environs quarante-cinq minutes. Aucune voiture ni camion ne nous suivait, et aucune voiture ni camion n’est non passé après notre accident. Il n’en passera pas avant au moins une demi-heure. Arsène a perdu connaissance, et il risque d’avoir une hémorragie interne parce qu’il est planté sur son levier de vitesse. L’autre chauffeur est déjà mort, et tu ne peux plus rien pour moi non plus. Mais tu es la seule à pouvoir sauver Arsène. Tu t’es évanouie mais tu peux revenir, si tu y arrives, il faut prévenir les secours. Tout de suite. Tu comprends ?&lt;br /&gt;Julie s’effondre en larmes, sans forces, sur le bitume.&lt;br /&gt;Je ne peux pas, je ne peux pas, je ne peux pas&lt;br /&gt;Chut, regarde&lt;br /&gt;Dans le petit lit en bois chez son papi et sa mamie, Léa est endormie sur le dos. Les draps font un fouillis de plis sur son ventre et une de ses jambes est posée dessus. Elle a encore eu trop chaud cette nuit, ses chevaux sont mouillés de sueur et font un écrin humide à son mignon petit visage. Son bras gauche est relevé et repose plus haut sur l’oreiller, au-delà de sa tête.&lt;br /&gt;Il faut. Regarde. Il faut. Tu as tapé fort de la tête contre ta vitre tout à l’heur. Tu va prévenir les secours, la orne est à cinquante mètres, et puis tu te ré évanouira. Mais tu auras prévenu. Dans moins de cinq minutes ils seront là, et ils te transporteront à l’hôpital pour te soigner. Allez, Julie, courage. Tu dois le faire pour t’en sortir. Dépêche-toi, ma puce.&lt;br /&gt;Julie avait lentement émergé, à l’arrière de la voiture, où elle s’était écroulée après en être sortie. Elle avait fait ce qu’avait dit Paul, était allée jusqu’à la borne, avait décroché l’appareil, avait demandé du secours d’une voix chevrotante et s’était de nouveau écroulée.&lt;br /&gt;Paul était alors simplement resté auprès d’elle sans rien dire jusqu’à ce que les pompiers la raniment.&lt;br /&gt;Le chauffeur du camion citerne n’avait pu être sauvé, mais celui du semi était bel et bien mort étouffé par sa pomme. Paul n’avait plus reparu.&lt;br /&gt;-- On pourrait penser qu’il s’agit d’un contre coup de l’état de choc, qu’avant de tomber évanouie et d’appeler les secours j’ai moi même  fait le tour des deux camions pour aller m’enquérir des chauffeurs, il se peut aussi que le détail de la pomme, je l’ai entendu lorsque les secours sont arrivés, et que j’ai entendu aussi le diagnostic du deuxième chauffeur.&lt;br /&gt;-- Mais… ?&lt;br /&gt;La voix de Darius est un peu étranglée, Stéphane lui jette un regard inquiet mais le vieux semble juste avoir atterri sur une planète inconnue, ce qui, au vu des circonstances, lui paraît une réaction tout à fait saine.&lt;br /&gt;-- Mais il y a effectivement eu un autre accident, derrière nous, si je n’avais pas prévenu les secours, je serais morte, effectivement aussi, par le choc additionné au froid et à la commotion à la tête. Je n’avais pas conscience de m’être tapée mais j’avais un traumatisme crânien.&lt;br /&gt;-- cela ne veut rien dire, mais il peut y avoir eu une annonce à la radio, pour l’accident derrière vous…&lt;br /&gt;-- en l’occurrence, il n’y a eu aucune annonce sur aucune des radios que nous pouvions capter de notre voiture à cet endroit –là. L’accident  n’a pas été signalé.&lt;br /&gt;-- vous croyez vraiment que vous avez vu votre mari mort ?&lt;br /&gt;-- je l’ai vu quand ils l’on sorti de la voiture. Il avait un morceau du volant fondu qui était resté collé sur sa pommette gauche. Il l’avait dans mon rêve.&lt;br /&gt;Un long silence suivit le récit de Julie. Darius avait le regard perdu au loin sur les cimes des pins de son coin à champignons qui dépassaient du haut du vallon en face d’eux.&lt;br /&gt;-- Je suis désolé, Julie.&lt;br /&gt;Elle s’est levée et se tape les fesses pour enlever les brindilles et la terre qu’elles ont ramassé.&lt;br /&gt;-- je vais nous chercher un casse-croûte, il faut que nous ayons le ventre plein pour réfléchir correctement.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-1521897437448554825?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/1521897437448554825/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=1521897437448554825' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/1521897437448554825'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/1521897437448554825'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2008/05/chapitres-30-et-31.html' title='Chapitres 30 et 31...'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-116570969095599393</id><published>2008-01-26T23:59:00.000-08:00</published><updated>2008-01-27T00:01:16.937-08:00</updated><title type='text'>28-29</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;28&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Installé sur le canapé, Stéphane fixe le tableau, posé au sol en face de lui, la toile peinte soigneusement tournée vers le mur. Julie est montée à l’étage, il entend le bruit de ses pas aller venir rapidement au dessus de sa tête. Elle a donc installé sa chambre là. Hier, elle ne lui a même pas proposé de visiter les aménagements. Après l’épisode du tableau, elle avait sans doute trouvé cela malvenu.&lt;br /&gt;Il lui a téléphoné tout à l’heure, tard dans la matinée, et il ne lui a pas vraiment dit pourquoi il voulait la voir, mais elle n’a pas semblé se poser la question. La soirée qu’ils ont passé ensemble en appelait forcément une autre, ils étaient tous les deux sur la même longueur d’onde, et les regards échangés avaient laissé Stéphane très rêveur jusqu’à l’appel de son grand-père. Après son récit, d’ailleurs, la maison lui fait paradoxalement moins peur. Il sait en détails, maintenant, ce qui c’est déroulé ici, ce qui lui ôte la part de mythe qui amplifiait sa crainte. C’est comme s’il savait, à présent, à quoi s’attendre. Même si au fond, ce qu’il sait n’est pas rassurant. Mais il a une mission, et ce qui le préoccupe à présent, c’est la façon dont il va pouvoir lui en parler. Il a retourné la question dans tous les sens, sans trouver une solution simple et satisfaisante. En descendant de la voiture, tout à l’heure, il a eu l’impression de plonger dans le vide, sans savoir quand et comment il allait atteindre l’eau.&lt;br /&gt;-- Voilà, j’ai fini. Excuse-moi, mais si je laisse ouvert, je vais me geler ce soir. Les soirées sont fraîches, hein ?&lt;br /&gt;Elle se dirige vers le frigo. «--  Qu’est ce que tu boit ?&lt;br /&gt; Elle est divinement belle, et Stéphane la voit flotter, aérienne. Il a la tête qui tourne, tourne, et&lt;br /&gt;Ne va pas là-bas, c’est tout&lt;br /&gt;Il y a son parfum, incroyablement puissant,&lt;br /&gt;Saute bel ange,&lt;br /&gt;Sa voix qu’il n’entend qu’à travers un filtre quand elle lui propose à boire,&lt;br /&gt;Saute dans mes bras&lt;br /&gt;Et sa question étrange soudain&lt;br /&gt;Si tu ne saute pas,&lt;br /&gt;Le diable te prendra&lt;br /&gt; La comptine stupide roule, tourne, l’enveloppe, la vole à la réalité.&lt;br /&gt;Soudain qui le ramène sur terre brutalement.&lt;br /&gt;- Qu’est-ce que tu chantes ?&lt;br /&gt;Ce n’est pas tant la question que la voix blanche qui lui fait reprendre pied.&lt;br /&gt;Julie est debout, bras ballants, le rouge du blush ressortant de façon pathétique sur ses joues blafardes, le regard large comme un océan.&lt;br /&gt;--Je ne chante pas. Pardon, je… j’étais ailleurs.&lt;br /&gt;Elle s’écroule sur le fauteuil, face à lui.&lt;br /&gt;-- tu chantais. Je t’assure que tu chantais.&lt;br /&gt;Elle a perdu tout sourire.&lt;br /&gt;-- Tu chantais une comptine. Une comptine que je n’avais jamais entendu avant cette après midi.&lt;br /&gt;Saute bel ange,&lt;br /&gt;Les murs tournent, bougent.&lt;br /&gt;Saute dans mes bras,&lt;br /&gt; Elle a disparu.&lt;br /&gt;Si tu ne saute pas,&lt;br /&gt; Le fauteuil laisse place à une chaise de bois.&lt;br /&gt;Le diable te prendra.&lt;br /&gt;Puis au vide et la poussière.&lt;br /&gt;-- Steph, Steph, vite!&lt;br /&gt;Il se lève au ralenti, une gamine brune fait irruption dans la pièce. Ce n’est pas celle qu’il a déjà vue, mais elle lui ressemble. Ce sont les mêmes yeux. Strictement.&lt;br /&gt;Il s’est levée pour la suivre, spontanément.&lt;br /&gt;-- Vite, vite, suis-moi !&lt;br /&gt;Elle a ouvert la porte de la petite pièce qui donne sous l’escalier. « Vite, viens »&lt;br /&gt;Il y a un petit réduit sous l’escalier, elle en ouvre la porte, lui fait signe.&lt;br /&gt;-- là dessous, là dessous, ils arrivent ! »&lt;br /&gt;Stéphane se plie en deux, se glisse dans le réduit, mais il n’a le temps de rien, le réduit est refermé brutalement. Il entend du bruit à l’extérieur, devant sa porte minuscule. La gamine crie. La porte disparaît, et Stéphane, terrorisé, se ratatine contre le mur jusqu’à le traverser. Il est en bas de l’escalier, il croise un gamin de neuf ans terrorisé qui descend l’escalier en volant presque tant il va vite. Son cri le suit, un peu comme le tonnerre arrive après la foudre.&lt;br /&gt;Stéphane regarde en haut de l’escalier. La gamine est là. Elle est immobile, les yeux résignés, le visage grave. Elle a sept ans tout au plus. Elle secoue la tête, et elle répète inlassablement la même phrase :&lt;br /&gt;-- c’est trop tard, regarde, c’est là, c’est dedans.&lt;br /&gt;Et en tournant la tête il voit une lune grimaçante qui monte lentement l’escalier vers lui, entourée d’ombres dansantes qui glissent sur les murs.&lt;br /&gt;- Il faut penser à ce qui est important. Il n’y a que ce qui est important qui compte. Si tu ne pense pas à ce qui est important, c’est foutu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Julie l’a giflé tellement fort qu’elle s’est fait mal à la main. Elle a frappé haut sur le visage, sur la pommette. Il émerge brusquement, ses yeux, révulsés, reprennent leur place dans les orbites, le regard se repositionnant face à elle. Elle est blafarde, ses yeux sont immenses.&lt;br /&gt;-- Il faut sortir d’ici.&lt;br /&gt;Julie le suit sans un mot. Elle le suit jusque loin dans la cour, dans la fuite calme qu’il  entame, puis jusqu’au chemin, hors de l’enceinte des murs. Il n’a pas lâché sa main, qu’il tient fermement dans son étau.  Il parle sans la regarder, les yeux tournés vers la bâtisse.&lt;br /&gt;-- je dois te parler de quelque chose, c’est un peu long, c’est complètement fou, mais il faut que je t’en parle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;            Plus tard, dans la nuit tombée, assise en tailleurs comme tout au long du récit, Julie rassemble ses idées. Elle replace les pièces de son petit puzzle personnel.&lt;br /&gt;-- tu m’as dit qu’elle avait été habitée…&lt;br /&gt;-- oui, je sais mais je ne sais pas pourquoi rien ne s’est passé&lt;br /&gt;-- elle était donc en sommeil.&lt;br /&gt;-- En sommeil ?&lt;br /&gt;-- Quelque chose l’a réveillée, puisque jusque là rien ne s’était plus passé.&lt;br /&gt;-- j’ai quelque chose à vous raconter, moi aussi. Ce que ne n’ai pas voulu vous dire l’autre soir, à propos du tableau et de mon rêve.&lt;br /&gt;Elle raconte le rêve, resté étonnement précis dans sa mémoire, en omettant les passages concernant Léa et son mari. Elle ne veut pas en parler, trop d’explications à donner, de détails sordides et inutiles, sans rapport avec ce qui les préoccupe pour le moment. Elle pense à la lettre qu’elle a envoyée à sa fille, sa promesse d’aller la chercher. Comment faire ?&lt;br /&gt;Stéphane reste un peu silencieux, puis la regarde sombrement.&lt;br /&gt;-- C’est le tableau, alors. Forcément. Elle a su quand je l’ai acheté pour toi. Et elle a commencé.&lt;br /&gt;Elle n'a plus bougé. Pétrifiée par la dernière remarque de Stéphane.&lt;br /&gt;Non, y a eu un truc, avant le tableau.&lt;br /&gt;--Le maçon, monsieur machin, là, quand il a fait la salle de bain, il était prêt à galoper le travail pour la finir plus vite. Je n'avais pas compris pourquoi, vu qu'il restait pas mal de choses à faire, il ne gagnait quoi? Qu'une demi-journée. Un jour, ça me paraissait dérisoire.&lt;br /&gt;--je veux voir ta salle de bain&lt;br /&gt;-- il ne vaut mieux pas que tu rentres là-dedans, vu ce qui s'est passé tout à l'heure.&lt;br /&gt;--non. Ça ne risque rien. Je t'assure. Et s'il y a un problème, tu n'auras qu'a me re-gifler...&lt;br /&gt;--ton grand père ne serait pas d'accord. Et je crois bien qu'il aurait raison.&lt;br /&gt;--peut être, mais je n'écoute pas toujours ce qu'il me dit --oui, mais tu as sans doute tort, dans ce cas précis. La gifle pourrait arriver trop tard. Tu y as pensé ?&lt;br /&gt;Soudain, Julie sursaute, attrapant son bras avec force, le serrant les yeux plissés, concentrée.&lt;br /&gt;--Ton grand-père, il est revenu... au début des travaux, c'est bien ça?&lt;br /&gt;--oui, c'est ce qu'il m'a dit.&lt;br /&gt;--c'était la première semaine de mars?&lt;br /&gt;--je crois bien, enfin, c'est possible.&lt;br /&gt;--et le massacre a eu lieu à quelle époque de l'année ?&lt;br /&gt;Stéphane s'est levé d'un coup, comme poussé vers le haut par un ressors puissant.&lt;br /&gt;--C'est ça ! C'est lui qui l'a réveillée!&lt;br /&gt;--attend, attend, un peu de calme. Réveillé qui, réveillé quoi? Tu parles comme un illuminé. Il faut procéder calmement, ne pas se précipiter. D'abord, on doit être sûr qu'il n'est jamais revenu avant, parce que c'est par là que se trouve la clef Mais il faut être absolument certains.&lt;br /&gt;Parce que s'il n'est jamais revenu, cela veut dire que toi aussi tu influe sur cette maison, et que, d'une façon ou d'une autre elle te reconnaît instinctivement. Cela veut dire aussi qu'elle cible ses victimes, et cela aussi il faut le vérifier. Les baux de locations, les certificats de conformité, tout, parce qu'il faut être sur à cent pour cent de tout ce qu'on avancera.&lt;br /&gt;--mais tout cela rime à quoi?&lt;br /&gt;--il se pourrait bien que j'en ai une idée, mais dans tous les cas elle ne me ferra rien.&lt;br /&gt;--pourquoi en es-tu si sure ?&lt;br /&gt;--parce que malgré tout, elle ne me fait pas peur. Elle ne peut pas me faire peur, et elle le sait.&lt;br /&gt;--quoi? De quoi est-ce que tu parles?&lt;br /&gt;--pas le temps maintenant, rentres, va chez ton grand-père à la première heure, raconte-lui et&lt;br /&gt;reviens demain avec lui, tu klaxonneras d'ici. OK ?&lt;br /&gt;--je ne suis pas sur qu'il voudra revenir.&lt;br /&gt;--trouve un moyen de le convaincre. Mais d'après moi, si je ne me trompe pas sur lui, dès que tu lui auras raconté tout ça, il n'hésitera pas.&lt;br /&gt;--D'accord, mais toi, il ne faut pas que tu restes ici, tu risque de ...&lt;br /&gt;--je ne risque rien. Crois moi, je suis un peu barge, mais pas suicidaire, ça non.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;29&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Stéphane a encore négocié, mais il n'est pas un très bon négociateur face à elle. Il a l'impression qu'elle connaît des choses qu'il ignore. Elle n'a pas peur, ne trouve pas cela insensé, presque naturel, comme si le fait qu'une maison puisse provoquer des hallucinations était monnaie courante. Il se demande ce que peut cacher cette facilité à accepter l'incroyable, cette propension à ne pas buter sur le pragmatisme, à ne pas réfuter la thèse qui semble la moins probable. Il aurait cru devoir argumenter, son grand-père pourrait être fou, lui-même, qu'elle connaît finalement depuis si peu, pourrait bien être dérangé. Il lui a tout de même vendu une maison qui fut le théâtre d'événements plus que dramatiques, et cela sans l'en informer, elle devrait se méfier, avoir des doutes, au moins des réticences. Mais non, elle fonçait à leur suite dans ce délire fantasmagorique, s'engouffrant sans hésitation dans une histoire qui frisait le ridicule, si l'on mettait de côté le fait qu'il n'était pas seulement convaincu que quelque chose se passait, mais qu'il savait, qu'il se passait quelque chose.&lt;br /&gt;Elle prenait même les rênes de leur petite bande, s'instaurant presque en spécialiste sans qu'il puisse savoir pourquoi. Se pourrait-il que le hasard ne soit pas vraiment responsable de leur rencontre ?&lt;br /&gt;Elle avait voulu la maison tout de suite, sans même visiter l'intérieur, sans même vraiment négocier le prix, comme ça, en cinq minutes. Elle avait de l'argent, visiblement suffisamment pour ne pas s'enquérir de plus de détails que sa propre envie mais tout de même, cela ne l'avait pas choqué sur le moment, mais aujourd'hui qu'ils se trouvaient embarqués ensemble, il s'interrogeait sérieusement sur le mystérieux passé de la jolie Julie. Elle n'avait pas fuit au récit de l'histoire, elle avait même ironisé sur les fantômes, ce jour-là. Et lui, il avait simplement trouvé ça terriblement pragmatique et plutôt charmant, finalement, cette insouciance qu'elle semblait avoir. Mais ce n'était peut-être pas de l'insouciance, au fond. De l'inconscience, peut-être, à moins que ce ne soit, précisément au contraire, une pleine conscience.&lt;br /&gt;Il est arrivé devant la maison du papet, le volet de bois est ouvert et il voit la lumière mouvante de la télé qui éclaire l'intérieur de la cuisine. Il se demande ce que le papet va penser de tout ça. Après tout, il avait bien signalé qu'il ne se sentait pas de taille.&lt;br /&gt;Julie est rentrée lentement après le départ de stéphane. Les idées bouillonnent dans sa tête. Non, effectivement, elle n'a pas peur du tout. Elle jubile plutôt sur ce hasard étrange qui met en présence des personnes et qui les confronte à des circonstances surprenantes. Son attirance pour Stéphane est claire, elle l'a trouvé séduisant dès leur toute première rencontre, qui fut suivit aussitôt de sa toute première rencontre avec la maison. Même jour, à trente minutes près. Il faudrait qu'elle étudie la composition du ciel ce jour-là, tant ces coïncidences, aujourd'hui plus que tout autre jour, lui paraissent douteuses. Elle se rend compte que Stéphane doit s'interroger sur elle, sur le fait qu'elle adhère sans broncher à cette histoire somme toute hallucinante. Mais, effectivement, elle ne pouvait décernent pas aborder la question de son passé au cours d'un repas au restaurant, même si elle savait qu'elle aurait à raconter, tôt ou tard.&lt;br /&gt;Elle est allée directement dans la salle de bain, après avoir soigneusement fermé la porte d'entrée.&lt;br /&gt;Après avoir fermé le verrou, elle s'est retournée vers sa cuisine salon, croisant les bras pour regarder l'espace vide devant elle, les chaises familières, les meubles qu'elle avait choisit avec ce petit plaisir du renouveau. Cette maison lui ressemblait. Et de toute façon, elle aussi était hantée.&lt;br /&gt;L’eau de la douche brûlante frappant son cuir chevelu, elle vide sa tête, évitant de penser qu'elle est dans le ventre de l'ennemi. Ce n'est pas son ennemi à elle, c'est le leur à aux, les deux hommes, et peut être d'autres encore, qui sait? Mais elle, elle n'est pas intruse, ici, et s'il faut le prouver à la maison, elle lui prouvera. Elle sourit en pensant à l'absurdité de ses réflexions si elle tentait de les partager avec n'importe qu'elle personne normalement constituée. Y aurait-il une chance pour qu'elle ne finisse pas internée? Tous les gens qui croient vraiment que le monde procède vraiment de bizarreries matérielles et immatérielles, qu'il s'agisse de fantômes, d'esprits frappeurs d'extra-terrestres ou de père Noël passent au mieux pour des idiots ou des névrosés, au pire pour des mytho maniaques extrêmes qu'il faut enfermer parce qu'ils installent sur leur toit des dispositifs tarabiscotés pour capter les ondes venues de l'espace. Elle en savait quelque chose.&lt;br /&gt;Elle arrête le jet, ouvre la porte de la douche pour se saisir de la grande serviette de bain qui l'attend sur le chauffage-sèche serviette qu'elle n'atteint pas, laissant le bras nu mouillé et soyeux s'égoutter sur le caillebotis de bois posé au sol. En face d'elle, dos au mur, une petite fille brune assise par terre la regarde par en dessous une frange nette de cheveux épais.&lt;br /&gt;--qu'est ce que tu fais là ? Je ne te connais pas et tu ne me connais pas. Alors va-t-en&lt;br /&gt;Malgré elle, les battements de son cœur se sont accélérés.&lt;br /&gt;--tu as peur.&lt;br /&gt;La petite fille a une voix rauque, comme si elle souffrait d'une grosse angine ou d'une rhino-&lt;br /&gt;Pharyngite mal soignée. Julie fini son geste et attrape la serviette. Tout en commençant à se sécher le corps, toujours à l'intérieur de la douche, elle penche la tête, observatrice. Le ton est plus calme, mesuré.&lt;br /&gt;--non, tu m'as surprise, ce qui crée forcement une tension momentanée, mais ce n'est absolument pas de la peur.&lt;br /&gt;--Tu auras peur, toi aussi&lt;br /&gt;--Tu n'es pas réelle.&lt;br /&gt;--RIEN n'a JAMAIS été plus réel que moi!&lt;br /&gt;Ju1ie ne bronche pas au rugissement. L'enfant est furieuse, elle s'est dressée d'un bond, les yeux noirs fulminent, les poings serrés au bout de bras raides et tendus vers le bas. Ju1ie s'enrou1e dans la serviette et demande:&lt;br /&gt;--Comment t'appelles-tu ?&lt;br /&gt;--je ne m'appelle pas.&lt;br /&gt;--qui es-tu, alors?&lt;br /&gt;--tu n'as pas besoin de le savoir.&lt;br /&gt;--que veux-tu ?&lt;br /&gt;--moi? Elle a l'air presque étonnée. Moi, mais je ne veux rien. Rien du tout.&lt;br /&gt;--alors pourquoi es-tu là ?&lt;br /&gt;--pour que tu me suives.&lt;br /&gt;--ou ?&lt;br /&gt;--là où on doit aller.&lt;br /&gt;--et ou doit-on aller?&lt;br /&gt;La petite fille se détend d'un coup, elle sourit et elle est presque jolie dans sa robe noire.&lt;br /&gt;--tu verras bien, suis moi.&lt;br /&gt;--non, tu n'es pas réelle.&lt;br /&gt;Ju1ie sort de la douche, commence à sécher ses cheveux avec une nouvelle serviette, ignorant la petite fille et se concentrant sur les actes qu'elle accomplit. La discussion est terminée, elle le sait. La gamine va tenter à présent de l'emmener, par les pensées, en lui volant son esprit, comme elle l'a fait avec Stéphane tout à l'heure. Elle est maligne, la petite. Elle sait s'y prendre. Ju1ie est forte, elle ne risque rien, pas même en dormant. Elle n'a pas de lien avec cette maison, elle lui appartient, c'est tout. Elle s'en veut un peu de cette rencontre. En y pensant trop, elle l'a provoquée, sans doute. Elle se regarde dans le miroir, tournant ostensiblement le dos à la petite fille. Son reflet s'efface progressivement, comme un fondu au noir, et le mur décrépi d'avant les travaux apparaît lentement au delà de son reflet. Les mains posées sur le rebord du lavabo, elle se concentre sur son image qui ne transparaît plus qu'en filigrane. Elle fixe ses propres yeux, calmement, évaluant la puissance de l'effet. Le miroir réapparaît, le mur blanc et propre aussi. Dans le tiroir supérieur du petit meuble dans lequel elle range les médicaments, elle prend une petite boîte verte. Lexomyl. Elle sort de l'étui le tube vert tendre, l'ouvre, coupe un cachet en deux et l'avale avec une grande rasade d'eau.&lt;br /&gt;Un sommeil loin des rêves, c'est ce qu'il lui faut. Peu importe si la gamine revient pendant la nuit, elle ne peut pas jouer avec sa conscience ou son inconscience. Pendant qu'elle dort, elle est protégée, ses peurs ne sont pas fixées ici, donc ici il ne peut rien lui arriver. Mais il est impératif qu'elle n'emmène pas au matin ses cauchemars de la: nuit. C'est cela qui la rendrait vulnérable. Le cachet prit, elle sort de la salle de bain. La fillette brune a disparue, et la maison a repris son calme  souverain. Julie se couche avec un bon bouquin, une histoire à faire peur, histoire d'orienter un peu ses pensées avant le sommeil. Rien de mieux qu'une bonne histoire de vampires pour s'endormir sur ses deux oreilles.&lt;br /&gt;Stéphane est de nouveau assis à sa place dans la cuisine du grand-père. Il est huit heure trente. Le café chaud coule de la petite casserole où le grand-père l'a fait réchauffer. Sa main tremble un peu, mais pour un homme de son âge, s'en serait presque rassurant.&lt;br /&gt;Stéphane commence par lui raconter dans le détail ce qui s'est passé dans la maison. Ses&lt;br /&gt;mésaventures avec la gamine, la gifle salvatrice, la discussion avec Julie, sa surprenante réaction.&lt;br /&gt;Il y a longuement pensé en rentrant, dans la nuit il a poursuivit ses doutes, ses peurs. Le papet&lt;br /&gt;partage ses positions dubitatives. Mais il suit malgré tout le raisonnement de la jeune fille.&lt;br /&gt;--écoute, nous lui poserons la question, et nous verrons bien. Malgré tout cela, c'est tout de même un atout qu'elle ne panique pas et qu'elle soit avec nous. Je pense que votre rencontre et son installation dans la maison compose effectivement une étrange équation, mais il va falloir jouer la partie avec cette donne là. C'est pas un hasard si c'est elle, toi et moi. Il faut juste trouver ce qui fait que ce hasard là nous a réunis tous les trois. Il faut qu'elle nous raconte son histoire de toute façon, pour qu'on puisse comprendre ce qui a fait que cette maison l'a choisie.&lt;br /&gt;--Bon sang, papet, tu t'entends? C'est du délire!&lt;br /&gt;Le vieux pose calmement ses deux mains sur la table, penchant le torse au dessus de la table, à demi levé.&lt;br /&gt;--toute cette histoire est un long délire, Steph, c'est justement ça qu'on ne doit pas oublier.&lt;br /&gt;Il se rassoit, les mains toujours calées sur la table. Tout ça ne peut pas être réel, tu comprends? C'est cela qui doit nous guider. Cette histoire n'existe pas, on ne peut pas rationaliser. Tu sais ce que tu as vécu dans cette maison, moi aussi. Nous n'avons pas rêvé, et nous ne sommes pas fous. Alors nous allons décortiquer ce qui s'est passé jusqu'à comprendre et déjouer ce qui s'y passe.&lt;br /&gt;--je croyais que tu ne te sentais pas d'attaque?&lt;br /&gt;--je croyais que j'étais fou. Mais ta Julie a un rôle à jouer, donc je ne le suis pas. Je suis vieux et fatigué, mais cette histoire pourrai bien me tuer de l'intérieur avant l'heure, et tu sais quoi? Elle ne m'a pas eu à l'époque, c'est pas pour que je cède aujourd'hui.&lt;br /&gt;--je comprends, papet, mais là, c'est plus qu'une simple frousse. Je... Cette fille débarque, achète la maison... j'en suis raide, et je me demande maintenant ce quelle cache.&lt;br /&gt;--tu as toujours confiance en elle?&lt;br /&gt;--Et toi?&lt;br /&gt;--Elle est la seule qui puisse nous aider, justement, et je crois vraiment qu'elle n'y est pour rien. Il y a quelque chose en elle qui l'a préfigurée pour nous aider. Il s'agit peut-être d'une simple coïncidence ou bien d'autre chose, mais dans tous les cas nous ne pouvons ignorer ce fait. Nous allons partir là-bas essayer de régler au moins ce problème là. D'ac ?&lt;br /&gt;Le ton était presque léger pour leur petit mot à eux seuls. Stéphane esquisse un sourire tout juste dessiné.&lt;br /&gt;--D'ac papet, d'ac.&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-116570969095599393?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/116570969095599393/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=116570969095599393' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/116570969095599393'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/116570969095599393'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2008/01/28-29.html' title='28-29'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-8474353666366352884</id><published>2007-12-22T12:06:00.001-08:00</published><updated>2007-12-22T12:07:07.511-08:00</updated><title type='text'>25-26-27</title><content type='html'>25&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils ont passé le seuil.&lt;br /&gt;Darius devant, Louis le tenant par le bord de la veste derrière lui.&lt;br /&gt;La porte du côté jardin est ouverte, et la lumière s’engouffre dans la cuisine sans complexe. La porte du couloir, où se trouvent les escaliers qui montent à l’étage, est, elle aussi, grande ouverte.  Darius avance à pas comptés, les battements de l’horloge qui l’inquièteront tant, plus tard, font vibrer intégralement tous ses membres, et jamais sa vie ne lui a semblé autant palpable. Il retient sa respiration, conscient de son essoufflement anormal, et sa mâchoire commence à le faire souffrir tant les dents se serrent les unes aux autres. La cuisine n’a rien d’anormal, tout semble rangé à une place logique, la vaisselle propre de la veille au soir empilée sur la pile, attendant d’être rangée, les chaises sagement alignées autour de la table ronde dont les deux battants sont relevés. Le poêle est éteint, et le seul bruit perceptible est celui de la grande horloge, dans la salle à manger, à côté des escaliers.&lt;br /&gt;C’est là qu’il se dirige, et quand Louis comprend qu’il va falloir monter, la prise sur la veste se raidit, freinant sans conséquence la progression prudente de son ami.&lt;br /&gt;Sans quitter des yeux le bas des escaliers, Darius bifurque vers la salle à manger, dont la porte est –bien sûr- elle aussi ouverte.&lt;br /&gt;Louis a recommencé à claquer des dents, il tente de les maîtriser en serrant la mâchoire, mais le stupide bruit continue. Il a du mal à mettre une jambe devant l’autre, et la main qui serre la veste qui avance devant lui ne semble plus lui appartenir tant elle lui parait lointaine, détachée de son corps.&lt;br /&gt;Ils n’entrent pas dans la salle à manger, tout est trop sombre, mais malgré tout Darius est rassuré. Il ne voit rien mais il sent bien qu’il n’y a rien à voir là-dedans. Il en est convaincu. Absolument convaincu.&lt;br /&gt;La lumière du jour qui traverse la pièce vient mourir sur la quatrième marche, au bas des escaliers. La seule autre source de lumière est le petit fenestron, à l’endroit où l’escalier tourne. Il éclaire faiblement l’alternance des carreaux rouges, des contremarches sombres et des planches de bois foncé qui terminent chaque marche. La rampe est en noyer, brillante,  et elle forme un fil brillant jusqu’en haut. Malgré la réticence physique évidente de Louis, qui le tire maintenant de plus en plus fermement vers l’arrière, il s’avance vers les premières marches en scrutant le sol, surveillant les recoins et les zones sombres qui se dessinent dans les angles de mur.&lt;br /&gt;Il goûte presque avec plaisir à tous ses sens en éveil, dans la peau de celui qui voit. Darius ne sait pas comment, mais il voit clairement ce qu’il doit faire, très précisément. Ce qu’il est important de faire. Il doit monter. Il sait qu’il va trouver là-haut le même carnage, l’étrange atroce tableau barbare, nature morte raide et froide crée par quelque chose de monstrueux.  Mais il doit monter parce que quelque part, là haut, quelqu’un est en vie. Encore en vie. Et il sait que s’il ne monte pas, quand les autres arriveront, ce sera trop tard. Il a eu la sensation dans la cour que ce n’était pas la peine de rentrer dans les autres maisons. Ce bien triste pas la peine l’avait raidi, parce qu’il ne l’avait pas vraiment pensé. C’est comme s’il l’avait entendu. Mais là, il y avait un air, une bulle chaude dans la maison. Oui, c’est cela, une bulle chaude, une respiration embuée dans un réduit étroit, une respiration qui se retenait de faire son habituel souffle, répétant inlassablement la même comptine, silencieusement, se réconfortant par le chant qui tournait dans sa tête.&lt;br /&gt;Soudain, à la sixième marche, Louis pousse un cri en le lâchant si vivement que Darius en est déséquilibré vers l’avant. Il se retient des deux mains à la rampe, regardant son ami par dessus son épaule. Il tremble de la tête aux pieds, secoué, la tête tressautant au rythme saugrenu du reste du corps. L’instant d’après, il est dehors. Darius a tout juste le temps d’ouvrir la bouche que l’autre est déjà dehors, il l’entent hoqueter et sangloter, accompagné d’un bruit sourd. Le choc l’a fait tomber, assis sur les marches, cramponné à la rampe, il respire profondément. Penser à ce qui est important. Rester concentré. Il s’est relevé, une longue inspiration, oui c’est cela. Rester concentré.&lt;br /&gt;Marche après marche, il gravit l’escalier, plus lentement que tout à l’heure, distrait par le bruit qui parvient de la cour, les pleurs de son ami qu’il a laissé seul, et ce bruit sourd qu’il n’identifie pas. La comptine qu’il a commencé à entendre tout à l’heure dans sa tête lui  est soudain moins proche. En prenant appui sur la rampe, il s’élance vers le haut, avalant les marches deux à deux.&lt;br /&gt;Il bute sur un premier corps à l’étage. Il l’identifie machinalement sans s’attarder sur la courbure inversée du dos, ni sur la bouche et les yeux ouverts. C’est la mère Alembert, étalant sa cinquantaine florissante et généreuse sur le sol qu’elle avait dû elle même cirer soigneusement. Il l’enjambe le plus rapidement possible, évitant de poser les yeux sur la chemise de nuit froissée et sale. Les deux portes à gauches sont ouvertes, et il n’a pas besoin d’approcher pour deviner. Le père doit être dans la première, et dans la seconde, c’est Antonin, leur huitième. La porte à droite est fermée, la pièce est vide, elle sert de rangement depuis que les grands habitent les maisons autour. La mère Alembert y fait sa couture, il le sait car il est déjà venu ici, une fois.  Antonin était malade, il était resté au lit pendant presque un mois et il avait bien failli ne pas en ressortir, d’après les conversations que Darius avait entendu, mais lorsqu’il était allé mieux, ses camarades de classe étaient venus lui porter de petits cadeaux que madame Areneau leur avait fait fabriquer en classe. C’est vers cette pièce vide que Darius se dirige, moins prudemment que tout à l’heure parce qu’il n’entend plus du tout la comptine.&lt;br /&gt;Lorsqu’il tend la main vers la poignée, il voit son ombre projetée sur la porte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;26&lt;br /&gt;Darius grimace. Il tend la main vers la bouteille de blanche, mais Stéphane s’en saisit et leur sert une bonne rasade chacun.&lt;br /&gt;-- Et ?&lt;br /&gt;-- Et c’est tout. Je suis redescendu aussi vite que j’ai pu, et j’ai trouvé Louis dehors, le front en sang parce qu’il s’était tapé la tête contre le mur tout le temps où je suis resté en haut.&lt;br /&gt;-- Et ce que tu devait faire ? la comptine ? la bulle ?&lt;br /&gt;-- Il n’y avait plus de bulle. J’ai vu l’ombre, Steph, c’était trop tard.&lt;br /&gt;Stéphane le regarde, un peu surpris, la main toujours pendue au goulot de la bouteille.&lt;br /&gt;-- Il n’y avait pas de lumière à l’étage. J’ai pourtant vu cette foutue ombre sous la poignée. J’ai eu l’impression que toute la peur que je gardait dans un coin de ma tête en ressortait d’un seul coup, et j’ai dévalé l’escalier comme un gari prit dans les phares d’une voiture.&lt;br /&gt;-- Une ombre… papé, tu as enjambé un cadavre et tu as eu peur.. d’une ombre ?&lt;br /&gt;-- Ce n’était pas une ombre. C’était l’ombre.&lt;br /&gt;Il vide son verre d’un trait, de nouveau, et essuie sa bouche du revers de la main.&lt;br /&gt;-- les gars du village sont arrivés un moment après, je sais pas, peut être une demi heure, peut être cinq minutes. Louis et moi, on est restés contre le mur de la maison. Marie Andrieu – c’était une des filles, la troisième je crois- avait eu un bébé l’été d’avant, son deuxième, et elle fait mettre un anneau dans le mur, et un autre un peu plus loin, dans le sol. Quand il faisait beau et qu’elle était dans la cour, elle y accrochait un drap, comme une voile de bateau, tu vois ? et elle mettait le petit et sa plus grande qui devait pas avoir deux ans en dessous, pour les protéger du soleil. On s’est mit exactement là, assis par terre, et on a attendu. Pendant tout le temps, Louis s’accrochait à l’anneau en se balançant d’avant en arrière et en pleurant. Il n’a pas lâché un mot. Sauf à un moment, quand je lui ai demandé ce qui l’avait fait crier dans l’escalier.&lt;br /&gt;-- qu’est ce qu’il t’a répondu ?&lt;br /&gt;-- qu’il n’était pas venu avec moi dans l’escalier.&lt;br /&gt;Darius se tait un instant. :&lt;br /&gt;-- Mais ce n’est pas surprenant, et maintenant que j’y suis retourné, je suis pas sur qu’il ait menti, à ce moment là.&lt;br /&gt;-- qu’est ce qui s’est passé quand tu y est allé ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;27&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au bout du récit, qui se termine aux cauchemars de la nuit dernière, le vieux évite de le regarder. Le silence s’appesantit pendant quelques instants, puis Stéphane pose le paquet de tabac qu’il n’a cessé de tourner et retourner entre ses mains pendant durant le monologue de son grand-père, fixant obstinément le dessin marron sous le papier plastifié.&lt;br /&gt;-- C’était presque devenu juste une frayeur d’enfant, comme si c’était pas réel. Mais c’est bien réel.&lt;br /&gt;-- J’y pensé toute la journée. Finalement, je me suis dis que puisque tu y étais allé, je pouvais t’en parler. En fait, je devais t’en parler, parce que, visiblement, ce n’est pas fini.&lt;br /&gt;Il a eu un petit regard par en dessous pour son petit fils. Il sait qu’il le croit, mais il se demande dans quelle mesure il le croit. Et surtout, maintenant qu’il sait, il va vouloir faire quelque chose. Lui aussi, dans la même situation… mais il est trop vieux, à présent, trop fragile.&lt;br /&gt;-- Dès demain matin, j’irai voir Julie. Il faut qu’elle sache. Y a pas a tortiller, hein ?&lt;br /&gt;-- Tu ne dois pas entrer là-bas. C’est stupide, après ce que je t’ai raconté. Tu sais que cela agit aussi sur toi, tu sais ce que tu risques.&lt;br /&gt;-- Oui, et c’est pour ça que je peux y aller. Je ne resterai pas longtemps, mais il faut que je m’y confronte. Il faut que je vérifie, puisque hier rien ne s’est passé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vieux ne répond pas, il hausse les épaules. Ce pourrait être un geste d’indifférence, mais Stéphane le décode mieux que ça. Il signifie que le vieux est loin d’acquiescer, mais que devant l’absence de solution, il s’en remet à celui qui entrevoit une porte.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-8474353666366352884?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/8474353666366352884/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=8474353666366352884' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/8474353666366352884'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/8474353666366352884'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/12/25-26-27_22.html' title='25-26-27'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-6931147594198327707</id><published>2007-12-22T12:06:00.000-08:00</published><updated>2007-12-22T12:07:04.422-08:00</updated><title type='text'>25-26-27</title><content type='html'>25&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils ont passé le seuil.&lt;br /&gt;Darius devant, Louis le tenant par le bord de la veste derrière lui.&lt;br /&gt;La porte du côté jardin est ouverte, et la lumière s’engouffre dans la cuisine sans complexe. La porte du couloir, où se trouvent les escaliers qui montent à l’étage, est, elle aussi, grande ouverte.  Darius avance à pas comptés, les battements de l’horloge qui l’inquièteront tant, plus tard, font vibrer intégralement tous ses membres, et jamais sa vie ne lui a semblé autant palpable. Il retient sa respiration, conscient de son essoufflement anormal, et sa mâchoire commence à le faire souffrir tant les dents se serrent les unes aux autres. La cuisine n’a rien d’anormal, tout semble rangé à une place logique, la vaisselle propre de la veille au soir empilée sur la pile, attendant d’être rangée, les chaises sagement alignées autour de la table ronde dont les deux battants sont relevés. Le poêle est éteint, et le seul bruit perceptible est celui de la grande horloge, dans la salle à manger, à côté des escaliers.&lt;br /&gt;C’est là qu’il se dirige, et quand Louis comprend qu’il va falloir monter, la prise sur la veste se raidit, freinant sans conséquence la progression prudente de son ami.&lt;br /&gt;Sans quitter des yeux le bas des escaliers, Darius bifurque vers la salle à manger, dont la porte est –bien sûr- elle aussi ouverte.&lt;br /&gt;Louis a recommencé à claquer des dents, il tente de les maîtriser en serrant la mâchoire, mais le stupide bruit continue. Il a du mal à mettre une jambe devant l’autre, et la main qui serre la veste qui avance devant lui ne semble plus lui appartenir tant elle lui parait lointaine, détachée de son corps.&lt;br /&gt;Ils n’entrent pas dans la salle à manger, tout est trop sombre, mais malgré tout Darius est rassuré. Il ne voit rien mais il sent bien qu’il n’y a rien à voir là-dedans. Il en est convaincu. Absolument convaincu.&lt;br /&gt;La lumière du jour qui traverse la pièce vient mourir sur la quatrième marche, au bas des escaliers. La seule autre source de lumière est le petit fenestron, à l’endroit où l’escalier tourne. Il éclaire faiblement l’alternance des carreaux rouges, des contremarches sombres et des planches de bois foncé qui terminent chaque marche. La rampe est en noyer, brillante,  et elle forme un fil brillant jusqu’en haut. Malgré la réticence physique évidente de Louis, qui le tire maintenant de plus en plus fermement vers l’arrière, il s’avance vers les premières marches en scrutant le sol, surveillant les recoins et les zones sombres qui se dessinent dans les angles de mur.&lt;br /&gt;Il goûte presque avec plaisir à tous ses sens en éveil, dans la peau de celui qui voit. Darius ne sait pas comment, mais il voit clairement ce qu’il doit faire, très précisément. Ce qu’il est important de faire. Il doit monter. Il sait qu’il va trouver là-haut le même carnage, l’étrange atroce tableau barbare, nature morte raide et froide crée par quelque chose de monstrueux.  Mais il doit monter parce que quelque part, là haut, quelqu’un est en vie. Encore en vie. Et il sait que s’il ne monte pas, quand les autres arriveront, ce sera trop tard. Il a eu la sensation dans la cour que ce n’était pas la peine de rentrer dans les autres maisons. Ce bien triste pas la peine l’avait raidi, parce qu’il ne l’avait pas vraiment pensé. C’est comme s’il l’avait entendu. Mais là, il y avait un air, une bulle chaude dans la maison. Oui, c’est cela, une bulle chaude, une respiration embuée dans un réduit étroit, une respiration qui se retenait de faire son habituel souffle, répétant inlassablement la même comptine, silencieusement, se réconfortant par le chant qui tournait dans sa tête.&lt;br /&gt;Soudain, à la sixième marche, Louis pousse un cri en le lâchant si vivement que Darius en est déséquilibré vers l’avant. Il se retient des deux mains à la rampe, regardant son ami par dessus son épaule. Il tremble de la tête aux pieds, secoué, la tête tressautant au rythme saugrenu du reste du corps. L’instant d’après, il est dehors. Darius a tout juste le temps d’ouvrir la bouche que l’autre est déjà dehors, il l’entent hoqueter et sangloter, accompagné d’un bruit sourd. Le choc l’a fait tomber, assis sur les marches, cramponné à la rampe, il respire profondément. Penser à ce qui est important. Rester concentré. Il s’est relevé, une longue inspiration, oui c’est cela. Rester concentré.&lt;br /&gt;Marche après marche, il gravit l’escalier, plus lentement que tout à l’heure, distrait par le bruit qui parvient de la cour, les pleurs de son ami qu’il a laissé seul, et ce bruit sourd qu’il n’identifie pas. La comptine qu’il a commencé à entendre tout à l’heure dans sa tête lui  est soudain moins proche. En prenant appui sur la rampe, il s’élance vers le haut, avalant les marches deux à deux.&lt;br /&gt;Il bute sur un premier corps à l’étage. Il l’identifie machinalement sans s’attarder sur la courbure inversée du dos, ni sur la bouche et les yeux ouverts. C’est la mère Alembert, étalant sa cinquantaine florissante et généreuse sur le sol qu’elle avait dû elle même cirer soigneusement. Il l’enjambe le plus rapidement possible, évitant de poser les yeux sur la chemise de nuit froissée et sale. Les deux portes à gauches sont ouvertes, et il n’a pas besoin d’approcher pour deviner. Le père doit être dans la première, et dans la seconde, c’est Antonin, leur huitième. La porte à droite est fermée, la pièce est vide, elle sert de rangement depuis que les grands habitent les maisons autour. La mère Alembert y fait sa couture, il le sait car il est déjà venu ici, une fois.  Antonin était malade, il était resté au lit pendant presque un mois et il avait bien failli ne pas en ressortir, d’après les conversations que Darius avait entendu, mais lorsqu’il était allé mieux, ses camarades de classe étaient venus lui porter de petits cadeaux que madame Areneau leur avait fait fabriquer en classe. C’est vers cette pièce vide que Darius se dirige, moins prudemment que tout à l’heure parce qu’il n’entend plus du tout la comptine.&lt;br /&gt;Lorsqu’il tend la main vers la poignée, il voit son ombre projetée sur la porte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;26&lt;br /&gt;Darius grimace. Il tend la main vers la bouteille de blanche, mais Stéphane s’en saisit et leur sert une bonne rasade chacun.&lt;br /&gt;-- Et ?&lt;br /&gt;-- Et c’est tout. Je suis redescendu aussi vite que j’ai pu, et j’ai trouvé Louis dehors, le front en sang parce qu’il s’était tapé la tête contre le mur tout le temps où je suis resté en haut.&lt;br /&gt;-- Et ce que tu devait faire ? la comptine ? la bulle ?&lt;br /&gt;-- Il n’y avait plus de bulle. J’ai vu l’ombre, Steph, c’était trop tard.&lt;br /&gt;Stéphane le regarde, un peu surpris, la main toujours pendue au goulot de la bouteille.&lt;br /&gt;-- Il n’y avait pas de lumière à l’étage. J’ai pourtant vu cette foutue ombre sous la poignée. J’ai eu l’impression que toute la peur que je gardait dans un coin de ma tête en ressortait d’un seul coup, et j’ai dévalé l’escalier comme un gari prit dans les phares d’une voiture.&lt;br /&gt;-- Une ombre… papé, tu as enjambé un cadavre et tu as eu peur.. d’une ombre ?&lt;br /&gt;-- Ce n’était pas une ombre. C’était l’ombre.&lt;br /&gt;Il vide son verre d’un trait, de nouveau, et essuie sa bouche du revers de la main.&lt;br /&gt;-- les gars du village sont arrivés un moment après, je sais pas, peut être une demi heure, peut être cinq minutes. Louis et moi, on est restés contre le mur de la maison. Marie Andrieu – c’était une des filles, la troisième je crois- avait eu un bébé l’été d’avant, son deuxième, et elle fait mettre un anneau dans le mur, et un autre un peu plus loin, dans le sol. Quand il faisait beau et qu’elle était dans la cour, elle y accrochait un drap, comme une voile de bateau, tu vois ? et elle mettait le petit et sa plus grande qui devait pas avoir deux ans en dessous, pour les protéger du soleil. On s’est mit exactement là, assis par terre, et on a attendu. Pendant tout le temps, Louis s’accrochait à l’anneau en se balançant d’avant en arrière et en pleurant. Il n’a pas lâché un mot. Sauf à un moment, quand je lui ai demandé ce qui l’avait fait crier dans l’escalier.&lt;br /&gt;-- qu’est ce qu’il t’a répondu ?&lt;br /&gt;-- qu’il n’était pas venu avec moi dans l’escalier.&lt;br /&gt;Darius se tait un instant. :&lt;br /&gt;-- Mais ce n’est pas surprenant, et maintenant que j’y suis retourné, je suis pas sur qu’il ait menti, à ce moment là.&lt;br /&gt;-- qu’est ce qui s’est passé quand tu y est allé ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;27&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au bout du récit, qui se termine aux cauchemars de la nuit dernière, le vieux évite de le regarder. Le silence s’appesantit pendant quelques instants, puis Stéphane pose le paquet de tabac qu’il n’a cessé de tourner et retourner entre ses mains pendant durant le monologue de son grand-père, fixant obstinément le dessin marron sous le papier plastifié.&lt;br /&gt;-- C’était presque devenu juste une frayeur d’enfant, comme si c’était pas réel. Mais c’est bien réel.&lt;br /&gt;-- J’y pensé toute la journée. Finalement, je me suis dis que puisque tu y étais allé, je pouvais t’en parler. En fait, je devais t’en parler, parce que, visiblement, ce n’est pas fini.&lt;br /&gt;Il a eu un petit regard par en dessous pour son petit fils. Il sait qu’il le croit, mais il se demande dans quelle mesure il le croit. Et surtout, maintenant qu’il sait, il va vouloir faire quelque chose. Lui aussi, dans la même situation… mais il est trop vieux, à présent, trop fragile.&lt;br /&gt;-- Dès demain matin, j’irai voir Julie. Il faut qu’elle sache. Y a pas a tortiller, hein ?&lt;br /&gt;-- Tu ne dois pas entrer là-bas. C’est stupide, après ce que je t’ai raconté. Tu sais que cela agit aussi sur toi, tu sais ce que tu risques.&lt;br /&gt;-- Oui, et c’est pour ça que je peux y aller. Je ne resterai pas longtemps, mais il faut que je m’y confronte. Il faut que je vérifie, puisque hier rien ne s’est passé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vieux ne répond pas, il hausse les épaules. Ce pourrait être un geste d’indifférence, mais Stéphane le décode mieux que ça. Il signifie que le vieux est loin d’acquiescer, mais que devant l’absence de solution, il s’en remet à celui qui entrevoit une porte.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-6931147594198327707?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/6931147594198327707/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=6931147594198327707' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6931147594198327707'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6931147594198327707'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/12/25-26-27.html' title='25-26-27'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-7285948786887207830</id><published>2007-12-20T12:15:00.000-08:00</published><updated>2007-12-20T12:18:27.745-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 21,22,23,24....</title><content type='html'>Darius s’est arrêté. Ils s’est levé pour prendre un verre dans le placard. Le même petit verre qui est toujours plein, devant Stéphane. Revenu à sa place, il se ressert une rasade, la bouteille tremblant un peu entre ses mains.&lt;br /&gt;Le garçon ne fait aucun commentaire. Il s’inquiète de sentir le vieux peiner à parler. Il fait de grandes pauses, entre deux phrases, il s’attarde avant d’arriver au cœur de l’histoire, et Stéphane se doute que ce n’est pas pour ménager le suspense. Il en a encore la trouille.&lt;br /&gt;Il vide son verre, le regarde enfin droit dans les yeux, avant de fixer le verre vide devant lui.&lt;br /&gt;« -- Personne n’a répondu, tu t’en doutes. Y avait pas un bruit. Pas un seul. On entendait juste le craquement de nos pas sur les cailloux, devant la porte. Joseph s’est rapproché des filles, il faisait plus le mariolle, ça c’est sûr. On savait pas ce qu’y c’était passé, bien sur, mais tu sais, on avait sacrément la trouille. Louis m’a regardé, on savait pas quoi faire, tu comprends. Je lui ai fait un signe de tête, et il a haussé les épaules avant de&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;22&lt;br /&gt;passer le pas de la porte. Darius est derrière lui, tout près. Ils jettent d’abord un œil, à droite, dans la cuisine, puis à gauche, essayant de voir plus loin par le chambranle sans porte qui donne sur le couloir. Rien. Juste les reflets rares de la lumière sur les casseroles de la batterie de cuisine. Louis appelle encore, en avançant un peu, interrogatif. Un peu plus fort. Il pousse carrément la porte, et ils entrent dans la cuisine. Albertine est collée à Simone qui la tient par les épaules, et lorsque louis se retourne, il lui parle doucement.&lt;br /&gt;« -- Tu restes là avec Simone, d’accord ?&lt;br /&gt;Elle hoche tout juste de la tête. Elle a vraiment l’air effrayée.&lt;br /&gt;Joseph s’est avancé, il a les yeux un peu plus larges que d’habitude, et Simone l’attrape par le bras :&lt;br /&gt;« -- non, coco, toi aussi tu restes là. Ca suffira bien que Joseph et Louis les réveillent, je crois. » Darius regarde sa sœur, pleine de sang froid alors qu’il voit bien dans ses yeux brillant qu’elle en montre plus qu’elle n’en ressent. « allez-y, vous, on va pas tous aller taper à leur porte, non ? »&lt;br /&gt;Louis avance vers le couloir, il zieute en y passant juste la tête, mais il fait très sombre parce que là, il n’y a même pas une fenêtre par laquelle le jour pourrait un peu passer. Darius le suit tout près, la main contre le mur, se guidant comme un aveugle dans le couloir interminable. Toujours aucun bruit sauf celui de leurs chaussures.&lt;br /&gt;Louis appelle encore. Encore un coup pour rien.&lt;br /&gt;Ils aperçoivent la porte de la chambre. Elle aussi est ouverte, ils s’en rendent compte en arrivant presque devant, parce que les volets laissent passer un peu de lumière. Louis s’est arrêté, et dans le noir, il se tourne vers son ami.&lt;br /&gt;« -- on peut pas rentrer !&lt;br /&gt;sa voix n’est qu’un souffle tant il parle bas. Darius est d’accord avec lui, comme jamais il ne l’a été, mais&lt;br /&gt;« -- faudra bien, Albertine meurt de trouille. Elle va se mettre à pleurer si elle voit qu’on a peur.&lt;br /&gt;-- j’ai pas peur !&lt;br /&gt;-- ben vas-y alors !&lt;br /&gt;-- Ca se fait pas.&lt;br /&gt;-- oui, mais maintenant on est rentrés, et ça non plus ça se fait pas. »&lt;br /&gt;Darius passe vivement devant lui, donne deux coup secs à la porte et entre dans la chambre. Louis le voit s’immobiliser brusquement avant de sauter en arrière. La porte ne s’est pas ouverte en plein, elle a buté sur quelque chose qui la bloque. Quand il s’approche, il voit que le quelque chose est une jambe. Une jambe dans une chemise de nuit de femme, comme en porte sa mère. Une jambe de femme, qui surgit de derrière la porte. Ses yeux restent fascinés par l’apparition un moment interminable, avant qu’ils ne soient attirés par autre chose. Sans doute Darius a vu la même chose, car il s’avance, et louis n’a pas le temps de réagir qu’il entre dans la pièce, par la porte ouverte aux trois quart. Paul est assis sur une chaise, au fond de la pièce, face au lit de ses parents. Il est en chemise de nuit, lui aussi, assis bien droit, les mains sur le giron, et il les regarde. Les yeux écarquillés de Darius ne s’arrêtent pas sur lui, ils font le douloureux panorama de la pièce. Derrière la porte, donc, à côté du lit, gît leur institutrice, une jambe tendue, l’autre prise dans les draps, coincée en l’air, tordue, les bras écartés, ses cheveux nattés traçant une virgule sur le sol rouge, ses beaux yeux verts et doux  grands ouverts fixant le plafond d’un air effaré.&lt;br /&gt;De l’autre côté du lit, le maître, en caleçons longs, est par terre, adossé au mur, dans l’angle. Les jambes étendues devant lui, le dos calé, le buste penché sur le côté, la joue colée au papier peint verdâtre, les yeux fixés sur un quelconque motif, quelques centimètres devant lui.&lt;br /&gt;La petite sœur de Paul est juste au pied du lit, à plat ventre, Dieu merci. Ses petits bras potelés sont rouge sombre, tout son corps, est rouge sombre. Et Paul les regarde toujours. Il n’a pas bougé. Il est cloué au mur par un gros bout de ferraille qui dépasse de son torse.&lt;br /&gt;Les deux garçons sont plantés au milieu de la pièce, au pied du lit. Louis a les deux mains sur la tête, les doigts enfouis dans les cheveux, ses yeux, si grands ouverts qu’ils lui font mal, tournent autour de la pièce, allant de l’un à l’autre dans un ballet fou, ne s’arrêtant sur rien mais voyant tout. Darius est à côté, il fixe Paul et la tache sombre derrière sa tête. Il ne peut en détacher les yeux. Dans l’obscurité partielle de la pièce, elle semble mouvante. Sans la lâcher des yeux, il cherche derrière lui, le bras de son ami, attrape un bout de sa veste et le force à reculer avec lui. La tache a encore bougé. Il en est sûr.&lt;br /&gt;Ce qu’il y a d’important, ici, ce ne sont pas les corps, ce ne sont pas son maître, sa femme, ni la petite fille de quatre ans qui baigne dans son sang. Ce n’est pas non plus son ami qui reste fixé au mur par son gros clou. Ce qui est important dans cette pièce, c’est Louis, son ami vivant, lui-même, et cette tache qui bouge sur le mur. Ce n’est peut-être qu’un reflet. Mais un reflet de quelque chose qui a de l’importance. Parce que s’ils sont morts, c’est que quelque chose s’est passé ici. Et Darius n’est pas totalement sûr que ce soit fini. Il tire doucement louis en arrière, le poussant derrière lui.&lt;br /&gt;23&lt;br /&gt;Darius se tait un moment. Il remarque sans sourire le verre de blanche que son petit-fils à vidé en cour de route.&lt;br /&gt;« -- je ne sais pas ce qui m’a permis de garder mon calme, de ne pas rouler des yeux comme Louis, et de ne pas m’affoler. Mais j’ai vu cette chose sur le mur. Ce n’était pas une ombre, ou un reflet, c’était quelque chose qui bougeait. J’avais très peur, mais je me concentrais aussi fort que possible sur ce qui était important. »&lt;br /&gt;Il regarde Stéphane :&lt;br /&gt;-- C’est ce qui compte dans la vie : ne pas perdre de vue ce qui est important.&lt;br /&gt;-- tu me l’as dit, ça, quand je suis revenu d’Aix. Tu m’as dis de ne pas perdre de vue ce qui était important pour moi. Et quand j’était gamin, aussi…&lt;br /&gt;-- c’est toujours valable. Quelle que soit la situation. C’est ce que j’ai compris ce jour là. Avec le fait que je ne dormirait plus jamais de la même façon.&lt;br /&gt;-- que s’est-il passé après ?&lt;br /&gt;-- je l’ai poussé dans le couloir, à reculons, j’ai tiré la porte en même temps. Je n’ai pas tourné le dos, je suis resté face à la porte jusqu’à la cuisine, tenant toujours louis de la même façon. Il respirait fort, et je l’entendais respirer fort, il claquait des dents. Quand on est arrivés dans la cuisine, joseph Albertine et Simone étaient blottis près de la porte. Simone les a tirés dehors dès que nous sommes arrivés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;24&lt;br /&gt;Une fois dehors, elle a attendu, en nous regardant tour à tour, Louis et moi. Il était dans ce qu’on appelle maintenant un état de choc. Il claquait des dents, tremblant comme une feuille, les yeux écarquillés pleins de larmes. J’ai fait signe à Simone de partir, pour lever les petits de là, parce que je ne voulais plus qu’ils voient Louis dans cet état. Albertine a renâclé, elle voulait pas partir, elle appelait son frère, et je croit que c’est ça qui l’a sorti de cet état. Elle l’a secoué par la manche en l’appelant, trois ou quatre fois, peut-être cinq. Et ça l’a secoué pour de bon. Parce que, on peut dire ce qu’on veut, mais Albertine a toujours eu un pouvoir sur son frère. Il ne l’a jamais laissée tomber. Alors, là, ça l’a réveillée. Il s’est secoué, comme un cheval qui se lève de la paille, tu vois ? et il a souri. Il a souri a sa petite sœur et il l’a attrapée par la taille en s’accroupissant. Il s’est tenu bien en face d’elle, la regardant la tête en arrière et …&lt;br /&gt;Il parle d’une voix claire, sans accrocs d’émotion.&lt;br /&gt;-- Tu va aller avec Simone, d’accord ? j’ai des choses à faire avec Darius, alors tu vas retourner sur le chemin, vous allez traverser le vallon, et vous allez aller dire au village que monsieur et madame Areneau ont eu un problème et qu’il faudrait que du monde vienne, d’accord ?&lt;br /&gt;- un problème ?&lt;br /&gt;Sa voix est toute petite, comme prête à casser.&lt;br /&gt;- oui, ils sont malades, alors il faut que le docteur vienne, mais aussi les autres.&lt;br /&gt;Et disant cela, il lève les yeux vers Simone. Ses Yeux à elle sont trop grand aussi, mais elle hoche la tête simplement.&lt;br /&gt;-- Quels autres ?&lt;br /&gt;-- du monde pour s’occuper d’eux.&lt;br /&gt;Simone s’est avancée et tend la main à la petite.&lt;br /&gt;-- Viens, Albertine, tu va m’aider à rien oublier, hein ?&lt;br /&gt;la main qu’elle lui tend tremble un peu, mais la petite hoche la tête, opinant en souriant presque.&lt;br /&gt;-- moi, je reste.&lt;br /&gt;Joseph se dandine d’un pied sur l’autre, le visage blafard.&lt;br /&gt;--Non.&lt;br /&gt;Le ton de Darius est péremptoire. Le gamin n’essaie même pas de protester. Il regarde son frère, qui lui, garde les yeux fixés sur Simone. Ils ne se parlent pas, mais dans l’air devenu presque immobile, leur regard à la mine d’une conversation sérieuse.&lt;br /&gt;-- faîtes vite.&lt;br /&gt;Louis a un ton ferme aussi, mais la  supplique déborde des mots.&lt;br /&gt;Louis et Darius ne se sont pas dit un mot depuis qu’ils sont sortis de la maison, mais ils ont tous les deux conclu la même chose. Ce qui c’est passé là a pu se passer dans les autres maisons, et de toute façon les petits ne peuvent pas rester là. La réaction de Louis faisait peur à voir, et si Albertine n’avait pas été là, Darius se dit qu’il aurait fallu qu’il le frappe pour le calmer.&lt;br /&gt;Ils se retrouvent seuls dans la cour, s’avançant sérés vers la maison principale, celle du vieux Alembert. Ils ignorent les autres sans en discuter, peut être parce qu’elles sont trop près de l’école et qu’ils voudraient bien s’en éloigner le plus possible.&lt;br /&gt;La porte est fermée, et ils se regardent un instant, avant que Darius lève une main pour frapper sur le volet.&lt;br /&gt;-- Je pourrai pas rentrer, je crois&lt;br /&gt;Darius frappe un coup sec et fort. Le battant cogne contre l’huisserie de métal, puis recule. Un peu trop. Il est simplement poussé, et sous la résistance des arrêts, s’ouvre d’un centimètre à peine. Louis s’est remis à claquer des dents, et ce n’est pas le froid qui l’atteint. De toute façon, il ne sent pas grand chose, à part cette boule énorme dans la gorge et la pression des côtes sur ses poumons. Il transpire, et sous les pulls de laine, la sueur refroidi progressivement, rendant le contact du tricot de corps atrocement désagréable.&lt;br /&gt;-- J’y vais.&lt;br /&gt;La voix de Darius chevrote un peu, mais le ton est résolu.&lt;br /&gt;-- pourquoi on attend pas les autres ? ils vont arriver, ça sert à rien d’y aller.&lt;br /&gt;Darius a un instant de doute, ou sa main, qui frôle déjà la poignée de la porte vitrée, reste suspendue dans l’air. Après tout, que fera-t-il de plus, si tous sont aussi morts que dans l’école ? A-t-il tellement envie de voir d’atroces cadavres tordus et sanglants ? mais quelque chose, dans sa tête, une sorte d’obsession….&lt;br /&gt;-- Il faut que j’y aille. Il faut aller voir.&lt;br /&gt;-- mais il faut aller voir quoi ?&lt;br /&gt;louis s’est mit à crier, à présent. Sa voix frôle dangereusement les accents féminins de l’hystérie.&lt;br /&gt;-- Voir des morts ? Tu vois bien que c’est pas normal. Y a pas un bruit. Normalement, tout est ouvert, quand on arrive, et ils sont tous partout ! Ils sont où, là, hein ? Ils sont où ? Par terre, dans leur chambre ? Avec plein de sang partout ? C’est ça que tu veux voir ? Moi pas !&lt;br /&gt;Darius le regarde craquer sans un geste. Louis part en morceaux, se dit-il. Il s’est reprit pour Albertine tout à l’heure, mais là, il devient fou.&lt;br /&gt;Il fait sa voix la plus douce possible.&lt;br /&gt;-- J’y vais, t’as qu’a rester là. Je reviens tout de suite. Juste pour jeter un coup d’œil… je… je crois qu’il y a quelqu’un qui a besoin de nous, là-dedans.&lt;br /&gt;Louis écarquille plus encore les yeux, si c’est possible. Il regarde son ami avec une telle stupéfaction qu’il paraît pétrifié, bouche ouverte.&lt;br /&gt;-- quoi ? tu.. t’as.. N’importe quoi ! Comment …&lt;br /&gt;Darius s’impatiente.&lt;br /&gt;--je  sais pas, je sais que c’est con, mais faut que j’y aille, voilà. Toi, reste là.&lt;br /&gt;-- Non !&lt;br /&gt;Louis a alors le regard le plus désespéré qu’il serait jamais donné de voir à Darius, et ses yeux se noient instantanément, sans qu’aucune larme ne franchissent l’épaisse barrière de ses cils.&lt;br /&gt;-- je veux pas rester tout seul.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-7285948786887207830?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/7285948786887207830/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=7285948786887207830' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/7285948786887207830'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/7285948786887207830'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/12/chapitre-21222324.html' title='Chapitre 21,22,23,24....'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-6657994180009746369</id><published>2007-10-25T05:14:00.001-07:00</published><updated>2007-10-25T05:14:40.256-07:00</updated><title type='text'>chapitre XX</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;20 Tout est blanc. Tout est recouvert de cette pellicule cristalline qui fait briller la plaine sous le soleil naissant. Les garçons s’arrêtent régulièrement, pour se pencher sur les traces laissées par les animaux au petit jour dans le gel qui recouvre le chemin. Il fait froid, et leurs souffles font des petits nuages devant leurs bouches. Louis a attrapé une brindille bien droite et la tient entre ses doigts, mimant le geste du fumeur. Accroupis autour de la trace d’un lièvre – deux trous alignés dans le gel, deux autres à vingt cinq ou trente centimètres derrière, alignées perpendiculairement – ils se font des clins d’œils. Ils préparent un mauvais coup pour Albertine. Ils ont un secret. Louis coince sa fausse cigarette au coin des lèvres et explique : « Tu sais, ce n’est pas parce qu’il y en a un que c’est là. » -- quoi, qu’est ce qui est là ? -- Rien, tu es trop petite… -- mais quoi ? Je veux savoir ! La petite fille est très brune, avec de grands yeux noisette bordés de cils épais. Elle est chaudement vêtue d’une veste de laine serrée, épaisse, dont son gant bleu roi émergent du bout des doigts. Simone est plus grande, elle marche en général devant, avec les garçons, ou la tient rudement par la main pour l’inviter à avancer plus vite. Les garçons se donnent des coups de coude, ricanent, s’évitant du regard pour éviter le fou rire. Joseph se penche vers elle. « -- tu te souviens, l’animal dont on a parlé l’autre jour ? -- la bête méchante qui rôde la nuit et à cause de laquelle il ne faut pas sortir. -- Et bien là ce sont ces traces. -- Albertine, laisse, intervient Simone, il faut y aller. Albertine n’est pas seulement plus jeune, elle est aussi beaucoup plus naïve que la moyenne. Ce n’est pas qu’elle soit bête, ou simplement un peu retardée. Elle fait simplement confiance aux gens, spontanément, et les garçons ne cessent de jouer avec elle, d’autant qu’elle est peureuse et craintive comme un petit animal. Parfois Louis la défend, et donc Darius aussi. Mais cette fois, c’est lui qui l’entraîne dans sa plaisanterie. Ce n’est pas bien méchant, après tout. Et Louis dit parfois que ça lui montre qu’il faut pas tout croire… -- Louis, arrête, intime Simone. Le ton et péremptoire. Louis est déjà amoureux d’elle, et il esquisse un geste pour obtempérer quand il croise le regard goguenard de Joseph. Il regarde sa sœur, ses grands yeux se sont écarquillés, accroupie pour fixer le sol, trente centimètres devant elle. Elle fronce les sourcils, dubitative, et fini par lever les yeux vers lui, ses petits genoux faisant deux ronds clairs dans l’ensemble sombre qu’elle dessine dans le jour à peine naissant. Elle est si petite. -- Louis, on dirait un lièvre, non ? Les garçons pouffent de rire mais Louis se contente d’un sourire, un peu coupable. Sa robe traîne dans la terre en train de dégeler, et Simone qui les attendait plus loin a tout juste le temps d’esquisser un pas pour venir chercher la petite que son frère lui tend la main pour l’aider à se lever. -- oui, c’est vrai. Aller, viens. On t’a fait une blague. Elle lui sourit, gentiment, et dit : « je savais, quand même ! » Tout au long du chemin, Joseph se moque à voix basse de Louis, et Darius garde le silence. Il a froid aux pieds car ses chaussettes sont un peu mouillées – il a marché sur le pas de la porte pour mettre ses chaussures dehors, parce qu’il ne voulait pas faire de bruit avec ses grosses semelles - le bébé dormait encore et il avait vu les traits tirés de sa mère, au réveil. C’était un bon garçon, il ne voulait pas qu’elle se fatigue si le bébé se réveillait trop tôt, après la nuit qu’il lui avait faite passer. Il en veut un peu à Joseph qui se moque de Louis. Il est le plus grand de tous, il a dix ans passés, et c’est le meilleur ami de Darius. Son autre copain l’attend à l’école, c’est Paul, le fils de monsieur et madame Areneau. Il a neuf ans, comme lui. Joseph, lui, a sept ans. Il n’est pas bien méchant, mais ce n’est qu’un gamin, et il ne comprend pas toujours les réactions de Louis. Ce qu’il voit, c’est que quand sa grande sœur intervient, le garçon se range de son côté. Il murmure, rythmant chaque pas : -- Louis est amoureux, Louis est amoureux, Louis est amoureux La taloche le rate de quelques centimètres, et la main de Louis ratant la nuque, lui frappe l’épaule. Il s’éloigne en trottinant, la besace lui battant les jambes, riant de plus belle et rejoint les filles qui marchent à présent devant, et Darius et Louis se trouvent seuls, quatre mètres derrière les autres. La discussion tourne autour des grives, des corvées. Ils ne sont pas très bavards. Les pieds de Darius gèlent dans ses chaussures, il les sent un peu engourdis et pour une fois, il se languit d’arriver dans la pièce chaude, à côté du poêle, une bonne tartine beurrée dans la main. Ca, c’est le grand luxe. L’alignement de maison se profile sur la plaine, avec la longue traînée de fumée réconfortante qui s’échappe des quatre maisons principales. Il est pas loin de sept heures dix, peut être le quart passé. Ils ont moins traîné que d’habitude, ce matin, quand même, mais vu le froid qu’il fait, c’est pas plus mal. Quand ils arrivent devant l’alignement, ils font le tour, coupant par le petit sentier qu’ils ont tracé eux-mêmes, en passant entre l’école et la dernière maison, et ils pressent un peu le pas. « -- c’est bizarre, c’est éteint ! C’est Simone qui s’est arrêtée, la petite au bout du bras. « -- y sont pas encore levés, tu crois ? Ils sont tous les cinq bêtement plantés sur le sentier. Les fenêtres de l’appartement de l’instituteur et de sa femme sont fermées, aucune lumière ne filtre de l’intérieur. Celles de l’école ne sont pas ouvertes non plus, et le tuyau qui sort de la toiture au dessus de la salle de classe ne fume pas. Albertine se dandine d’un pied sur l’autre, regardant son frère, perturbée par le fait inhabituel. Simone a jeté un oeil à Louis, un peu inquiet, parce que cela n’est jamais arrivé. C’est Darius qui fini par avancer. « -- ben si y dorment encore, va bien falloir les réveiller. Moi, j’ai froid aux pieds ! » Les quelques mètres qui les séparent de l’entrée de la cuisine son toutefois lents, tous un peu gênés de prendre leurs instituteurs en plein sommeil, et mal à l’aise de les trouver en bras de chemise. Devant la porte, Louis passe devant pour taper, mais la porte est déjà entrebâillée. Il frappe quand même, poussant un peu plus la porte en arrière. Trois grands coups qui résonnent. « -- Monsieur ? Il recommence. « Monsieur Areneau? &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-6657994180009746369?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/6657994180009746369/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=6657994180009746369' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6657994180009746369'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6657994180009746369'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/10/chapitre-xx_25.html' title='chapitre XX'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-3214697842152907116</id><published>2007-10-25T05:11:00.001-07:00</published><updated>2007-10-25T05:14:23.329-07:00</updated><title type='text'>chapitre XIX</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;19 &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;-- bon, c’est un peu long, je vais essayer d’abréger parce que j’ai pas envie d’y passer la nuit, mais si tu veux des précisions, tu n’hésite pas. Da’c ? -- Dac. Stéphane se demande si l’utilisation de leurs vieux codes est un signe. Le vieux ne les utilise plus depuis longtemps, depuis que le langage de Stéphane a évolué pour se débarrasser de tout ces raccourci de mots ou onomatopées qui marquaient son appartenance à la secte des « peu poilus du menton à la voix chevrotante » - L’expression était de sa fille, et il devait lui reconnaître non sans quelque fierté, une dose certaine d’humour bien acide – Mais cela semble l’aider à recréer leur intimité, un souvenir commun qu’il place entre eux pour que chacun se souvienne bien à qui il a affaire. Le vieux s’est assis d’un côté de la table, le garçon en face. Devant lui, sa pipe et son paquet de tabac, le cure pipe, un petit verre à peine plus gros qu’un dé à coudre, et une bouteille anonyme, le verre légèrement flou, qui semble empli d’eau fraîche. Le vieux rempli copieusement le petit verre, puis le tend au garçon. -- non, merci. Alors, Darius le vide d’un trait sec, remontant vivement le coude et cassant le poignet. Puis il le pose, le rempli de nouveau, et le fait glisser sur la toile cirée, s’arrêtant sur le dernier setter avant que les motifs ne disparaissent sous les mains du garçon. -- Tu en aura besoin, tout à l’heure. Bon, je commence. Ca commence loin, bien loin avant que les Alambert s’y installent. Au début du siècle d’avant. Il y avait une vielle qui habitait une bicoque, à cet endroit. Une seule toute petite maison, à côté d’un puit, des lapins, des poules et quatre légumes dans un potager. Je ne sais pas grand chose sur elle, et de toute manière, personne ne devait savoir vraiment qui elle était, à l’époque. Elle vivait isolée, et elle descendait au village pour échanger des œufs les jours de marché. Elle avait une fille. Je n’ai pas trouvé grand chose sur elles, mais dans les archives du village, il y a des notes du curé qui officiait. Une sorte de journal. » Stéphane l’interrompt : -- quand as-tu cherché ? -- oh, il y a des années, quand on a pu commencer à les consulter librement. Tout ce que j’ai trouvé c’est que la fille était très laide, presque effrayante. Il n’y a pas grand chose, mais cela dénote l’effarement quelle suscitait. Je me souviens encore de la phrase notée. « Au quartier dit du baoù, j’ai vu une femme âgée et son enfant, que la miséricorde de Dieu s’attache à elles. Jamais je n’ai vu un être si répugnant qu’il n’inspira qu’il fut engendré par le démon. Son visage semble être celui d’un animal, elle semble n’avoir pas de nez, sa bouche est déformée de sorte qu’elle ne parvient que très mal à parler. Il est difficile de déterminer quel peut être son age, mais c’est encore une enfant. La mère la cache et n’a pas souhaité que le baptême lui soit donné. » Ça, c’était vers 1815, 1816. Plus loin, j’en ai retrouvé mention au moment où la peste a sévi dans la région, dans les années trente. Il est écrit qu’il s’est rendu dans la plupart des fermes et des exploitations éloignées avec deux moines bénédictins qui distribuaient pains et derniers sacrements, selon ce qu’ils trouvaient, vers la fin de l’épidémie. La population s’était réfugiée sur ordre du conseil dans des cabanes, des cahutes provisoires disséminées dans la campagne. Il a trouvée la vieille en bonne santé, mais elle ne l’a pas laissé approcher. Il n’y a plus de trace de cette femme après ça. Il ne parle pas de la fille très laide. Par contre, elle apparaît dans les registres de l’église, parmi les morts de l’année 1830, au début de l’épidémie. A côté de l’entrée 614, il est noté « la dite araignée, sans baptême, du quartier le baoù ». C’est tout. Ce n’est pas noté dans la colonne des morts dus à l’épidémie, mais on ne peut être sur de rien, le curé lui même étant mort dans la dernière saison de contagion, c’est le suivant –ou un des bénédictins, on ne sait pas, qui a poursuivit les notes, et il y a eu beaucoup de rajouts après-coup. Des gens dont on s’est aperçu qu’ils étaient morts quand tout le monde est revenu en ville. Ensuite plus rien, jusqu'à ce que Les Alambert s’y installent. Ils sont arrivés pendant les années mille neuf cent à mille neuf cent dix. Probablement au tout début de la décennie, puisque les premiers baptêmes célébrés dans la paroisse remontent à mille neuf cent neuf. Ils ont eu sept enfants. Deux sont morts en bas age, avant deux ans. En vint ans, leur ferme est devenue la plus grande exploitation de la plaine. Je sais pas si c’était une famille qui avait des sous, à l’origine, mais c’est ce qui se disait au village. Les gens sont jaloux, tu sais. Ils disaient que c’était pas naturel de réussir aussi bien aussi vite. Il descendait vendre à Marseille et à Manosque aussi. Il achetait des terres, les plantait, en rachetait d’autres l’année d’après… Tous les enfants se sont mis au travail, au fur et à mesure. Ils travaillaient dur et, en grandissant, ils sont devenus des fermiers aguerris. On disait qu’ils venaient de la ville, qu’ils n’y connaissaient rien… ils ont bien fait taire tous ces vieux becs. Chaque fois qu’un enfant s’est marié, le vieux a construit sa maison avec lui. Il avait été marin ou quelque chose dans le genre, enfin, il avait voyagé, et il avait de grandes idées. C’est pour ça qu’il a construit aussi l’école, parce qu’il croyait en l’éducation, pas comme ces culs terreux qui le critiquaient à longueur de temps, au village, et qui trouvaient qu’il en faisait trop. En fait, à chaque fois qu’il faisait quelque chose, on trouvait à y redire. Bon, c’est vrai que le vieux avait des idées vraiment farfelues et un peu trop modernes pour l’époque. C’est lui qui a construit la maison des André, sur le petit chemin qui descend à Saint Roc, et à l’époque, c’était ce qu’ils appelaient « la maison des amours », pour que les ouvriers ne ramènent pas les filles à la ferme, sous le nez des gamins, et qu’ils fassent tranquillement leurs petites affaires. Inutile de te dire que c’était plutôt mal vu, ils les débauchaient n’importe où, se les ramenaient là, tranquillement. Les gens trouvaient ça dangereux pour leurs filles, ils racontaient des horreurs, comme quoi le vieux ne se gênait pas pour se ramener des petites, qu’on y entendait de drôles de choses, des filles qui n’en sortaient pas… Bon, en même temps, les abrutis des villages se reproduisent à grande vitesse. Ils n’aiment toujours pas les étrangers, alors à l’époque, tu imagines ce qu’on a pu raconter sur eux ! Ils achètent une bicoque et une terre que d’autres, soit dit en passant, cultivaient sans droit, pour une bouchée de pain, ils cultivent et font plutôt fortune… ça passait plutôt mal au village. Ton arrière grand père y a travaillé un peu, pendant les grosses saisons, avant qu’il n’hérite de la ferme en plein –à l’époque, c’est son frère, le Félicien qui avait la ferme. Mais bon, il fallait choisir son camp, à l’époque, et le papet préférait aller là ou il y a de quoi faire et une bonne paye. Ca lui a causé des soucis, parce qu’au village, des gens ont commencé à parler, à lui poser des questions bizarres, à ne plus le saluer… Enfin, t’imagines, y avait une école, un bordel, et pas d’église ! Même pas une petite chapelle. Alors ça, c’était le summum ! Toujours est-il qu’en mille neuf cent vingt, quand c’est arrivé, j’avais neuf ans. J’allais à l’école là parce que ça faisait moins loin que celle du village, en venant de la ferme. En Hiver, quand ça gèle à pierre fendre, crois-moi, tu fais vite ton calcul. On était bien content d’économiser une demi-heure de marche. Le jour où c’est arrivé, c’était le dix-sept février. La plupart des hommes s’occupaient plus des bêtes que des champs, tu vois. Je me languissais le printemps, parce qu’au printemps, j’allais aider mon père et j’allais plus à l’école. C’est pas que j’aimais pas ça, l’école, mais disons que c’était pas ce que je préférais. Enfin, je suis arrivé, avec Albertine, Simone, Louis et Joseph. On arrivait toujours les premiers parce que le père de Louis arrivait à la maison à six heures avec lui. Alors on était levés avant, et on partait de suite parce qu’il fallait pas trop traîner non plus. Y avait quand même le vallon de Beaucouère à descendre et remonter, alors…. Et puis, les premiers, ils avaient droit aux tartines. C’est madame Areneau –l’institutrice- qui les faisait. C’était juste pour les premiers, les tartines, et les derniers arrivés avaient la place près du poêle. Nous, on s’en foutait, du poêle, de toute façon, je trouvait toujours qu’il faisait trop chaud, alors ! Bref, pour arriver à l’école, après le vallon, on coupait à travers les lavandes qui remontent sur la plaine, enfin, quand il pleuvait pas sinon on pouvait pas, et on prenait le chemin normal arrivé là-haut. On arrivait toujours par la plaine, devant l’école, mais on faisait le tour pour passer par l’appartement, pour dire qu’on était là et pour récupérer les tartines, et puis les instituteurs n’étaient pas dans les classes avant sept heures et quart, sept heures et demie. Ce matin là aussi, on a traversé le vallon et on est remontés sur la plaine et&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-3214697842152907116?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/3214697842152907116/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=3214697842152907116' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/3214697842152907116'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/3214697842152907116'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/10/chapitre-xx.html' title='chapitre XIX'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-6456537686498712857</id><published>2007-10-25T05:09:00.000-07:00</published><updated>2007-10-25T05:13:22.003-07:00</updated><title type='text'>chapitre XVIII</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;18&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bonjour ma chérie !&lt;br /&gt;J’ai appelé mamie tout à l’heure, elle m’a dit que tu va bien. Normalement, je viendrai te chercher la semaine prochaine, et on viendra ici toutes es deux, enfin !!!!&lt;br /&gt;Je me languis de te serrer dans mes bras ma sauterelle, je t’embrasse fort.&lt;br /&gt;Maman.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-6456537686498712857?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/6456537686498712857/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=6456537686498712857' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6456537686498712857'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6456537686498712857'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/10/chapitre-18.html' title='chapitre XVIII'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-671928984269087052</id><published>2007-10-12T04:42:00.001-07:00</published><updated>2007-10-12T04:42:40.975-07:00</updated><title type='text'>chapitre XVII</title><content type='html'>17&lt;br /&gt;rentrée à la maison, elle s’est mise au travail, pendant quatre heures elle rédige, reprend ses premiers jets, plongée dans son texte comme elle sait le faire. Elle en a oublié de manger, prise qu’elle est par ses histoires, qui ont l’avantage de lui faire oublier ce que la vielle lui a dit.&lt;br /&gt;-- elle est bien, cette maison, mais y rester toute seule, c’est pas une bonne idée.&lt;br /&gt;Julie a répondu q’elle savait ce qui s’y était passé, que ce ne la gênait pas. La vieille avait alors secoué la tête.&lt;br /&gt;-- personne ne sait vraiment ce qui s’y est passé, vous savez.&lt;br /&gt;Julie procède comme toujours face a une inquiétude, elle se plonge dans le travail, reprenant le leitmotiv de Scarlett O’Hara, « Demain est un autre jour. » C’est lorsque Paul est mort qu’elle a écrit le plus et qu’elle a commencé à illustrer elle-même ses histoires. La douleur avait été si fulgurante qu’elle s’y serait noyée. Elle avait une petite fille à consoler, et sa vie à elle a poursuivre pour pouvoir continuer à lui sourire. Elle avait donc écrit, jusqu’à l’épuisement de l’envie, des idées, des jolies phrases. Alors, elle avait confié la puce à ses parents, et cherché un autre port d’attache, où le regard de ses parents ne pèserait plus sur ses épaules, lui rappelant chaque jour son difficile statut.&lt;br /&gt;Vers quinze heures, elle s’était accordé un café, sur le pas de la porte du jardin, le regard perdu sur la plaine. Ce paysage sans fin l’apaisait infiniment, et les caresses du soleil d’octobre l’avaient poussée dans une douce torpeur. Elle s’était endormie, blottie dans son plaid, contre le montant de la porte. Elle s’était éveillée au bas des escaliers, après sa toute première crise de somnambulisme.&lt;br /&gt;Son rêve avait commencé tout en douceur, avec le joli sourire de Stéphane. Il était assis sur le comptoir, dans la cuisine et&lt;br /&gt;Les murs sont tels qu’avant les travaux. Une grosse fissure lézarde derrière le visage du garçons, et la fente apparaît à travers lui. Il chante une comptine à voix basse, en triturant entre ses doigts un ruban noir. Léa bondi à travers la pièce.&lt;br /&gt;-- Mahan, je suis là !&lt;br /&gt; -- qu’est ce que tu fais là ?&lt;br /&gt;Sa petite puce tenait un papier à la main, de la taille d’une carte à jouer.&lt;br /&gt;-- j’ai eu une image, Mahan. Je suis sage comme une image. Elle tendait fièrement devant elle sa récompense. Julie s’en saisi, et une fois dans ses mains la carte s’agrandi progressivement jusqu’a atteindre le format éditorial de ses livres pour enfants. Léa a disparu, mais elle l’entend chanter en canon avec Stéphane la comptine obsédante qu’elle ne connaît pas.&lt;br /&gt;Saute bel ange&lt;br /&gt;L’image est brouillée, et elle se transforme encore devant ses yeux. C’est une image baroque, ou une femme à- demi allongée sur une stèle lève les bras au ciels dans un geste horrifié, les yeux écarquillés, fixés sur l’homme en costume moyenâgeux qui se traîne à ses pieds, pendant qu’un groupes de vieux barbus se précipitent dans la crypte sombre.&lt;br /&gt;-- Ô Roméo mon Roméo&lt;br /&gt;Une très vielle femme se trouve a côté d’elle. Elle ressemblerait presque à la vielle du magasin, si ce n’est la laideur extrême de ses traits. Elle est blanche et irradie comme un clair de lune.&lt;br /&gt;--Tu es chez moi, tu es Juliette. Où donc est Roméo ?&lt;br /&gt;Elle se met à chanter le couplet stupide de la comptine, et soudain Paul est là, tel qu’elle l’a vu la dernière fois. Le visage à moitié mangé par le rouge du feu, les yeux blancs aux paupières noires et boursouflées. Il ouvre la bouche, chante .Il est vêtu comme l’homme du tableau. Julie regarde de nouveau l’image, et c’est elle qu’elle voit à présent sur la stèle. C’est Stéphane qui est allongé sur le sol et qui se tord à ses pieds. La crypte aussi est différente, c’est à présent la pièce du haut, là ou elle a installé la salle de bain. Elle se tourne vers la porte des escaliers, Léa s’y trouve, toute souriante.&lt;br /&gt;-- je vais avoir un nouveau papa ?&lt;br /&gt;le ton n’est pas enjoué, sa voix n’est plus la sienne. Elle lui fait un signe de la main. Julie s’apprête à la suivre quand la sonnerie qui résonne comme dans une caserne de pompier envahit la pièce. Léa se fait insistante, pressante. Les sourcils froncés, ses jolis yeux bleus tournant au noir, ses cheveux aussi.&lt;br /&gt;-- Viens, Mahan, viens tout de suite. Ce n’est pas important, allez !&lt;br /&gt;Mais le téléphone gagne du terrain dans la tête de Julie, repoussant l’image de la petite fille qu’est devenue Léa.&lt;br /&gt;-- Non ! Salope !  Suis moi, n’écoute pas !&lt;br /&gt;Au pied de l’escalier,&lt;br /&gt;                                   Julie se réveille enfin, interloquée. Le téléphone résonne encore, mais elle ne parvient pas à sortir de sa torpeur suffisamment tôt pour y répondre. La sonnerie s’éteint et le silence règne de nouveau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Huit heure trente.&lt;br /&gt;Stéphane gare sa voiture dans la cour. Pile à l’heure. Il s’est dit que ça ferait meilleur effet, après leur conversation du matin. Il ne fallait pas qu’elle s’imagine qu’il traînait encore la patte. La jeune femme ouvre la porte, elle a entendu le crépitement des feuilles et des pierres suis sous les pneus de l’AX, et le grincement du frein à main lorsqu’il l’a enclenché. Derrière la porte d’entrée, elle compte jusqu’à dix. 1 – la  portière claque – 2 – puis elle a entendu les pas du jeune homme– 5 –  écraser des escargots qui se baladaient malencontreusement à la fraîche – 8 – puis le haillon de la voiture se soulever dans le sifflement – 10 – des pistons relâchés,  et alors qu’il sort un paquet plat et volumineux de son coffre, elle dit :&lt;br /&gt;-- Bonsoir !&lt;br /&gt;-- Vous me gâchez ma surprise, fermez cette porte !&lt;br /&gt;-- C’est trop tard ! qu’est ce que c’est ?&lt;br /&gt;-- C’est bien votre crémaillère, non ?  Entre gens civilisés on se fait des cadeaux, dans ces cas-là.&lt;br /&gt;En s’approchant, il ne voit que les yeux brillants qui l’accueillent sur le pas de la porte. Il entrent dans la grande cuisine, dont le style n’a pas changé. Elle y a installé un comptoir, avec de hauts tabouret de métal forgé assortis au canapé sur lequel il est s’assoit. Il aimerai l’ambiance qui règne là, si ce n’était qu’à chaque fois qu’il regarde vers la porte qui donne sur le jardin, il se revoit au même endroit, dans la poussière, le souffle coupé, face aux autres, juste avant qu’ils ne détalent. Les pistaches et des chips attendent, à côté de la bouteille de Pastis, le bol de glaçons et le broc d’eau qui vont avec sur la table basse devant le canapé.  A peine rentrée, la jeune femme déchire le papier kraft d’un geste vif qui se pétrifie en chemin. Julie découvre un cadre doré, un peu passé, un peu abîmé, et sous la vitre, la scène finale de Roméo et Juliette, où l’héroïne effarée lève les bras au ciel devant sont amant se poignardant en plein cœur. Un long frisson hérisse son corps tout entier, et un courant d’air froid l’enveloppe une seconde. Elle se reprend rapidement, dégluti, inspire.&lt;br /&gt;-- c’est…surprenant.&lt;br /&gt;Stéphane, jusque là absorbé par le tableau, est déstabilisé par l’accueil tiède accordé à sa surprise.&lt;br /&gt;-- Je l’ai trouvé chez un antiquaire de Manosque, il était ici, il y a longtemps.. le vendeur me l’a garanti, il a été vendu aux enchères à l’époque, et c’est son père qui l’avait acheté. Depuis, il l’a gardé au… J’ai pensé que cela vous plairait mais…&lt;br /&gt;-- Ça me plait ! elle sourit un peu plus qu’il ne faudrait, ravalant le mais qui voulait poursuivre sa phrase, et Stéphane le voit bien.&lt;br /&gt;-- Quelque chose ne va pas ?&lt;br /&gt;-- Ce n’est rien » elle secoue la tête, «  je m’émeus de pas grand chose, vous savez.&lt;br /&gt;-- Je ne comprends pas.&lt;br /&gt;-- Et bien, J’ai rêvé de ce tableau cette après-midi même.&lt;br /&gt;Stéphane a oublié toutes les jolies choses qu’il avait prévu de lui dire sur sa tenue et sa coiffure. Et encore plus sur la maison.&lt;br /&gt;-- Julie, » il l’a regarde à présent droit dans les yeux, comme rarement il a regardé une femme, surtout aussi jolie que celle-là , « vous allez me raconter tout ce qui c’est passé dans ce rêve et dans le détail, et surtout, vous n’oublierez rien, d’accord ?&lt;br /&gt;-- Vous allez encore me tanner avec vos histoires de maison hantée ? » mais son ton est moins ironique que la première fois, et elle a cillé.  « Je ne crois pas à ces sornettes, alors nous allons oublier tout ça, prendre tranquillement notre petit apéritif, et partir dîner dans ce sympathique petit resto que vous m’avez promis.&lt;br /&gt;-- je ne plaisante pas…&lt;br /&gt;-- écoutez, j’ai eu mon lot de bizarrerie aujourd’hui, alors nous en parlerons plus tard, si vous voulez bien. Et je me vois mal vous raconter mon rêve, là, comme ça. » et elle poursuit sur le ton de la boutade « c’est très intime, vous savez, un rêve ! »&lt;br /&gt;Stéphane se dit qu’il va finir par vraiment lui faire peur, et quelque chose lui dit que ce n’est pas la maison qui va la faire fuir, s’il continue ainsi.&lt;br /&gt;-- excusez-moi, je suis désolé. Mais il y a quelque chose entre cette maison et moi, et il faudra que je vous en parle, je crois.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-671928984269087052?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/671928984269087052/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=671928984269087052' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/671928984269087052'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/671928984269087052'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/10/chapitre-xvii.html' title='chapitre XVII'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-4845608359130921150</id><published>2007-10-12T04:40:00.000-07:00</published><updated>2007-10-12T04:41:10.490-07:00</updated><title type='text'>chapitre XVI</title><content type='html'>16&lt;br /&gt;Elle a fait quelques courses à la petite épicerie, la seule qui face encore concurrence aux magasins d’enseignes nationales qui se sont ouverts dans le haut du village, là où la nationale le traverse, et dont les gérants se succèdent tous les deux ans, la vie au village ne leur convenant finalement pas. Elle aime bien l’ambiance du petit magasin, elle y est déjà venue plusieurs fois pour acheter diverses petites choses. Les étagères sont incroyablement surchargées, rangées avec une logique un peu particulière, sans doute unique  au monde, qui fait voisiner des paquets de galettes et des recharges de réchaud à gaz, des joints en caoutchouc oranges et des pots de confiture. Tout pend, les murs semblent fait de provisions empilées, le plafond de guirlandes surprenantes de fils et de paquets emballés suspendus à leurs bouts.&lt;br /&gt;La vielle qui le tiens a quitté son journal, sortant de derrière la banque en bois et ses pots de bonbons derrières lesquels elle semble se cacher, uniquement repérable par la petite lampe qui éclaire son coin. Elle aussi, semble faire partie des murs, comme si elle n’était jamais sortie de ce lieu étrange. C’est une face ratatinée, ridée comme une de ces péruviennes sans age dont on voit parfois des photographies dans Géo. Ses petites lunettes rondes cachent mal les yeux vifs, et son sourire est toujours sincère lorsque Julie pousse la porte vitrée en bois. Elle grince en râpant le sol, et cogne le carillon usé qui pend trop bas au plafond. La vielle se déplace  lentement, le corps saccadé et tordu, accueillant la nouvelle venue en se pressant vers elle, posant des questions sans en attendre la réponse.&lt;br /&gt;- voilà ma petite citadine, comment va-t-elle aujourd’hui ? De quoi donc avez vous besoin ? avez-vous vu ce temps incroyable ? J’ai encore des rhumatismes.&lt;br /&gt;Lorsque Julie parvient enfin à parler, la vieille se met à aller et venir, attrapant au passage les provisions qu’elle lui énumère, et que, seule, la jeune femme n’aurait certainement pas trouvé sur les étagères. Quand pour finir elle demande une bouteille de Martini, des biscuits pour l’apéritif et une bouteille de vin rouge, la vielle lève des yeux malicieux.&lt;br /&gt;- Vous avez un rendez-vous !&lt;br /&gt;- oh, pas tout à fait, répond la jeune femme un peu gênée. Je viens tout juste de m’installer… A son habitude la vieille ne la laisse pas répondre.&lt;br /&gt;- oh, mais où habitez-vous ? je croyais que vous étiez en congé ici ! C’est bien que des jeunes viennent ! Vous habitez dans le village ?&lt;br /&gt;- non, j’ai acheté le Clos des mas.&lt;br /&gt;La vielle s’est pétrifiée, les yeux agrandis.&lt;br /&gt;- C’est vous ?&lt;br /&gt;Sortie du magasin, Julie a le cœur qui cogne douloureusement. La vieille perd la tête.&lt;br /&gt;Oui, la vielle perd la tête. C’est ça&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-4845608359130921150?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/4845608359130921150/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=4845608359130921150' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/4845608359130921150'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/4845608359130921150'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/10/chapitre-xvi.html' title='chapitre XVI'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-4583750261955723590</id><published>2007-10-12T04:39:00.000-07:00</published><updated>2007-10-12T04:40:12.617-07:00</updated><title type='text'>chapitre XV</title><content type='html'>15&lt;br /&gt;il a peur. Il le sait, il le sent au plus profond. Il la reconnaît.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-- Bonjour !&lt;br /&gt;La main tendue vers la boite en fer peinte en jaune se suspend en l’air un instant avant de retomber sans avoir lâché l’enveloppe.&lt;br /&gt;-- Oh, bonjour, comment allez-vous ?&lt;br /&gt;Stéphane se tient devant elle. Elle tend maladroitement une main hésitante et empêtré de ses lunettes de soleil, de l’enveloppe à poster et de son sac à main qui glisse de son épaule.&lt;br /&gt;-- Bien, très bien, et vous ?&lt;br /&gt;Elle remonte le sac en y jetant les lunettes de soleil. Il ne se sont pas revus depuis leur apéritif de révélations, la semaine précédente, et Julie est troublée.&lt;br /&gt;-- Ca va, merci.&lt;br /&gt;Elle poste enfin sa lettre, ajoutant :&lt;br /&gt;-- Je suis enfin installée. Monsieur Mazan a fait des merveilles, la maison est un petit bijou. Vous viendrez ? Elle le regarde et ajoute, l’air mutin, « nos amis cachés dans les murs ne se sont pas manifestés ! A moins qu’il se matérialisent par la poussière. C’est fou ce que cette maison est poussiéreuse, je suppose que ce sont les restes des travaux…&lt;br /&gt;Stéphane sourit, ne sachant trop quoi dire. La silhouette de la petite Andrieu flotte dans sa tête et il ne sait comment refuser l’invitation aux jolis yeux bruns qui le fixent et qui paraissent de plus en plus grands.&lt;br /&gt;-- oh, si ce n’est que ça, répond-il enfin avec un ricanement nerveux et, à son humble avis, profondément stupide.&lt;br /&gt;-- venez prendre l’apéritif ce soir. Je vous ferai visiter, comme ça.&lt;br /&gt;« Ne va pas la-bas, c’est tout !»&lt;br /&gt;-- ce soir, je…, ça va être difficile, enfin. .., j’ai du travail.&lt;br /&gt;Mais son regard fuyant n’échappe pas à la jeune femme, qui rougit soudain et bredouille une excuse.&lt;br /&gt;-- oh, bien, je..je ne connais personne ici, alors je pensais que ma crémaillère allait être un peu triste, si je la pendais toute seule… mais, je trouve ça un peu idiot, en fait et..&lt;br /&gt;Stéphane sent la légèreté forcée, la fausse note dans le ton et se rend compte qu’il vient, comme dirait son jeune cousin de quatorze ans, de lui « mettre le râteau de sa vie ».&lt;br /&gt; -- ou peut-être vers neuf heures, si ça vous fait pas trop tard » et, voulant chasser l’ombre qui assombrit le joli brun, « j’ai vraiment du travail, Julie.&lt;br /&gt;Le prénom résonne chaudement. La rougeur n’a pas disparu, mais s’estompe peu à peu.&lt;br /&gt;-- très bien, parfait.&lt;br /&gt;-- On pourrait se donner rendez-vous pour dîner, un peu plus tard. Il y a un resto à Manosque qui sert des spécialités du coin, c’est délicieux…&lt;br /&gt;-- très bien. Vous passez me prendre à neuf heures, on prendra l’apéritif à la maison. Ca vous va ?&lt;br /&gt;« Ne va pas la-bas, c’est tout !»&lt;br /&gt;-- parfait, et j’essaierai d’être là vers huit heures et demi.&lt;br /&gt;Elle a un immense sourire.&lt;br /&gt;-- A ce soir, alors.&lt;br /&gt;-- A ce soir.&lt;br /&gt;Elle se détourne déjà, livrant un peu de sa nuque au regard du jeune homme, le dessin de l’oreille, et la courbe qui s’efface sous le col de la chemise.&lt;br /&gt;Elle s’est retournée, au bout de la place. Stéphane rougit. Il n’est pas simplement attiré, c’est plus que ça. Il ne peut pas la laisser passer, cette fille-là. C’est tout.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-4583750261955723590?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/4583750261955723590/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=4583750261955723590' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/4583750261955723590'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/4583750261955723590'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/10/chapitre-xv.html' title='chapitre XV'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-6796992497817361044</id><published>2007-09-24T12:15:00.000-07:00</published><updated>2007-09-24T12:16:13.979-07:00</updated><title type='text'>chapitre XIV</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Darius ne trouve rien à dire.&lt;br /&gt;-- C’est la maison, Papé. La maison. J’y pense encore plus depuis que Julie l’a achetée. Je m’en veux d’avoir vendu cette maison, sans avoir été capable depuis tout ce temps de remettre les pieds à l’intérieur. Tout ce qui m’inquiétait le jour ou elle l’a acheté, c’est qu’elle me demande d’y entrer ! Elle a un truc, cette maison, et ça n’a rien à voir avec les on-dit du village. Ou peut-être que si, mais alors il y a plein de choses qu’on oublie de raconter, non ?. Je suis  sûr que tu sais tout, et moi, je veux tout savoir.&lt;br /&gt;Le vieux le regarde sa  ns expression. Il a l’air vide. Sa poitrine le serre un peu, mais pas plus que ça, et au fond, peu lui importe que ce soit juste un peu ou un peu trop.&lt;br /&gt;-- Je ne peux pas.&lt;br /&gt;-- Mais bon sang, pourquoi ? C’est si grave que ça ? Qu’est-ci qu’il y a, enfin ! Je ne t’en ai pas assez dit pour que tu me fasses confiance ? Je viens de te raconter que j’ai vu Marie Andrieu cinquante ans après sa mort dans la maison où, précisément, elle est morte ! Une maison, d’ailleurs, accessoirement, que je viens de vendre à une très chouette fille qui y vit toute seule ! Alors j’aimerai bien savoir ce qui ce passe là-bas, parce que je vais pas la laisser une maison si elle est hantée…&lt;br /&gt;-- Et moi, ça fait quatre-vingt un ans que j’essais d’oublier ce que j’ai vu ce matin là, Stéphane, quatre vingt un ans que j’ai pas mis les pieds dans cette foutue cours, que je la regarde de loin en passant sur le chemin de terre et que j’évite soigneusement de passer devant la tombe des Andrieu au cimetière, et devant les autres aussi, d’ailleurs. Je ne peux pas te raconter ça parce que je ne l’ai jamais raconté à personne, parce que ce serait trop difficile, et parce que j’avais neuf ans. Si personne ne veut en parler ce n’est pas pour rien, et de toute manière, tu sais tout ce qu’il y a savoir. Ne va pas là-bas, c’est tout. Elle, elle ne risque rien, j’en suis persuadé. C’est autre chose. Si tu veux fréquenter ta Julie, fais-le, mais ne va pas chez elle, invite-la chez toi. C’est tout ce que je peux te dire.&lt;br /&gt;Il a attrapé sa casquette et la cale sur sa tête, d’un geste un peu trop vif.&lt;br /&gt;-- Je vais ramasser les œufs, tu en veux ?&lt;br /&gt;Stéphane élude la question d’un revers de la main.&lt;br /&gt;-- Il faudra bien que je sache un jour ou l’autre, tu sais. Je ne suis pas fou. Je l’ai bien vue, ce jour là.&lt;br /&gt;Mais le vieux sort sans répondre, et Stéphane réalise que c’est la première fois qu’il se trouve en conflit avec son grand-père.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-6796992497817361044?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/6796992497817361044/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=6796992497817361044' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6796992497817361044'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6796992497817361044'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/09/chapitre-xiv.html' title='chapitre XIV'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-6201475593937723175</id><published>2007-09-24T12:14:00.000-07:00</published><updated>2007-09-24T12:15:13.314-07:00</updated><title type='text'>chapitre XIII</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;- Si tu y vas, t’aura plus jamais d’épreuves à passer, plus du tout. Tu feras partie de la bande à vie.&lt;br /&gt;C’étaient ces deux dernier mots qui comptaient, à vie. Je n’aurai plus à négocier avec mon frère pour les accompagner, ni faire tout ces trucs débiles qui les faisaient rire à se rouler par terre. Non, je ferai partie de la bande, je pourrai pédaler avec eux et non pas dix mètres derrière, comme ils l’exigeaient jusqu’ici, je pourrai me baigner avec eux au lieu de garder leurs affaires au bord du lac, et peut être, oh oui peut être que je pourrai tirer une taffe sur une des  cigarettes que Rémi piquait -au compte goutte- à Papa.&lt;br /&gt;Et c’est la seule chose à laquelle j’ai pensé :&lt;br /&gt;-- et je pourrai fumer ?&lt;br /&gt;Rémi avait sont regard brillant, celui qui traduisait sa jubilation. J’ai mis du temps à m’en rendre compte, mais quand j’y repense, à chaque fois qu’il a eu ce regard là, j’aurais mieux fait de détaler. Ce regard voulait dire : je t’ai eu, tu n’es pas encore dans le panier, mais dans ta tête, tu y es déjà. Et c’était vrai. A chaque fois. Enfin, jusqu’à cette fois là, parce qu’ensuite, je n’ai plus jamais vu cette lueur là dans son regard.&lt;br /&gt;Ce n’était pas un méchant garçon, mais il savait qu’il avait un pouvoir sur moi, et il s’en servait pour se venger, car, ce que je ne savait pas, à l’époque, c’est que maman l’obligeait à m’emmener, parfois. Pas toujours, mais souvent, c’était elle qui le lui disait. Elle ne le faisait pas devant moi, pour une raison que j’ignore, peut-être pensait elle que je préférais croire que mes suppliques portaient leurs fruits, je ne sais pas. Toujours est-il que j’ignorais que la plupart du temps Rémi était obligé de m’emmener, et que par conséquent, il pensait que je devais amuser la galerie puisque je leur gâchais leur l’après-midi.&lt;br /&gt;Je m’était accroupi par terre pendant la discussion, et je balançait mes fesses d’en haut en bas, très vite. Rémi était debout, les autres étaient accroupis, comme moi, sauf José qui s’était assis en tailleur par terre. Sa mère hurlait tout le temps que ses pantalons étaient aussi sales que des pattes de poules, mais il oubliait tout le temps de faire attention. Il était plutôt du genre à chercher des dragons dans les nuages.&lt;br /&gt;Donc, avec ses yeux qui disaient qu’il ‘avait eu, Rémi a dit :&lt;br /&gt;-- Ouais, et tu pourra commencer dès aujourd’hui.&lt;br /&gt;Et il a sorti son paquet de chewing-gum  Hollywood à moitié vide, dans lequel il avait glissé une des gauloises filtre de papa.&lt;br /&gt;Alors j’y suis allé. Je suis entré par le jardin, parce que la porte ne fermait qu’avec un petit guichet et que c’était plus facile. On est rentrés tous les trois et je devais monter à l’étage.&lt;br /&gt;Quand on a été dedans, Rémi a allumé une cigarette  - et il m’a fait tirer ma première taffe. J’ai toussé pendant au moins une éternité, et il m’a dit : « Alors, petit frère, tu continue à tousser comme un minot, ou tu deviens un homme ? » J’avait neuf ans à l’époque, et lui treize. J’ai regardé la porte de l’escalier parce qu’il me la montrait du bout de la cigarette en me parlant ; Il l’a donnée à José, et j’ai rien répondu.&lt;br /&gt;Philippe était resté prés de la porte, et Christophe s’avançait dans la pièce, les mains dans les poches de son jean. La porte se trouvait sur notre gauche, entrouverte, et on voyait le bas sombre des escaliers. Il y avait encore la table, au milieu de la cuisine, et en face la porte qui donne sur le devant de la maison. C’était la même cuisine que toutes celles des maisons du coin, avec les malons rouges sur le sol et les carreaux blancs au-dessus de la pille. José se dandinait un peu, à côté de Rémi.&lt;br /&gt;-- C’est bon, Rem, il est rentré, il est pas obligé de monter, non ?&lt;br /&gt;Rémi lui a repris la cigarette un peu vivement.&lt;br /&gt;-- Non.&lt;br /&gt;Il m’a regardé. J’ai soudain eu une envie terrible de pisser. J’avais encore le goût de cette saloperie de cigarette dans la bouche, et la toux m’avait fait mal à la gorge. Et je voulais aller pisser, mais si je l’avais dit, Rémi et les autres auraient ri, et je ne voulais pas. C’était la dernière épreuve à passer, il n’y aurait plus rien après ça, jamais. Et je disais ça à ma vessie pour la faire patienter, en évitant de penser seulement au moment où j’allait pouvoir la soulager.&lt;br /&gt;Alors j’y suis allé. Je n’ai pas plus réfléchit, j’avait trop peur pour ça, peur de la maison et peur d’uriner dans mon bermuda. Je ne voulais plus être traité comme un gamin, et puis, en y repensant, j’avais pas vraiment le choix. J’était encore un gamin. Et qu’y a-t-il de pire à neuf ans de se faire traiter de gamin ? les fantômes et toutes les histoires macabres qu’on se racontait sur la maison me paraissaient à ce moment là beaucoup moins effrayantes que l’idée de les voir se moquer de moi une fois de plus, précisément ce jour là. Toutes les autres ne comptaient pas, c’est ce jour là qui  les effaceraient.&lt;br /&gt;Je suis monté jusqu’au premier. Je regardais les marches devant moi, pas le palier, ni la porte d’en haut, juste la prochaine marche où placer mon pied. La porte était entrouverte, en haut. Sur le petit palier, deux pièces se faisaient face. Celle de gauche était ouverte, et dans la demi obscurité, le soleil filtrant à travers les persiennes, je distinguai les tomettes, au sol, recouvertes d’une épaisse couche de poussière, et une grande armoire à glace qui ne reflétait plus que le mur d’en face, brouillé par la crasse sur le miroir. J’ai attrapé la poignée en porcelaine de la porte de droite. J’avais les poils des jambes et des bras hérissés, et  l’impression, à chaque mouvement, de rencontrer toujours plus de toiles d’araignées répugnantes qui se collaient à l’humidité de ma peau.&lt;br /&gt;J’ai ouvert brusquement la porte, en bondissant en arrière Dans la pièce, il y avait une petite fille qui se tenait bien droite. »&lt;br /&gt;Darius cille à peine, mais la phrase l’a douché des pieds à la tête.&lt;br /&gt;« J’ai eu tellement peur que je ne me rappelle même pas avoir crié. Je suis resté paralysé, incapable de bouger un doigt, la respiration coupée. Et ça a duré un siècle, au moins. Et puis d’un coup, tout s’est remis à fonctionner, et je me suis retrouvé au pied des escaliers en deux secondes. Les autres n’avaient pas quitté la cuisine, mais ils s’étaient rapprochés de la porte, tous les quatre. José avait presque passé le seuil, et il était blanc comme de la craie. Les autres n’étaient pas bien plus vaillants, et quand j’ai croisé le regard de Rémi, j’ai eu les jambes coupées une seconde fois.&lt;br /&gt;Elle n’était pas vraiment là, sûrement, je n’ai pas pourquoi, pendant des années, j’ai pensé que j’avait rêvé. La peur, l’émotion, et tout ce qu’on se racontait sur la maison, et ce qu’on avait entendu dire, enfin, le mélange de tout ça, j’ai pensé que j’avais cru la voir.-&lt;br /&gt;Enfin, il regarde son grand-père.&lt;br /&gt;-- Je l’ai revue, au cimetière. En photo, sur la pierre des Andrieu. Elle s’appelait Delphine. Elle souriait et elle avait un cerceau à la main, elle posait à côté de son frère. Depuis, je me suis dis que j’avait dû voir cette photo en accompagnant maman au cimetière, et que c’est sûrement la peur qui faisait que je l’avait vue.&lt;br /&gt;-- Mais… ?&lt;br /&gt;Stéphane baisse les yeux sur  les setters imprimés sur la toile cirée, et souffle :&lt;br /&gt;-- Elle n’était pas habillée pareil.&lt;br /&gt;Une vague mêlée de soulagement, d’incompréhension et de cette même peur ressentie la veille et qui le poursuit depuis frappe Darius. Un long et interminable frisson. Ni Stéphane ni lui ne sont fous, mais cette idée, finalement, ne le rassure pas.&lt;br /&gt;-- Je suis presque tombé en redescendant, et arrivé en bas, les autres étaient complètements affolés, on est partis tous les trois en courant jusqu’aux vélos, on est montés dessus et on a pédalé tant qu’on a pu jusqu’au hangar de Papa. On en a jamais reparlé. Sauf en arrivant, Rémi m’a demandé ce qui m’avait fait crier, et j’ai répondu que j’avais pas crié. Il ne m’a plus jamais parlé de la maison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-6201475593937723175?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/6201475593937723175/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=6201475593937723175' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6201475593937723175'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6201475593937723175'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/09/chapitre-xiii.html' title='chapitre XIII'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-6952077108569105601</id><published>2007-09-24T12:12:00.000-07:00</published><updated>2007-09-24T12:14:14.560-07:00</updated><title type='text'>chapitre XII</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Il se lève, et malgré le geste définitif de son grand-père pour mettre fin à la discussion, il le suit dehors. Le vieux est à peine à quelques mètres de la porte, fixant l’horizon, de l’autre côté de la plaine.&lt;br /&gt;-- Il faut que je te raconte quelque chose. Tu n’as peut-être pas envie de me parler, mais moi, j’ai quelque chose à te dire, qui te fera changer d’avis. Ou pas, mais en tout cas, écoute moi, c’est très important.&lt;br /&gt;Darius tourne la tête, le regarde droit dans les yeux, le regard plus froid que Stéphane aurai jamais pu imaginer sur son visage. Il comprend comment son grand-père a su se faire respecter, dans la vie. Ce regard-là a dû largement suffire. Il reprend, d’une voix très douce, lentement.&lt;br /&gt;-- Moi non plus, il y a quelque chose que je n’ai jamais raconté à personne. Et ça c’est passé à là-bas. » Il prend une longue inspiration, puis saute dans le vide « Quant on était gamins, avec Rémi, Christophe, Philippe et José, on y allait. C’était un peu notre maison hantée. On posait les vélos contre l’arbre du chemin de derrière, et on allait dans la cour. On se racontait des histoires sur la maison. Des histoires qui nous foutaient la trouille. On jouait aux explorateurs, et on se provoquait les uns les autres pour savoir qui serait chiche de rentrer dans la maison.&lt;br /&gt;Le vieux fixe maintenant son petit-fils intensément. « Il vaut mieux qu’on rentre, je sens que ça va être long, non ?&lt;br /&gt;Stéphane hoche la tête.&lt;br /&gt;-- j’aurai bien besoin d’un bon café, et si tu veux bien en refaire chauffer, je crois que j’en prendrais volontiers un deuxième, après.&lt;br /&gt;-- Alors ?&lt;br /&gt;Darius verse le café dans la tasse devant stéphane.&lt;br /&gt;-- Donc, la maison était notre château hanté, et tu me connais, je supportais pas de passer pour une lavette. C’était moi le plus petit, alors ils me poussaient pour que j’y aille. C’était le défi qui me ferait devenir grand. Et puis Rémi décidait de tout, alors je devais entrer dans la maison parce qu’il l’avait décidé. C’est tout. C’était un peu comme un rite de passage, sauf qu’il en inventait toujours des nouveaux pour moi, soi disant parce que j’étais plus petit, et que donc il fallait vérifier souvent si j’était digne d’être dans la bande. J’ai dit à Rémi que je voulais pas y aller, vu que les autres n’avaient pas eu à le faire et, putain, c’était sacrément plus effrayant que de grimper en haut du chêne du père Dalmas. Rémi a dit : «&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-6952077108569105601?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/6952077108569105601/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=6952077108569105601' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6952077108569105601'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6952077108569105601'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/09/chapitre-xii.html' title='chapitre XII'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-7741905633340648633</id><published>2007-09-05T09:11:00.000-07:00</published><updated>2007-09-05T09:13:21.161-07:00</updated><title type='text'>chapitre XI</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;11&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après avoir raccroché, Stéphane prend son petit déjeuner devant un livre qu’il a déjà lu des dizaines de fois, qu’il a rouvert dès qu’il à fermé la porte derrière Julie. Salem, de Stephen King L’histoire d’une ville progressivement envahie par des vampires, un monument littéraire, à son insignifiant avis. Il aime ces livres sur l’étrange, où le mal se personnifie et les monstres qui effraient tant lorsqu’on est enfant sont réhabilités à leur place d’honneur. Une scène, précisément dans ce livre, l’avait marqué et avec un certain masochisme. Il la relisait régulièrement. Le héros, un homme d’âge mur, raconte à une jolie jeune fille son entrée dans la maison mystérieuse de la ville, lieu d’un drame qui a marqué la ville des dizaines d’années auparavant. Un moment de sa vie qu’il n’a jamais oublié, un instant ou en haut d’un escalier il a vu le cadavre d’un pendu, le visage vert, ouvrir les yeux. Stéphane frémit à chaque fois qu’il la relit. Mais ce  n’est qu’une histoire née dans l’imagination prolixe d’un écrivain américain. Cela n’existe pas dans la réalité. Dans la réalité, les enfants jouent à se faire peur, en y croyant vraiment. Mais le temps passant, les anciens enfants savent qu’il n’y a pas de monstres dans les placards, que les fantômes ne sont que les ombres sans mystère du tas de vêtement posés en vrac sur la chaise de la chambre. Stéphane ne crois pas en un quelconque dieu. Il n’y a pas d’au delà, pas de mystère. Il a réglé ses comptes avec dieu un jour d’automne où, en enterrant sa grand mère il avait vu le corps sans vie et torturé de la vieille femme s’éteignant dans le brouillard cotonneux des calmants divers qui entraient dans son corps par les tubes infâmes plantés dans ses bras, son coup,  son nez… Non, la souffrance n’est pas l’épreuve à passer pour accéder au paradis, c’est l’abomination de l’enfer sur terre, c’est l’abandon de l’humanité pour le retour à l’animal, quand faute de s’en apercevoir, on baigne dans ses propres excréments, où l’odeur qui se propage  n’est plus celle du parfum rassurant et tendre des bras qui serrent et cajolent, mais celle écœurante et prégnante des médicaments, de l’alcool, de l’éther, cette odeur d’hôpital qui enferme, clos les mots et les sensations.&lt;br /&gt;Alors pendant des années, Stéphane s’est persuadé, refoulant l’image, l’apparition de cette petite fille un matin de fin d’été, dans une pièce poussiéreuse et abandonnée. Les fantômes n’existent pas, c’est un fait, une réalité physique. Il s’était fait peur tout seul, la sensation s’alimentant de l’angoisse qu’il avait éprouvée en montant les escaliers. Comment croire, d’ailleurs, qu’une âme peut survivre à un corps quand on considère l’homme lui-même comme un animal intelligent, n’ayant pas plus d’âme qu’une fougère ou un ver de terre.&lt;br /&gt;Mais voilà, même en se raisonnant, il n’avait jamais réellement réussi a comprendre ou a se convaincre. Au fond de lui, il en était intiment persuadé. Il l’avait vue. Sans conteste, il ne doutait pas de ses yeux. Elle était là, tangible, même pas transparente. Vivante. Et tous ses raisonnement logique ne lui avaient servi qu’à se rassurer. L’impression étrange laissée par ce souvenir s’est renforcée depuis la vente de la maison et l’arrivée de Julie. Le comportement de son grand père aussi l’inquiète un peu, et tout ce mélange crée une aura autour de lui, un halo de stress sous-jacent, un mal être qu’il connaît bien, cette sensation d’impuissance et de frustration. Cette idée stupide qu’il devrai empêcher, finalement, Julie de s’installer là-bas, ce désir irrépressible et apparemment injustifié de traîner son grand-père chez son cardiologue. Tout ça parce qu’il avait tardé à répondre au téléphone ce matin-là. Avec une culpabilité voilée, Stéphane se rend compte soudain que son esprit dérive. Il saisi le programme télé, l’ouvre à la date de la veille et lit dans la colonne de la sixième chaîne le nom de la série policière que son grand père lui a dit avoir regardée. C’est plutôt rare que le vieux s’intéresse à une série, le journal télévisé parvient tout juste à le maintenir hors de la torpeur dans laquelle il sombre au bout d’une heure de télé, alors une série en deuxième partie de soirée… qu’est-ce qui a pu inquiéter le vieux au point qu’il ne s’endorme pas ?&lt;br /&gt;C’est la première chose qu’il lui demande en arrivant.&lt;br /&gt;Malgré la crainte qu’il a de lui parler, sachant qu’il ne doit pas trop en dire, Darius voit qu’il ne s’en sortira pas par une entourloupe : le petit est inquiet, et s’il ne lui dit rien, il pensera qu’un malaise plus grave que d’habitude est arrivé. Alors, à peine rentré dans la cuisine, tout en versant leur deuxième café de la journée dans la petite casserole qui sert à le faire réchauffer et profitant qu’il lui tourne le dos, il explique un peu à son petit fils ce qui s’est passé la veille. Pas tout, juste qu’il s’est rendu à la maison, il peut alors prétendre avoir été bouleversé par ses souvenirs, ce qui expliquerait son insomnie télévisuelle. Mais il n’est pas à l’aise dans son mensonge. Darius sent qu’il ne va pas s’en sortir à si bon compte, les questions planent dans l’air. Il se doute qu’elles ne vont pas tarder à être posées, et il n’est pas certain de pouvoir raconter sans tout dire. Avant même qu’il puisse réfléchir à une réponse neutre sans évoquer un quelconque malaise, le garçon s’assoit sur la chaise en bois dans le coin de la cuisine où il s’asseyait sur un gros coussin pour manger quand il était petit.&lt;br /&gt; Le garçon est intelligent, il a l’esprit ouvert, beaucoup plus que les habitants du village. Mais cela ne l’empêche pas d’avoir les pieds sur terre, et un vieux qui perds la boule à quatre vingt treize ans est bien plus courant que des résurgences sonores du passé. Darius a déjà décidé de retourner à la maison ce soir. Entendre de nouveau les bruits le rassurera sur son état mental mais il ignore ce qu’il fera au cas où cela arriverait.&lt;br /&gt;-- pourquoi tu y es retourné ?&lt;br /&gt;Darius soupire, et cherchant une excuse.&lt;br /&gt;-- oh, ça fait des années que j’ai envie d’aller y faire un tour, alors, comme bientôt ce sera une propriété privée…&lt;br /&gt;-- c’est déjà une propriété privé, et ça ne répond pas vraiment à ma question Sa voix est excessivement douce.&lt;br /&gt;-- bé tu sais bien, avec tout ce qui s’y est passé…  j’était curieux, c’est tout.&lt;br /&gt;-- et qu’est ce qui t’a perturbé à ce point ?&lt;br /&gt;le vieux proteste.&lt;br /&gt;-- j’ai pas été perturbé&lt;br /&gt;Stéphane lui coupe la parole.&lt;br /&gt;-- papé, t’es pas arrivé à dormir hier au soir, et si je me souviens bien, ça fait un bail que ça t’étais pas arrivé.&lt;br /&gt;-- tu sais, avec ce qui c’est passé là-bas…&lt;br /&gt;-- Et qui s’y passe encore.&lt;br /&gt;Stéphane a formulé sa phrase comme une question, mais c’est comme une affirmation qu’elle traverse la pièce et atteint son grand père. Darius fait volte face si vivement que le café fait une pirouette étrange dans la casserole qu’il tient encore à la main.&lt;br /&gt;Le jeune homme a l’air grave, son regard a la lourdeur de celui qu’il a toujours lorsqu’ils évoquent les problèmes de cœur du vieux, avec, en plus, cette fois-ci, une attente à laquelle Darius ne s’attendait pas. Comment le garçon a-t-il pu deviner ? Il a du mal à croire lui même ce qui lui est arrivé la veille, et voilà que son petit fils lui tend une perche grosse comme une échelle, presque comme s’il savait déjà. Il regarde le garçon, muet de stupeur.&lt;br /&gt;-- Qu’est ce que qui c’est passé, papé ?&lt;br /&gt;Il s’assoit pesamment en face de lui, de l’autre côté de la table, posant la casserole sur le dessous de table aux motifs provençaux., et tente de se reprendre :&lt;br /&gt;-- rien, enfin, rien du tout, qu’est ce que tu crois ? J’ai passé l’age de ces légendes de village ou des rumeurs farfelues. Tu devrais savoir que je suis arrivé à un âge ou je sais que les fantômes n’existent pas ! Qu’est-ce que tu crois, que j’ai vu des morts se lever de terre ? » et sa phrase lui paraît résonner étrangement dans la pièce, perdant dans sa bouche toute l’ironie qu’il espérait y mettre. Stéphane se tient en arrière sur sa chaise, les bras croisés.&lt;br /&gt;-- Je ne te parle pas de ça, papé. Je te parle de ce qui c’est réellement passé&lt;br /&gt;Il se penche en avant, croise ses mains sur la toile cirée, et fixe son grand-père, comme il regardera Julie, un peu plus tard.&lt;br /&gt;-- Dis-moi, raconte-moi tout.&lt;br /&gt;-- Quoi ?&lt;br /&gt;Darius sent qu’il ne s’en sortira plus, là. Il s’est levé comme s’il avait été assis sur un siège éjectable brusquement mis en action,  comprenant en même temps qu’il ne tient pas à en parler… non, il tient à ne pas en parler, plus précisément.&lt;br /&gt;-- Ah non, ça je ne peux pas, non, non, je ne peux pas ;&lt;br /&gt;Stéphane reste dans le silence pesant laissé par la porte fermée.&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-7741905633340648633?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/7741905633340648633/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=7741905633340648633' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/7741905633340648633'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/7741905633340648633'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/09/chapitre-xi.html' title='chapitre XI'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-7452176114284360685</id><published>2007-09-05T09:10:00.000-07:00</published><updated>2007-09-05T09:11:13.235-07:00</updated><title type='text'>chapitre X</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;10&lt;br /&gt;Stéphane a téléphoné tôt ce matin là à son grand-père. Il ne travaille pas, c’est samedi, et le vieux avait peut-être envie de descendre à Vinon avec lui pour rendre visite à son deuxième petit-fils. Darius se lève toujours tôt, pas plus tard que six heures, et ne prend la voiture pour aller acheter son journal au village que vers huit heure trente, après son petit tour du potager qu’il entretenait toujours - et grâce auquel Stéphane profitait de légumes frais gratuits -, et son petit déjeuner, devant la télévision, sa compagne immuable. Alors, à sept heures trente, lorsque la sonnerie avait résonné plus de six fois sans réponse, Stéphane avait ressenti cette emprise, déjà connue, de l’étau qui enserrait son torse lorsque son grand-père tardait à répondre ou qu’il dormait en pleine journée en dehors de l’heure de la sieste. Le vieux était en forme, ces derniers temps, mais le jeune homme ressentait de façon aiguë les marques de fatigue et de vieillesse qui s’accumulaient à grande vitesse sur son aïeul. La relation qu’il entretenait avec le vieil homme était particulière, faîte de complicité et de compréhension mutuelle, sans paroles superflues, une sorte de ressemblance comme en ont les vieux couples en fin de vie, quand tout à été dit et que ne reste que l’essentiel. Le vieux lui avait dit un soir, il y a des années, qu’il ne suffit pas d’être nés dans la même famille pour se sentir familier avec les gens, et c’est très exactement ce que pense Stéphane. Son grand-père aurait pu être n’importe quel autre vieux du village, il était persuadé qu’ils auraient été tout aussi complices, pourvu qu’ils en aient eu l’occasion. Leur complicité balayait les génération, et leurs caractères y étaient pour beaucoup. Lorsque Stéphane, cinq ans auparavant s’était fait lourdement plaquer six mois après ses fiançailles en grandes pompe, il était provisoirement venu s’installer chez Darius. Il avait débarqué un soir chez le vieux, son gros sac de sport à l’arrière de la voiture, et lui avait juste demandé s’il pouvait rester quelques jours. Le vieux n’avait pas posé de question, il lui avait servit un verre de vin cuit, et s’était attablé à côté de lui devant la télé. Il savait, en venant là, qu’il ne serait ni assailli, ni jugé et que, si elles venaient à couler, les larmes ferraient simplement se lever et sortir le vieil homme. Avec beaucoup de pudeur, il lui dirait simplement ou se trouvait le double des clés, et lui conseillerai de garer la voiture sous le hangar, à l’abris des regards. « On sait jamais, si ta mère passe dans le coin demain matin, ça lui évitera de faire le détour. »&lt;br /&gt;Voilà qui était son grand-père, un vieil homme d’aspect bourru, intelligent, qui parlait peu mais qui savait observer les gens. Stéphane était persuadé qu’il détenait une sorte de don, la faculté de connaître les gens. Et il le connaissait, aussi. Il pensait depuis des années qu’il ne mourrai vraiment que le jour ou il ne serait plus capable de raisonner, et s’il échapper à cette dégénérescence lente et désespérante de l’esprit, il mourrai libre.&lt;br /&gt;Lorsque Darius entend enfin le téléphone, c’est déjà la quatrième sonnerie. Elle est venue résonner dans son rêve. Son esprit, doucement, quitte l’engourdissement, ses impressions bizarres et la légère angoisse du mauvais rêve. Il descends l’escalier prudemment, les pieds nus sur les marches carrelées et froides qui terminent de le réveiller. Il a jeté un œil au radio réveil qui marquait sept heure trente-trois. Le commutateur de la cuisine fonctionne du premier coup, éclairant la lumière d’abord hésitante du tube néon qui l’éblouit.  le téléphone est posé sur une frêle tablette aux pieds ouvragés aussi fins que les os d’uns squelette, ce qui donnait l’aspect d’une solidité toute relative. Lorsqu’ils avaient installés le téléphone, vingt ans auparavant, la pauvre Gabrielle avait décrété qu’il devait se trouver dans la cuisine, lieu ou elle passait le plus clair de sa journée, puisque c’est elle qui avait insisté pour l’avoir. Elle s’installait devant ses haricots à équeuter ou ses légumes à trier et peler, les coudes calés sur le bord de la table, le couteau actif au-dessus du journal de la veille qui recueillait au  milieu de ses lignes grises les restes destinés aux lapins. Et le téléphone trônait à sa droite, à portée de main, prêt à être décroché au  premier embryon de sonnerie. Elle essuyait soigneusement ses mains sur le tablier épinglé sur sa poitrine et attaché dans le dos, , calais l’appareil dans le creux de l’épaule, et reprenait son épluchage. A l’autre bout du fil, probablement, une femme devant sa table, les mains elles aussi dans les légumes, énumérait les nouvelles du village.&lt;br /&gt;C’est à la dixième sonnerie, à peu près qu’il décroche le combiné. Le ton un peu inquiet de Stéphane lorsqu’il lui répond aurait dû l’agacer, et c’est certainement ce qui se serait passé s’il avait été simplement dans le jardin lorsque le téléphone s’était mis à sonner. Mais Darius ne le réprimande pas, se rendant compte, alors, que son petit-fils va vraiment s’inquiéter.&lt;br /&gt;« Je me suis rendormi, après que j’ai éteint le réveil. Ca m’arrive, des fois, c’est quand je me couche un peu tard. J’ai regardé la télé hier soir, et je suis monté à onze heures passées, alors il faut bien que je récupère, non ?&lt;br /&gt;- Qu’est ce que tu as regardé ?&lt;br /&gt;- Le téléfilm sur la sixième chaîne, tu sais, le policier. C’était pas mal, je me suis laissé prendre et du coup, j’ai regardé jusqu’à la fin. »&lt;br /&gt;Il se félicitait de se souvenir du programme télé, ce qui lui donnait un alibi crédible pour éviter les questions de son petit-fils. Il s’en voulais un peu de lui mentir, surtout de cette manière là, mais il ne pouvait décemment pas le laisser poser des questions. Le bougre le connaissait trop bien et finirait par lui tirer les vers du nez. Et là, le problème ne serait plus son inquiétude, mais son affolement. Le petit le croirai, c’est sûr, et là deux options seulement se présenteraient : Soit il penserai que son pauvre vieux grand-père commence à perdre la tête, auquel cas Darius est sûr d’atterrir à l’hôpital du village qui fait aussi office de maison de retraite, ce qui serai la moindre des choses pour un type qui se met à entendre des voix ; soit il le croirai sur parole, chose fort improbable, ce qui impliquerai que l’histoire - toute l’histoire -, lui soit racontée, chose dont Darius se sent incapable. Car d’une part, il ne veut pas se plonger dans ses souvenirs là, qui surgissent déjà trop ces derniers jours, et d’autre part, s’il n’arrive pas à imaginer quelles en serai les conséquences, il devine qu’elles ne seront pas simples. Stéphane ne resterai pas sans rien faire, il avait toujours été très curieux de tout. Un de ces gamins insupportables qui ne vous lâche que lorsqu’il a vraiment compris, de a à z, ce qu’il voulait savoir. La plupart d’entre eux, arrivés à un certain âge, cessent de poser question sur question, mais pas lui. Après avoir posé à son grand-père toutes les questions auxquelles il pouvait répondre, il était allé à l’université pour chercher les réponses qu’il ne possédait pas. Il avait brillamment réussi ses études mais, au grand dam de sa  mère, ne s’était pas résolu à les mettre à profit. Il était revenu au village, fait quelques petits boulots à la mairie, avant de prendre cet emploi à l’agence immobilière de Manosque, où il dénichait des maisons pour les citadins en mal de verdure. Donc, il n’en parlera pas. Il faudra qu’il vive avec ça et qu’il s’y fasse. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-7452176114284360685?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/7452176114284360685/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=7452176114284360685' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/7452176114284360685'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/7452176114284360685'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/09/chapitre-x.html' title='chapitre X'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-2832226850783876679</id><published>2007-09-05T09:08:00.000-07:00</published><updated>2007-09-05T09:10:00.818-07:00</updated><title type='text'>chapitre IX</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;9&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;V… , le 22 juillet&lt;br /&gt;Salut ma sauterelle !&lt;br /&gt;Ca y est, presque terminé, je vis un peu dans le plâtre, mais j’y suis. Je me languis que tu puisse venir. Il y aura un peut de retard parce que tout n’est  pas tout à fait terminé, mais bientôt je viendrai te chercher. Tu es bien sage et bien patiente ma chérie, et maman est très fière de toi. J’ai reçu ta lettre et cela m’a fait très plaisir. Je mettrais la nouvelle adresse en bas et tu pourra m’écrire à notre nouvelle maison !&lt;br /&gt;Nos chambres et la salle de bain seront au premier étage, et il y aura la place de mettre une mezzanine tout comme tu en a envie tellement les plafonds sont hauts.&lt;br /&gt;J’ai acheté des meubles dans une grande surface de Marseille, et un ordinateur tout neuf, beaucoup plus performant que le vieux. Dès que je suis connectée, je te ferai visiter via la Web-Cam ! ! En tout cas, je suis sûre que tu va adorer. Il y a des champs à perte de vue et comme le village est en contrebas, on dirait qu’on est seul au monde. Il faudra restaurer les autres maisons, mais ce sra surement pour l’année prochaine, parce que ça prend du temps.  Là, je t’écris dans l’herbe devant la maison, et la nuit commence à me faire forcer sur mes pauvres petits yeux. Je dors encore à l’hôtel pour deux ou trois jours parce qu’on ne m’a pas encore livré les meubles des chambres.&lt;br /&gt;Je n’ai pas mit de papier peint dans la tienne parce que tu le choisira toi quand tu la verra. D’accord ?&lt;br /&gt;je t’adore ma puce, à demain au téléphone.&lt;br /&gt;Ta maman qui t’aime.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-2832226850783876679?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/2832226850783876679/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=2832226850783876679' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/2832226850783876679'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/2832226850783876679'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/09/chapitre-ix.html' title='chapitre IX'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-1291571621701589171</id><published>2007-09-05T09:07:00.000-07:00</published><updated>2007-09-05T09:08:37.526-07:00</updated><title type='text'>Chapitre 8</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;8&lt;br /&gt;Peur.&lt;br /&gt;Le mot résonne. Il se répand tout autour de la maison du vieux, trouvant un écho sur les arbres, les cailloux, les murs du hangar qui abrite encore le désormais inutile tracteur. c’est une jolie petite fille facétieuse, elle se cache, surgit pour se cacher de nouveau. Mais elle n’est jamais très loin. Son rire raisonne entre les hautes herbes. Ce n’est pas un petit rire cristallin, délicat : c’est un éclat de rire franc et un peu rauque, quand à bout de souffle la voix s’enraye, si bien que l’on s’attend presque à l’entendre supplier de cesser les chatouilles. Une jolie petite fille, vraiment. Et c’est étrange comme, malgré la glace qui se répand peu à peu dans les veines, son rire est entraînant, irrésistible. Aussi irrésistible que cette chose qui faisait se lever Stéphane, en pleine nuit, tremblant, à fleur de peau, pour aller ouvrir la porte du placard en grand, et constater que, évidemment, il ne contenait rien de vivant -ni de mort.&lt;br /&gt;Et elle est là, assise sur la marche où, petit, Stéphane s’asseyait pour mettre ses chaussures avant de s’élancer avec ses amis sur les chemins de terre. Elle est assise sur les talons, le dos calé sur la porte de bois, un peu échevelée dans sa robe noire, jouant du bout des doigts avec un anneau métallique un peu rouillé.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Saute bel ange&lt;br /&gt;Saute dans mes bras&lt;br /&gt;Si tu ne saute pas…&lt;br /&gt;Le Diable te prendras&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-1291571621701589171?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/1291571621701589171/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=1291571621701589171' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/1291571621701589171'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/1291571621701589171'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/09/chapitre-8.html' title='Chapitre 8'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-5812484573103166836</id><published>2007-09-05T09:06:00.000-07:00</published><updated>2007-09-05T09:29:47.948-07:00</updated><title type='text'>chapitre VII</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;7&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La plaine est déserte.&lt;br /&gt;Les arbres parsemés à travers les champs de blé et de lavandes commencent à allonger leurs ombres sur la terre rouge et poussiéreuse. Le vieux est à trois pas de sa vielle Diane cabossée échouée sur le bord du chemin. Il fournit sa pipe précautionneusement, avec l’agilité de l’habitude, levant régulièrement son regard vers la barre sombre qui se détache sur l’horizon à quelques centaines de mètres devant lui. D’ici, elle ressemble à ces maisons qu’ont fait construire les services sociaux, toutes identiques, serrées les unes contres les autres avec leurs petits jardins clôturés. Sauf qu’aucune lumière ne filtre à travers les volets. Pas la moindre lueur sinon les reflets des rayons de soleil un peu rouges, là où les volets ont été arrachés par le vent ou détériorés par le temps. Il y a des années de cela, de nombreuses années, les volets étaient peints, les façades claires, et partout autour de l’alignement de maisons remuait une fourmilière active. Le seul mouvement perceptible aujourd’hui est celui des vagues que crée le vent dans les hautes herbes, les seuls bruits le chuintement du blé, et, moins fort en cette fin de soirée, le bourdonnement sourd des abeilles tout autour des cubes blancs disposées en contrebas des baragnes. Rien à des kilomètres alentour.&lt;br /&gt;Le vieux a fait de mauvais rêves, ces dernières semaines. Il s’est souvent levé la tête lourde, l’estomac embrouillé, les journées se traînant en longueur, accumulation d’heures inutiles, vides. Des heures de gamberge intensive, assis sur un banc de la promenade - toujours le même : l’avant dernier, devant les terrains de pétanque- les deux mains appuyée sur sa canne, rendue nécessaire par le changement de temps qui réveillait la rouille accumulée dans ses articulations. Et il restait là une bonne partie de ses après midi, les yeux fixés sur le goudron granuleux, à ressasser des souvenirs, sa jeunesse, son enfance, les jeux sur la plaine avec louis, simone et Albertine, les travaux dans les champs qu’ils se partageaient, les yeux de Simone, son sourire à huit ans, puis à dix huit… Du petit déjeuner expédié - un simple café, son ventre n’aurai rien pu accepter de plus- à l’après-midi passée à jouer au rami chez les Armand, au village, cette journée là était passée plus rapidement que les autres, et Darius savait que cela tenait à la décision qu’il avait prise. Ce soir, au lieu de se rendre au bar comme d’habitude, la vielle diane l’emmènerait sur les chemins caillouteux de la plaine.&lt;br /&gt;Voilà plusieurs semaines qu’il va mal. Depuis que son petit-fils lui a dit qu’il avait enfin vendu la maison. Et ce matin, au réveil, il a décidé que cela devait cesser. Il ne sait pas vraiment ce qu’il cherchera, des souvenirs, une exorcisation, peut être, de ce passé qui est revenu hanter ses nuits et emplir ses journées. Vers six heures, il s’est garé sous l’arbre qui marque le croisement des chemins de terre, pour la regarder de loin. Depuis des années, il est repassé bien des fois sur ce chemin, devant la maison, même, mais, il s’en rend compte ce soir, jamais il ne l’a regardée - observée -, comme ce soir. Il ne détournait pas le regard, non, mais il ne la regardait pas, voilà tout.&lt;br /&gt;Il s’apprête à monter dans la voiture quand il voit un nuage de poussière s’approcher de la baraque par le chemin sud, le plus court depuis la route du village, qu’il a soigneusement évité de prendre tout à l’heure pour passer inaperçu. La voiture s’arrête derrière la maison, dans la cour que son poste d’observation ne lui permet pas de voir, mais une silhouette apparaît bientôt sur le côté de la maison, en fait le tour, lentement, et même s’il est bien trop loin pour distinguer quoi que ce soit, il devine la femme qui observe la maison de l’extérieur, s’arrêtant, repartant, les yeux levés sur la façade, sur les volets qu’elle a fait remplacer, les gouttières, les bordures de toitures… Lorsque enfin la voiture rouge quitte la maison, le vieux se cale sur le cuir usé de son siège, et prend le chemin sur sa droite, vers la barre qui s’assombrit de plus en plus dans la nuit qui tombe lentement.&lt;br /&gt;Il s’arrête devant l’entrée, sans pénétrer dans la cour. La bâtisse fait front. Elle n’a rien de changé, les volets neufs et les tuiles remplacées le ramènent à une époque où le temps passait si lentement qu’il semblait même ne pas exister, les jours succédant aux jours, aussi naturellement, aussi instinctivement perçus que par un animal. Il est descendu de la voiture et approche de la maison par la cour, pensivement, lentement, laissant dans les herbes un sillon léger, les yeux portés par ses pensée lourdes de souvenirs, parcourant les façades successives. Il a perdu du temps, retardé par la visite imprévue de la femme, et il est contrarié de faire son petit tour, comme il l’appelle intérieurement, alors que le soleil disparaît. Superstition, se dit-il. Il s’est avancé jusque devant la première maison de l’alignement, la plus grande. Son regard la scrute, de la marche de pierre de la porte d’entrée jusqu’au pignon. Ce ne sont que des pierres, imbécile, et les pierres ne parlent pas. Les pierres sont des pierres, et rien de plus…Il reste un long moment planté là, pris d’un léger vertige face à la masse inerte qui lui fait face. C’est un pèlerinage, je fais un pèlerinage, c’est tout… et il se met à longer les façades, traçant son propre chemin dans l’herbe emmêlée, les yeux toujours fixés sur les pierres encastrées du mur, comme on scruterait la maison de son enfance, jamais revue.&lt;br /&gt;Et pendant qu’il les longe, ses yeux s’arrêtent, presque surpris, sur deux pointes de métal courbés vers le ciel. Deux crochets métalliques bâtis dans le mur à hauteur d’homme, espacés d’exactement quatre-vingt quinze centimètres.&lt;br /&gt;Il s’en souvient.&lt;br /&gt;Il secoue la tête, serrait-il possible… Et pour quelle raison n’y seraient-ils plus ?&lt;br /&gt;Il s’est retourné brusquement et fixe le sol derrière lui. Là, à deux mètres cinquante du mur, un genou posé un peu trop prestement à terre, il fourrage dans les herbes enchevêtrées.&lt;br /&gt;Il est toujours là.&lt;br /&gt;Relié solidement par la chaîne au rocher si profondément enfoui dans le sol, l’anneau est encore là.&lt;br /&gt;Des rires d’enfants, des exclamations, le claquement du vent dans la toile tendue, « Paul ! Paul… »&lt;br /&gt;Le vieux relève la tête d’un coup, comme si on l’avait frappé. L’appel se relance, comme porté par un écho tout proche : « Paul ! Paul… ».&lt;br /&gt;Rien à droite, rien à gauche. Le tour complet de sa tête ne lui permet d’apercevoir que la cour déserte et les murs aveugles de la maison aux volets fermés. Qu’est ce que c’est, bon sang, que…&lt;br /&gt;« Paul ! Attends moi… »&lt;br /&gt;Darius chavire. Claire, ses jolis yeux bleus malicieux, ses cheveux blonds et fins, les bouclettes sauvages qui s’échappaient de ses tresses. Claire et sa petite bouche en cœur, ses fossettes. Son rire…&lt;br /&gt;« mais attends moi-heuh… »&lt;br /&gt;Il s’est relevé avec une étonnante vivacité, et il s’essouffle un peu plus en tentant de courir, traversant précipitamment la cour vers la sortie, vers sa voiture, fendant l’herbe imprudemment, trébuchant sur les pierres qu’elle dissimule, la tocante emballée dans sa poitrine, dans un roulement de battements frénétiques.&lt;br /&gt;Enfin, le refuge. Il se retourne, acculé à la portière de sa voiture, collé, écrasé sur la tolle. Ne pas tourner le dos… Bon sang, à son âge, être aussi stupide… Mais la voix semblait si réelle, et le bruit du vent qui malmenait le drap, au-dessus de sa tête… Pauvre vieux fou, arriver à presque quatre-vingt-dix ans pour piquer un sprint au milieu des herbes et des cailloux. Il secoue la tête et ouvre la portière, s’asseyant lourdement sur le siège. De longues minutes lui sont nécessaires pour reprendre son souffle, et sa main tâte la boursouflure rassurante du tube en plastique dans la poche de sa chemise. Il n’hésite pas longtemps avant de l’en sortir et de prendre un comprimé.&lt;br /&gt;Le rire et l’appel résonnent encore dans sa tête.&lt;br /&gt;L’étreinte passionnée de la crise se relâche un peu, laissant passer l’air, atténuant la douleur dans le bras. Il tourne à fond la clé du démarreur, qui se fait prier, relançant brièvement son inquiétude. Ce ne sont pas vraiment le moment et le lieu pour tomber en panne. Il démarre enfin, soulagé, en grommelant.&lt;br /&gt;- Vieux con.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est rentré directement, sans l’escale au Bar des Sports, qu’il avait néanmoins prévu de faire. La peur éprouvée devant la maison a laissé sa trace, sous la forme d’une angoisse prégnante, boule oppressante, persistante, aiguë, qui enserre sa poitrine. Ce n’est pas la peur simple et identifiable déjà éprouvée à deux reprise quand son cœur avait montré ses limites. Non, ce n’est pas celle-là. A son âge, il a fait la part des choses, il a appris à apprécier le jour qui commence, redoutant la souffrance, mais non sa fin. Il a bien vécu, il a prit ce qu’il avait à prendre et il est fatigué de ses souvenirs accumulés, fatigué de la peine éprouvée à accompagner les derniers survivants dont la route s’interrompt avant la sienne, et celle des plus jeunes qu’il n’aurait pas dû voir partir. Déjà, lorsque la douleur s’était présentée pour la seconde fois, il avait fait le tour de la question, sans regrets ni remords particuliers, et s’était dit : « ça y est, c’est le moment ». Simplement..&lt;br /&gt;Mais la peur qui l’a surprit tout à l’heure dans l’herbe sèche n’a rien avoir avec cette appréhension raisonnée. Elle est venue de son ventre, du tréfonds, des souvenirs. Devant l’anneau à demi enfoui dans le sol, il a eu de nouveau neuf ans, il a ressenti de nouveau cette peur irrationnelle qui le saisissait la nuit, quand le vent soufflait dehors un peu trop fort et qu’il se réveillait, seul dans la chambre obscure et le silence pesant de la maison. Il sourirai bien s’il n’y avait cette angoisse, à l’idée que cette foutue peur l’avait rajeuni de près de quatre vingt ans.&lt;br /&gt;Il secoue la tête, de nouveau : « J’ai couru comme un lapin. ». Maintenant, devant son poste de télévision, confortablement installé dans son fauteuil, la situation lui parait presque comique.&lt;br /&gt;Jusqu’à un certain point.&lt;br /&gt;Jusqu’au point où il se dit que si le cœur fatigue, il est encore capable de mobiliser sa mémoire, qu’il n’oublie ni les dates ni les événements, qu’il est encore capable de réciter la longue liste des rois de France apprise à la communale, et qu’il n’a pas pour autant oublié ce qu’il a mangé au repas de midi.&lt;br /&gt;Jusqu’au point où il se dit qu’il ne s’est pas rappelé les rires et le bruit du vent, mais qu’il les a distinctement entendus, aussi distinctement qu’il entend à présent la voix de la doublure française de Colombo dont la première chaîne diffuse un épisode en seconde partie de soirée. Il a entendu. Et c’est ça qui l’effraie le plus.&lt;br /&gt;Il est onze heures moins le quart et Darius commence à se dire qu’il dormirai volontiers avec une veilleuse cette nuit.&lt;br /&gt;- Bon sang, je suis en train de virer du ciboulot. »&lt;br /&gt;Il s’est levé et se dirige vers le téléphone. En composant le numéro, il cherche une excuse toute faîte. Il n’en trouve pas et repose lentement le combiné. Comment expliquer à son petit-fils qu’il voudrait, ce soir, ne pas dormir tout seul dans cette grande maison vide ? Tu n’as plus neuf ans, vieux fou, et si tu racontes ça au petit, il va croire que tu perds la boule - et peut-être n’aura-t-il pas tout à fait tord, au fond- et si tu ne lui explique rien, il va savoir que tu as encore eu une alerte, et tu es bon pour l’hopital du village…Et merde, les fantômes n’existent pas.&lt;br /&gt;Il est retourné à son vieux fauteuil, devant la télé. Il repousse un peu la couverture multicolore, cadeau que sa fille lui avait personnellement tricoté pour qu’il se couvre à l’heure de la sieste, et fixe la télé. Sacré Colombo, il a autant d’allure qu’un basset hound mouillé. Ou un anneau de métal rouillé.&lt;br /&gt;-- J’ai peur, se dit-il, un peu surpris de parler à haute voix.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-5812484573103166836?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/5812484573103166836/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=5812484573103166836' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/5812484573103166836'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/5812484573103166836'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/09/chapitre-vii.html' title='chapitre VII'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-7067287857125612594</id><published>2007-08-24T09:03:00.000-07:00</published><updated>2007-08-24T09:04:05.486-07:00</updated><title type='text'>chapitre VI</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;6&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La fille est devant l’agence, derrière la vitrine. Stéphane, en train de classer les dernier ficher dans les dossiers correspondants de son ordinateur ne l’a pas vue. Il a fermé le verrou de la porte quelques minutes auparavant, et a baissé le rideau de métal tressé pour terminer tranquillement son dernier travail de la journée, évitant que ses amis pleins de bonnes intentions ne débarquent une fois de plus à l’improviste pour l’entraîner dans un de ces apéros interminables. Une de ses soirées dont il ressort titubant, cherchant ses clefs pendant une éternité, avant d’essayer de les introduire dans sa saloperie de serrure qui tangue langoureusement devant ses yeux.&lt;br /&gt;Elle a tapé au carreau, à travers la grille, mais il ne lève pas les yeux. Bon sang, que cette bande d’alcolos le laisse terminer ça au moins. Enfin il jette un coup d’œil, s’apprêtant à voir José et Christophe, les mains au fond des poches de leur jean ou une cigarette coincé entre l’index et le pouce, adossé au poteau indicateur, sur le trottoir. Mais c’est elle qu’il aperçoit, penchée en avant, les mains en coupe autour du visage pour voir à travers les reflets de la rue sur la vitrine, si elle a été entendue. Il vient lui ouvrir, le cœur un peu vif, tout souriant de la bonne surprise.&lt;br /&gt;«Bonsoir, je ne vous dérange pas ?&lt;br /&gt;-- Oh non, j’allais terminer. J’ai fermé la grille pour terminer, justement. J’éteins l’ordinateur et je suis à vous. » Il s’installe en vitesse devant le bureau, cherche avec la souris le petit onglet, en bas à gauche, clique dessus et, au message d’attente, appuie sur le bouton. L’écran s’éteint dans un claquement lumineux. Cela ne lui a pris qu’une minute.&lt;br /&gt;« Les travaux avancent comme vous voulez ?&lt;br /&gt;-- Oui, ça va. » Elle hésite un peu, et se lance «Je peux vous offrir un verre quelque part ? »&lt;br /&gt;Stéphane rougit légèrement en ramassant son sac à dos bon marché sur le sol. Il n’est pas très soigneux de ses affaires.&lt;br /&gt;«  Oui, bien sûr, sauf que c’est moi qui offre. Si vous voulez, on peut aller au bar du village, comme ça je vous présenterai et…&lt;br /&gt;-- Je dois vous parler de quelque chose qui m’inquiète un peu, alors je préférerai un endroit plus calme. » Le jeune homme se dit que si elle s’inquiète de l’ambiance, c’est qu’elle n’a jamais mis les pieds au bar des sports. Mais il s’entent tout de même proposer «Si vous préférez, on peut aller chez moi, j’habite juste à côté.&lt;br /&gt;-- c’est Parfait. »&lt;br /&gt;Stéphane se sent tout à coup vaguement mal à l’aise. Il croit deviner de quoi elle va lui parler, ce qui ne l’enchante pas particulièrement, et, de plus, la perspective de se retrouver avec elle dans son appartement le trouble. Il n’est pas un timide maladif, mais malgré les études suivies à Aix-en-Provence, -qui est une ville estudiantine vivante et propice aux expériences diverses, surtout lorsqu’on est un jeune homme pas trop mal fait vivant en cité universitaire- il ne s’est jamais débarrassé d’un complexe terrible envers les « filles des villes » comme il les appelai en son fort intérieur. Un jour, il devait avoir treize ou quatorze ans, une gamine hautaine l’avait traité de paysan. Non pas qu’il ai une quelconque honte de ses origines, cela n’avait jamais été le cas, mais cette fille l’avait méprisé pour cela, et sur le moment, il avait eu honte, ne sachant trop quoi répondre. Il se souvenait de la scène. Il jouait aux cartes avec Rémi et Christophe, assis sur un banc de l’allée de la Promenade, quand la fille s’était amenée. Elle était jolie, maquillée comme un cœur, un nœud rouge dans les cheveux, une veste en jean sans manches et un pantalon de cuir noir moulant comme c’était la mode - elle se prenait sans doute pour Madonna, mais quand il y repensait maintenant, elle avait plutôt l’air d’un œuf de pacques New Age-. Elle mangeait une glace, ce qui lui avait paru extraordinaire car on était au mois de novembre et que le temps n’était plus tellement aux  friandises rafraîchissantes. Rémi avait engagé la conversation, et elle avait passé l’après-midi avec eux, minaudant, souriant à l’un en s’asseyant à côté de l’autre, jetant des coup d’œils à chacun a tour de rôle. Elle était magnifiquement blonde, magnifiquement soignée, magnifiquement féminine. Stéphane en avait eu la tête tournée, et vous savez ce que c’est, n’est ce pas, dans un petit village. Tout le monde se connaît, pas une tête neuve pendant des mois, et les files qu’on côtoie sont les mêmes qui étaient assises à côté de nous à la maternelle. Alors, à la fin de l’après-midi, quand il avait été temps de reprendre les vélos pour rentrer, Stéphane l’avait un peu retenue à l’écart, sous le regard narquois de Rémi et Christophe - qui l’avaient jugée « trop jeune pour eux »- et avec sa permission, l’avait raccompagnée devant sa porte. Le trajet n’avait pas été très long, mais enchanteur, et lorsqu’il arrivèrent près de la maison que louaient ses parents pour les vacances de la Toussaint, il s’était penché au-dessus du vélo qu’il poussait des deux mains, et lui avait donné le premier baiser de sa vie. Elle avait les lèvres chaudes et humides, douces, et il n’aurait jamais cru que cela puisse être aussi bon.&lt;br /&gt;Quand la langue experte de la fille s’était retirée, elle avait secoué la tête, esquissé un petit sourire mêlé de gène et d’ironie et elle lui avait balancé :&lt;br /&gt;-- Laisse tomber, t’embrasse comme un paysan. Désolée .»&lt;br /&gt;Stéphane l’avait regardée partir, entrer dans la maison et refermer la porte. Il lui semblait n’avoir pas bougé pendant des heures, pétrifié, ahuri, et il était sans doute encore là lorsqu’elle avait allumé la télé pour regarder la série du dimanche sur la troisième chaîne, après s’être débarrassée de son blouson. Il était rentré plein de honte, et lorsqu’arrivé au croisement ou Rémi l’attendait pour rentrer, celui-ci lui lança une de ces piques ironique qui le faisaient tant marrer, - hé don juan, c’était bon la turbine ?- Stéphane n’avait rien répondu, attaquant la cote avec rage, défoulant sur les pédales de son vélo la honte qui lui cuisait les joues.&lt;br /&gt;Stéphane a rangé son vélo dans l’entrée de l’immeuble, une petite maison de trois étages, dont il occupe le dernier appartement, tout en haut. Il monte devant elle, cherchant les clefs dans son sac, un peu fébrile, essayant à toute vitesse d’évaluer le niveau de désordre qu’il a laissé en partant ce matin. Il se demande, un peu honteux, si par hasard, son caleçon de la nuit ne trônerait pas sur la table basse du salon. L’entrée de l’appartement donne directement dans le salon, il sera vite fixé. La porte ouverte, il jette un regard panoramique sur la pièce et est vite rassuré. Pas de caleçon ni de chaussettes sale à l’horizon. il fait entrer a fille à sa suite, avec un geste large de la main. « Voilà mon antre. » Une mezzanine couvre la moitié de la pièce, qui donne, à l’étage, sur une chambre, une salle de bain et un réduit à fenêtre pompeusement appelé  bureau. Sous la mezzanine, une porte donne sur la cuisine sans fenêtre, qui capte la lumière par une large ouverture dans le mur du salon. La pièce est lumineuse et ocre, dans un assortiment de couleurs choisies, et encombrée de livres et de revues empilés sur le sol devant la fenêtre. Il s’excuse : «  Je dois acheter une bibliothèque pour ranger tout ça. »&lt;br /&gt;Il jette son sac sur le petit canapé qui trône au bas de l’escalier, et s’engouffre dans la cuisine.&lt;br /&gt;-- Installez-vous. Qu’est ce que vous buvez ?&lt;br /&gt;La fille entend le bruit caractéristique du joint de la porte du frigo qui s’ouvre, en s’asseyant du bout des fesses sur le canapé. Elle observe la pièce, un peu surprise du soin apporté à la décoration. La peinture choisie pour les murs, passée à l’éponge, diffuse et étend la lumière, et les quelques cadres accrochés au mur s’accordent parfaitement avec la luminosité de la pièce. De jolies aquarelles anonymes et claires, des scènes de bar pour la plupart.&lt;br /&gt;-- Coca, bière, … - grincement d’une porte de bois qu’on ouvre- Martini ou pastis ?&lt;br /&gt;-- Je prendrai bien un Martini.&lt;br /&gt;Le sol est couvert de petites tomettes hexagonales ocre rouge, caractéristiques de la région, et un tapis de paille tressée très finement est placé devant le canapé. Un grosse bobine de câble électrique, en bois, comme on les trouve sur les chantiers en fin de construction, fait office de table basse. Le bois est brut, mais il a néanmoins été vernis. Les clous et les agrafes rouillés forment des motifs décoratifs sur le plateau rond du dessus.&lt;br /&gt;Elle s’est levée pour le rejoindre dans la cuisine, mais il en ressort avec une bouteille coincées sous chaque bras, deux verres dans la main droite et une bouteille d’eau dans la gauche.&lt;br /&gt;-- Bougez pas, j’en ai pour une seconde. Il ne manque plus que les glaçons.&lt;br /&gt;La jeune femme se rassoit. Elle n’est pas des plus à l’aise, se sentant bizarrement mal fagotée dans son pantalon de treillis, ce qui ne devrait avoir aucune importance, vu le sujet qu’elle est venue aborder. Mais la petite pointe de culpabilité quelle ressent suffit pour qu’elle comprenne qu’il lui plaît bien, son agent immobilier célibataire et dont elle ne sait rien, et que les questions qu’elle est venu lui poser n’ont rien à voir avec cette petite boule, au fond de l’estomac.&lt;br /&gt;Il est revenu avec un bol de cacahuètes et des glaçons dans un bac. Il les pose sur la bobine, devant le canapé, et s’assoit du même coup en tailleur sur le tapis.&lt;br /&gt;«  C’est joli, chez vous.&lt;br /&gt;-- Merci, c’est gentil. Alors, de quoi vouliez vous me parler ? » demande-t-il en versant une bonne rasade de l’apéritif sucré dans un verre bariolé bon marché.&lt;br /&gt;«  Oh, je me sens un peu idiote d’être venue vous voir pour cela.&lt;br /&gt;-- Dites moi tout, et je vous donnerai mon avis. On trinque ? » Une fois leurs verres cognés l’un contre l’autre, elle prend une brève inspiration et se sent profondément stupide. Stéphane la regarde avec un réel intérêt, et elle se demande pourquoi elle est venue ici, si sérieusement pour lui parler de cette histoire de maison comme si c’était une affaire d’état.&lt;br /&gt;-- Monsieur Mazan m’a parlé d’une histoire, d’un drame à propos de la maison. Mais à l’en croire il n’en savait pas plus. Alors, j’ai pensé que vous deviez être au courant ?&lt;br /&gt;Le cœur de Stéphane s’est mis à battre bien plus vite. Son regard s’est perdu au fond de son verre. Il avait compris de quoi il allait s’agir quand elle avait refusé d’aller au bar. Nous y voilà donc, il fallait bien qu’il s’y attende. Croyait-il donc que tout allait si bien se passer ?&lt;br /&gt;« Ecoutez, ce sont des histoires. Il y a bien eu quelque chose, mais je suis sûr que ça a été déformé avec le temps… » La fille lui coupe aussitôt la parole ; « Ne tournez pas autour du pot. Monsieur Mazan avait l’air réellement soucieux. Et je vois bien que vous essayez de minimiser la chose, ce qui veut dire qu’il n’avait pas l’air inquiet sans raison. D’ailleurs, il n’a pas l’air d’être le genre de personne à s’inquiéter pour rien. » Stéphane lève un sourcil, exactement de la même façon que son grand-père. «  Il vous a semblé soucieux ?&lt;br /&gt;-- Franchement, oui. Il n’avait pas l’air tranquille quand il m’en a parlé, et j’ai eu l’impression qu’il en savait plus qu’il ne voulait l’avouer. Je n’ai pas osé insister, en me disant que vous seriez certainement au courant. Même si vous n’avez rien dit. »&lt;br /&gt;Stéphane boit une gorgée de plus et grappille quelques cacahuètes dans le bol.&lt;br /&gt;-- C’est très loin, alors je ne sais pas grand chose, mais voilà : il y a des années, autour de mille neuf cent vingt, toute une famille vivait là-bas avec des employés, comme je vous l’ai dit. Toutes les maisons étaient habitées, en fait, et la ferme tournait pas mal. Ca peut paraître incroyable aujourd’hui, quand on voit ce qu’est devenu l’agriculture dans le coin, mais à l’époque, il n’y avait pas de tracteurs. Les terres se travaillaient avec des chevaux et des hommes. Et les Alambert étaient les plus grands propriétaires de la région. Y a bien des gens qui jasaient, des on-dit, des ragots. Rien de bien extraordinaire pour un village à cette époque. Il suffisait de rater une messe pour une raison ou pour une autre pour en entendre parler pendant cent ans au moins ! » La jeune femme sourit doucement, mais son regard garde son attention. « Enfin, deux ans après la fin de la première guerre mondiale, on a retrouvé tous les habitant morts dans leurs maisons. Ils ont été assassinés en une nuit. »&lt;br /&gt;Une douche glacée vient de tomber sur la jeune femme. Elle frissonne.&lt;br /&gt;« Vous voulez dire qu’il y a eu près de - combien, vingt, trente morts ? - dans la propriété que je viens d’acheter et que vous ne m’avez rien dit ?&lt;br /&gt;--Vingt huit, pour être précis. C’était une période creuse de l’année, il n’y avait pas de saisonniers à la ferme. Le matin, les enfants des environs qui venaient à l’école l’ont trouvée fermée. Ils ont fait le tour pour arriver par la cour, et ont été étonnés de n’y trouver personne. Il sont rentrés dans l’école par la porte de la cour et ont trouvé le couple d’instituteurs morts dans leur lit, et leurs enfants dans le leur. Ils sont descendu en courant jusqu’à la ferme la plus proche, qui devait tout de même être à une demi-heure de marche, et ont prévenu les premiers adultes qu’ils ont rencontré. Inutile de vous dire qu’ils n’avaient pas essayé de rentrer dans les autres maisons. Quand ils ont vu que personne ne sortait alors qu’ils criaient comme des cochons qu’on égorge, ils se sont enfuis à toutes jambes. On n’a jamais retrouvés les responsables, et cette histoire a dû être largement transformée au cours des ans.&lt;br /&gt;-- Bon sang, mais quand contiez-vous me le dire !&lt;br /&gt; -- Je ne vous l’aurais jamais dit. C’est arrivé il y a près de soixante dix ans, alors je crois qu’il y a prescription, non ? Et cela fait tellement de temps que franchement, je ne pensais pas qu’on vous en parlerai.&lt;br /&gt;Stéphane ment mal, et il le sait. Il savait pertinemment qu’elle le saurait. Imaginez un village de quatre mille âmes où il est arrivé une chose pareille. Sans doute qu’on ne le criera pas sur les toits, du moins les premières années. Les gens sont silencieux, par ici, surtout à propos de cette histoire. On n’a pas l’habitude de laver son linge en public, ni de raconter qu’il y ait eu des fous sanguinaires dans la région, qu’ils aient été du village ou non. Ceux qui ne connaissaient pas vraiment l’histoire la connaissaient au moins par les rumeurs, et les vieux qui avaient vécu l’histoire et étaient encore en vie refusaient la plupart du temps d’aborder le sujet. Son grand-père y comprit. Ce qui veut dire que personne n’était vraiment sûr de ce qu’il savait, ou croyait savoir. Mais tout de même, une histoire aussi énorme ne pouvait rester dans le secret. C’était «le crime de la plaine », presque une légende, dans le coin. Alors comment parier que personne ne vous mettra la puce à l’oreille, ne chuchotera rien de suspect ?&lt;br /&gt;« Tout de même, vingt huit morts. Vingt huit. » Elle semble presque se parler à elle-même, comme pour se convaincre. Puis, soudain, elle lève la tête en la secouant :  « J’ai acheté une catacombe. Je n’arrive pas à croire que vous ne m’ayez rien dit.&lt;br /&gt;-- A vrai dire, je sais que j’aurai dû, mais je crois que je ne savais absolument pas comment le faire. Ce n’était pas un sujet facile à aborder pour une vente, et j’ai conscience d’avoir été malhonnête. Mais on n’en parle jamais, ici. » Elle l’interrompt d’un geste de la main. « Oh, je ne crois pas que ça aurait changé quelque chose. Je ne m’effraie pas facilement, surtout pour de vielles histoires. Mais j’aurais préféré le savoir. Cela aurait été plus honnête, effectivement. Elle n’a jamais plus été habitée, depuis ?&lt;br /&gt;-- Une famille du village en a hérité. Ils l’ont louée deux fois, tout d’abord à une famille de marseillais qui venaient le week-end et les vacances, pour la chasse. Et dans les années soixante dix, toute une communauté hippie s’y est installée. C’est pour ça que la grande maison est moins délabrée que les autres.&lt;br /&gt;-- Et cette histoire ne les a pas refroidis ?&lt;br /&gt;-- Honnêtement, je ne suis pas sûr qu’ils aient été réellement au courant. Et puis, vous savez, plus personne ne sait discerner ce qui est vrai de ce qui est faux dans ce qu’on raconte. C’est presque devenu une légende. &lt;br /&gt;--Oui, peut-être. Mais tout de même, vingt huit morts ! » Elle paraît agacée, plus qu’apeurée ou furieuse, comme il s’y serait attendu.&lt;br /&gt;« Julie, vraiment, je suis désolé. J’aurais dû vous en parler, mais je…je n’ai pas osé. »&lt;br /&gt;C’est la première fois qu’il prononce son prénom, en dehors d’un soir où, seul, il l’avait prononcé dans le silence de l’appartement, avec une sorte de gourmandise à entendre raisonner le son, comme s’il suffisait à la matérialiser dans l’instant. Elle soupire.&lt;br /&gt;« Je crois que je vous comprends. J’imagine que je n’aurais pas su quoi faire moi non plus si j’avais été dans votre position. Il faut juste que j’avale le morceau, vous voyez ?&lt;br /&gt;-- Oui, je crois. »&lt;br /&gt;Un bref silence s’installe où elle regarde dans le vide, puis Stéphane reprend, d’une voix hésitante, croyant à peine lui-même à ce qu’il dit : « Je sais que c’est un peu tard pour annuler la vente, mais avec les travaux que vous avez fait je peux peut-être la remettre à la vente. » La jeune femme sourit. Stéphane sent la tension qui règne baisser d’un cran.&lt;br /&gt;« Non, pas question. Et de toute manière, vous n’y croyez pas vous-même. C’était déjà inespéré de me trouver, non ? » Elle secoue la tête. « Vous me resserviriez un verre ? Je crois que j’ai besoin d’un remontant plus consistant. » Il saisit la bouteille, maladroit, jongle un instant avec le bouchon qui lui échappe, renverse du liquide brun sur la table, ne sachant plus quoi dire ni faire pour rattraper son silence coupable.&lt;br /&gt;Ce pauvre garçon se sent tellement coupable qu’il ne sait plus où se mettre, pense-t-elle, et aussitôt elle repense à la maison.&lt;br /&gt;«  Je pourrait vous attaquer en justice, vous savez ? » Le bac à glaçons s’écrase sur le tapis, libérant les cubes de glace qui jaillissent jusque sur le carrelage. Stéphane n’est plus rouge de confusion, il est cramoisi. Julie éclate de rire. « Je viens d’apprendre que j’ai acheté la maison de Barbe Bleu, alors j’ai bien le droit de faire un peu d’humour noir ! En plus, vous avez été malhonnête envers moi, ce qui n’est pas le meilleur début pour une relation, non ?&lt;br /&gt;Il est tellement troublé qu’il ne relèvera les derniers mots quelle a prononcé que bien plus tard. Il est resté bouche bée, la lèvre inférieure bêtement pendante, la fixant avec l’incompréhension la plus totale. Comment peut-elle prendre tout cela avec, finalement, autant de légèreté ?&lt;br /&gt;« Il faudra que je vous raconte ma vie, un jour, vous comprendrez. Du moment que je ne risque pas de découvrir moi-même des cadavres dans la maison, je ne pense pas que cette histoire m’empêche de l’habiter. » Elle rit encore, puis reprend, abaissant sa voix jusqu’à un ton rauque peu naturel : «A moins que de redoutables psychopathes rodent encore le long des routes. » Stéphane s’est laissé gagner par le ton léger de Julie, soulagé de voir que finalement elle prenait la chose mieux qu’il aurait pu imaginer que quiconque la prenne, mais un peu surpris tout de même. Et c’est ce ton excessivement léger, qui le gène, qui le fait insister sur un détail. Il apprécie sa cliente, sa réaction ne la lui rend que plus sympathique, et il s’en veut d’autant plus de l’avoir mise dans cette position : « vous êtes sure que vous allez arriver à habiter là-bas sans faire de cauchemars chaque nuit ?&lt;br /&gt;Les yeux de Julie s’écarquillent dans une mimique digne d’un film d’horreur de bas de gamme, et sa voix reprend le ton rauque et faussement lugubre de tout à l’heure : « Vous croyez que je vais être attaquée par les fantômes surgissant des murs pour venir se venger d’être dérangés dans leur sommeil ?&lt;br /&gt;Stéphane, brusquement parcouru par un frisson ne répond pas. Il sent de nouveau l’odeur de poussière, de bois pourri, et perçoit le bruit de la respiration saccadée d’un petit garçon qui cours le plus vite possible en direction de son vélo, laissant derrière lui la masse imposante de l’alignement des maisons. Son visage soudain blême interpelle la jeune femme, un peu ironique.&lt;br /&gt;« Alors, vous croyez à ces histoires de maisons maudites !&lt;br /&gt;-- On m’a raconté quand j’était enfant que la maison était… dangereuse. Mais bien sûr, rien ne s’y est jamais passé. Enfin, depuis cette histoire.&lt;br /&gt;-- et vous n’y êtes jamais allé pour vérifier ?&lt;br /&gt;Stéphane secoue la tête, les yeux au sol.&lt;br /&gt;-- Et bien, vous n’étiez pas un gamin très curieux !&lt;br /&gt;Elle a posé son verre et regardé sa montre. « Il faut que je parte, j’ai des courses à faire et je dois partir à Marseille dès ce soir. Merci pour le verre. Et pour les renseignements. »&lt;br /&gt;Ils se sont levés de concert. Il la raccompagne à la porte, lui assurant qu’il est a sa disposition, et lui serre la main en haut des escaliers. Au moment de descendre le premières marches, elle s’est retournée vers lui, un peu pensive :&lt;br /&gt;-- Vous a-t-on jamais mis en garde, pour des choses stupides telles que : il ne faut jamais écraser une punaise, ou bien : si on fait pipi dans une piscine l’eau devient toute rouge ?&lt;br /&gt;Stéphane souri, se demandant ou elle veut en venir.&lt;br /&gt;-- Oui, probablement, quand j’ai commencé à apprendre à nager, on a du me dire ça.&lt;br /&gt;-- Et vous n‘avez pas été tenté de vérifier par vous-même ?&lt;br /&gt;Stéphane rit vraiment pour la première fois.&lt;br /&gt;-- Grand Dieu, non, j’aurais eu trop peur que ce soit vrai !&lt;br /&gt;Julie sourit de nouveau, à présent, avec une flamme mutine dans les yeux.&lt;br /&gt;-- Et bien, dès qu’on me la dit, moi, j’ai essayé. Et ce n’était pas vrai. Alors, pour les fantômes, on verra bien, non ?&lt;br /&gt;Stéphane ne répond pas pendant qu’elle descends les marches, et lorsqu’elle lui lance son bonsoir, d’en bas,  il ne lui répond que d’un signe de la main. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-7067287857125612594?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/7067287857125612594/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=7067287857125612594' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/7067287857125612594'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/7067287857125612594'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/08/chapitre-vi.html' title='chapitre VI'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-1411134587010939471</id><published>2007-08-22T05:12:00.000-07:00</published><updated>2007-08-22T05:13:44.830-07:00</updated><title type='text'>chapitre V</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;5&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-- Quelqu’un veut une bière ?&lt;br /&gt;-- On fait une pause !&lt;br /&gt;Pierre Mazan descend de l’échelle précautionneusement. Depuis qu’il est tombé en quatre-vingt-six, il a tendance à être très prudent quand il travaille en hauteur. Il s’en était magnifiquement tiré avec quatre côtes et le bras gauche cassé, et la cheville gauche salement amochée - il boîte un peu par temps de pluie- et le docteur à Marseille, lui avait dit qu’il avait eu une chance étonnante. A près de cinquante ans, il ne comptait plus trop sur la solidité de sa carcasse, ni sur la chance d’ailleurs. On n’est jamais à l’abri, se disait-il à chaque fois qu’il montait sur les barreaux métalliques. Jamais plus il n’était monté avec son ancienne désinvolture, et il se méfiait du Mistral comme du diable.&lt;br /&gt;En bas, les deux manœuvres sont déjà près de la glacière en plastique bleu, posée à l’ombre de la maison. Ils n’entreposent pas leur casse croûte dans la maison, préférant manger dehors. Arrivés à la fin du deuxième mois de travaux, il avaient quasiment terminé, bien contents d’en voir le bout. Le mois de juin entamait sa descente infernale dans la chaleur, multipliant les pauses bières, et ralentissant le travail. Un sac de ciment pèse toujours plus lourd au mois de juin qu’au mois de janvier. Et c’est encore pire entre juin et septembre.&lt;br /&gt;Julien est assis sur la glacière, ses jambes écartées largement, les talons de ses grosses chaussures plantés dans l’herbe écrasée et poussiéreuse. Il tient une canette de Kro dans sa main, les coudes appuyés sur ses cuisses, dans la posture étrange d’un équilibriste en repos sur un fil.&lt;br /&gt;C’est son fils, et il a tout juste vingt ans. Il est beau, bronzé, a un sale caractère mais c’est un bon ouvrier. Leurs relations ont changé depuis qu’il travaille avec son père. Il a appris à respecter ses mains calleuses, son visage fatigué, le soir, et sa façon un peu bourrue de dire les choses, mais Pierre n’a jamais été un bavard, et à force de donner des directives, sur les chantiers, il a fini par parler à sa famille comme à ses ouvriers : avec brièveté et fermeté. Jean-Marc est assis sur les talons, le cul en arrière, une bretelle de sa salopette traînant sur le sol. Julien s’est levé pour ouvrir la glacière, faisant claquer les clips de plastique qui la maintiennent fermée, et tend une canette de bière à son père&lt;br /&gt;-- Oh Jeannot, tu veux rien boire ?&lt;br /&gt;-- Nan, ça va, merci. Je suis un peu embrouillé.&lt;br /&gt;-- Oh, t’as passé une soirée fatigante ?&lt;br /&gt;Jean-Marc souri, un peu gêné. La soirée arrosée de la veille lui tire les cheveux depuis le début de la matinée. Jean-Marc a tendance à sortit de plus en plus souvent ces temps-ci. Pierre se dit qu’il devrait peut-être essayer de lui dire un mot à se sujet, mais s’il ne peut le faire avec son propre fils, comment s’y prendre avec un étranger ?&lt;br /&gt;-- T’as pas fini les plâtres, là-haut ?&lt;br /&gt;-- Presque. Manque un pan de mur, c’est tout. Après, j’attaque le couloir.&lt;br /&gt;Il regarde son patron :&lt;br /&gt;-- Il faudra aller chercher un autre sac, je crois. Parce que le dernier est déjà au tiers.&lt;br /&gt;-- Ouais, demain matin, ça ira ?&lt;br /&gt;-- Ca ira.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Pierre ne le regarde déjà plus. Une AX rouge vient de pénétrer dans la cour, en soulevant un nuage de poussière. La fille se gare devant le hangar de droite, en face d’eux, et descend de la voiture le moteur à peine arrêté et lance son bonjour en posant le pied sur la terre poussiéreuse et sèche de la cour. Elle est vêtue d’un pantalon de treillis noir et d’un débardeur bleu marine un peu large, une façon pour elle d’être parfaitement à l’aise. Julien s’est levé d’un bon, et Jean-Marc, un peu moins prestement, déplie son mètre quatre vingt dans un mouvement maladroit, une sorte d’étirement grinçant. Son mal de tête semble décupler, malgré les deux Efferalgans du matin, et le citrate qui les a accompagnés. Il s’essuie les mains sur les fesses avant de serrer celle que la jeune femme lui tend en souriant. Elle a un joli sourire, large, et des yeux pétillants.&lt;br /&gt;« -- Je viens voir un peu où vous en êtes…&lt;br /&gt;-- Ben, venez voir, on a bien avancé. » et Pierre se dirige  vers la maison, la fille sur les talons et sa bière à la main.  « L’étage est quasiment terminé vous savez, Y a plus grand chose à faire !&lt;br /&gt;-- J’ai hâte de pouvoir emménager, vous savez. La pension de famille ou je suis logée est très bien  - elle insiste, c’est lui qui lui a recommandé l’adresse le jour où ils ont convenu des travaux- mais enfin, on est mieux chez soi, n’est ce pas ?&lt;br /&gt;-- Y a pas à dire.&lt;br /&gt;Dehors, les garçon ne se sont pas rassis, et Julien, tourné vers la porte par laquelle son père et la fille viennent de disparaître, tâte la poche de sa chemise à la recherche de son briquet, une Marlboro light dans la main. Jean-Marc, un pas derrière lui, lui lance à voix mesurée :&lt;br /&gt;-- Pas vilaine, hein ?&lt;br /&gt;Julien se retourne, souriant vaguement, et un peu rougissant, les yeux au sol.&lt;br /&gt;-- Ouais, on se demande ce qu’elle vient faire là, toute seule.&lt;br /&gt;-- Qu’est ce qu’on en sait si elle est seule ?&lt;br /&gt;-- J’sais pas, mais elle en a l’air en tout cas.&lt;br /&gt;Jean-Marc ri.&lt;br /&gt;-- T’as l’air accro, toi, dis moi&lt;br /&gt;Julien rougi un peu plus.&lt;br /&gt;-- Ouais, c’est ça, Ducon, et ta sœur suce des ours au Canada.&lt;br /&gt;Jean-Marc éclate franchement de rire, d’un grand rire qui résonne sur les murs de la maison, avant de s’échapper vers la plaine.&lt;br /&gt;            Dans la maison, l’inspection des travaux est rapide, et Pierre s’apprête à descendre l’escalier quand la jeune femme lui demande :&lt;br /&gt;-- et la salle de bain ?&lt;br /&gt;Pierre se retourne vers elle, sans la regarder vraiment dans les yeux.&lt;br /&gt;-- Elle est terminée, aussi.&lt;br /&gt;-- alors, je peux la voir ?&lt;br /&gt;Pierre, mal à l’aise, bredouille un «bien sûr » confus, s’emmêlant dans ses mots, lui qui a si peu l’habitude de parler. Il ne peut pas échapper à cette visite, et il n’a aucun motif valable -ou non d’ailleurs- pour éviter d’entrer dans la pièce. Mais il ne peut pas lui confier cette impression désagréable qu’il a ressenti. Comment dire une chose pareille, même pas une chose d’ailleurs, une impression, un malaise, quoi ? C’est une étrangère, sa patronne qui plus est, alors, que faire ? Elle le prendrait pour un fou, s’il  tentait de lui expliquer combien les journées à travailler dans cette pièce ont été longues, avec cette sensation étrange, désagréable, et l’envie qu’il avait eu de finir vite, quitte à bâcler un peu un joint de carrelage, ici ou là. Une fois le travail terminé, il se souvenait du soulagement qu’il avait ressenti et la façon rapide qu’il avait eu de ranger les outil pour les sortir de la pièce et les ramener dans le camion en faisant le moins d’allers retours possibles. Et en fermant la porte, il s’était dit un peu stupidement qu’il n’y remettrait pas les pieds, ce qu’il n’avait plus fait, d’ailleurs. Et même maintenant, après un certain temps, il n’y tenait pas.&lt;br /&gt;-- Il y a un problème ?&lt;br /&gt;-- Non, ce n’est… C’est juste…&lt;br /&gt;Il la regarde droit dans les yeux, cette fois-ci. Il apprécie sont regard, à ce moment là. Elle à l’air intriguée, et ses yeux sont fixés sur lui, avec tout son intérêt.&lt;br /&gt;-- Cette maison, vous connaissez son histoire ? Ce qui s’y est passé il y a des années ?&lt;br /&gt;-- Non, absolument pas, quelle histoire ?&lt;br /&gt;Mais Pierre secoue la tête. Il ne se sent pas de taille, là, à l’instant, devant la porte de la salle de bain précisément, de lui raconter quoi que ce soit. D’autant qu’il se dit, un peu lâchement, que ce n’est pas à lui de le faire.&lt;br /&gt;-- Et bien, il s’est passé des choses ici, dramatiques. Mais il y a des années, et je ne suis pas trop au courant. Et puis, je suis pas sûr que ça ai une quelconque importance.&lt;br /&gt;La jeune femme avait le regard un peu plus brillant, encore plus inquisiteur. Elle perçoit dans le ton une sorte de contradiction, elle voit bien qu’il regrette d’avoir parlé de cette histoire.&lt;br /&gt;-- Mais ça m’intéresserai de savoir quand même.&lt;br /&gt;-- Faudrait demander à quelqu’un du village, moi, je suis ici que depuis quelques années... C’est juste des choses que j’ai vaguement entendu dire.&lt;br /&gt;La jeune femme voudrait insister, mais elle se retient. Visiblement, le maçon ne tiens pas à raconter quoi que ce soit. Et peut-être est-il sincère d’ailleurs, bien que son regard fuyant l’ai intriguée.&lt;br /&gt;En pénétrant dans la salle de bain, aménagée dans la pièce de droite, à l’étage, Pierre est parcouru par un frisson. Une fois la poignée tournée et la porte poussée, la pièce apparaît telle qu’elle était avant les travaux. Dans la lumière filtrant à travers le volets cassés, projetant sur le sol des ombres déconstruites, il voit nettement les motifs délavés de la tapisserie, des paniers de fleurs dont les couleurs avaient dues être vives et gaies, avant que le temps et l’humidité ne décollent par endroits le papier, qui faisant a présent des bulles sur le mur, gondolant lamentablement pour finir déchiré près du sol, là ou les souris avaient pu l’arracher. Le sol, recouvert de poussière et de morceaux de plâtre détachés du plafond, portait encore les tomettes rouges, inégales et branlantes qu’il avait lui-même retirées avant de refaire le carrelage. Une chaise en paille cannée trône dans un coin de la pièce, vomissant le tressage défoncé sur le sol, la paille faisant une chevelure incongrue et inversée au petit meuble. Sur le dossier, accroché au montant droit, un foulard, probablement rouge, se soulevait par intermittence, au gré du courant d’air créé par l’ouverture de la porte. Dans le coin droit, un album de photographies à la couverture de cuir, avec ses pages épaisses, termine de moisir&lt;br /&gt;-- C’est magnifique ! Exactement comme je la voulais !&lt;br /&gt;Pierre a sursauté. La jeune femme le bouscule un peu pour pénétrer dans la pièce, blanche et lumineuse. Les vitres de verre dépoli posées la veille diffusent une lumière douce dans la pièce. Le long du mur qui fait face à la porte, le bâti carrelé de blanc supporte une vasque, blanche elle aussi, et au bout, la baignoire avec ses accoudoirs luxueux. Et l’immense miroir qui semble repousser l’espace. Pas de poussière ici, ni de chaise, ni d’album. Rien que le blanc, l’odeur de la peinture fraîche, et les traces blanches laissées par le plâtre, ici ou là. Pierre a très chaud, soudain, il a l’impression de rougir comme un collégien qui reçoit son premier baiser au beau milieu de la cour du bahut, et en même temps, ce qui le fait transpirer  n’est pas seulement cette impression de stupidité qu’il ressent. La pièce lui donne chaud, comme si, soudain, il s’apercevait qu’il était resté un peu trop au soleil.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-1411134587010939471?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/1411134587010939471/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=1411134587010939471' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/1411134587010939471'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/1411134587010939471'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/08/chapitre-v.html' title='chapitre V'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-6049488997061171761</id><published>2007-08-22T05:11:00.000-07:00</published><updated>2007-08-22T05:12:49.861-07:00</updated><title type='text'>chapitre IV</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;4&lt;br /&gt;M…, le 02 décembre&lt;br /&gt;Ma petite chérie&lt;br /&gt;Ça y est, j’ai trouvé la maison !&lt;br /&gt;Elle va beaucoup te plaire, elle ressemble à la maison qu’on avait en Bretagne, tu te souviens ? elle est très grande, et il y a d’autres maisons autour. Elles  ne sont pas habitées, alors dés que tout sera prêt, Papi et mamie pourront venir nous rejoindre. Ce ne sera pas tout de suite parce qu’il y a beaucoup de choses à faire avant, mais je suis sûre qu’on sera très bien ici.  Je vais faire les travaux qu’il faut et dès que ce sera fini, tu pourra venir me rejoindre. Je viendrai te chercher et j’espère que tu pourra faire ta rentrée à l’école ici. C’est un petit village comme tu en avais envie, et la maison est au milieu des champs avec rein autour, comme tu en rêvait. Ce n’est pas trop loin du village et tout est tellement tranquille que des que tu auras des amis tu pourra y aller en vélo, toute seule comme une grande !&lt;br /&gt;J’espère que cela te plaira.&lt;br /&gt;Mamie m’a parlé de la colonie de vacances ou va Manon, je suis d’accord pour que tu y ailles aussi. Elle va m’envoyer les papier et je m’occuperai de tout. Je suis contente que tu aies envie d’y aller..&lt;br /&gt;J’espère que tout ce passe bien et que tu travaille toujours aussi bien. Sois bien sage ma petite puce, et fais de gros bisous à papi et mamie pour moi.&lt;br /&gt;Je te téléphone ce soir ou demain, donc tu recevra la lettre après.&lt;br /&gt;.&lt;br /&gt;Je t’embrasse mon amour.&lt;br /&gt;Ta petite maman qui t’aime fort.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-6049488997061171761?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/6049488997061171761/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=6049488997061171761' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6049488997061171761'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/6049488997061171761'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/08/chapitre-iv.html' title='chapitre IV'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-5122487667675383068</id><published>2007-08-21T06:16:00.000-07:00</published><updated>2007-08-21T06:17:23.334-07:00</updated><title type='text'>Chapitre III</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;3&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vieux a posé son verre de pastis très lentement sur le comptoir du Bar des Sports, le seul bar du village où il peut aussi acheter son tabac, lire son journal et suivre les matches de football lorsqu’ils sont retransmis sur la chaîne cryptée. Ses yeux sont restés dans le vague un moment, un long moment où il n’entendit plus le bruit du baby-foot malmené, ni les exclamations des jeunes qui se provoquaient verbalement et non plus les brèves remarques des joueurs de contrée assis juste derrière lui. Un très long moment où il n’entendit qu’un long cri interminable, un coup de feu et le bruit d’un meuble qui se brise.&lt;br /&gt;Il hoche la tête lentement, et sans regarder son interlocuteur, il dit:&lt;br /&gt;-- C’est bien qu’elle soit habitée de nouveau. C’est une femme, tu m’as dit ?&lt;br /&gt;-- Oui, plutôt jeune, en plus.&lt;br /&gt;-- Elle est seule ?&lt;br /&gt;-- Oui, je crois. En tout cas, l’acte de vente est établi à son nom.&lt;br /&gt;Stéphane laisse le silence conclure sa réflexion, avant de jeter un sourire du côté de son grand-père :&lt;br /&gt;-- Elle est plutôt jolie.&lt;br /&gt;Le vieux a levé un sourcil, lui jetant un coup d’œil en coin.&lt;br /&gt;-- Ca fait beaucoup de plutôt, ça, non ?, Et sans attendre de réponse, il demande : Elle n’a rien dit sur la maison ?&lt;br /&gt;-- Non. On a juste fait le tour et elle a dit que l’endroit lui plaisait.&lt;br /&gt;Le vieux frissonne :&lt;br /&gt;-- Elle l’a pas trouvé lugubre ?&lt;br /&gt;-- Non, apparement.&lt;br /&gt;Darius reprend une gorgée de pastis et enfourne une poignée des cacahuètes disposées devant lui dans une coupelle argentée au pied un peu poussiéreux. Le bar a du laisser aller depuis la mort de la mère Souillac, le fils est un poivrot ignare qui sait tout juste doser son pastis.&lt;br /&gt;-- La maison, là-bas, elle est isolée. Il n’y a pas le téléphone ni l’électricité. Tout ce qu’il y a, c’est le raccordement à l’eau parce que le pauvre Jacques pensait que ce serait plus facile pour la vendre. Alors, quand ils ont construit la route goudronnée avec l’alimentation en eau dessous, il a fait prolonger les tuyaux jusque là-bas. La mairie en a payé un peu parce qu’ils espéraient la transformer en colonie de vacances. Mais le pauvre Jacques n’a jamais voulu la leur vendre à cause de ça. Il ne voulait pas que des enfants dorment là-bas.&lt;br /&gt;Il y eu un silence que Stéphane, ne voyant pas où voulait en venir son grand-père, failli rompre, mais celui-ci reprit en appuyant sur les mots avec un sourire et des jeux de sourcils:&lt;br /&gt;-- Et qu’est-ce qu’elle va y faire, ta plutôt jolie et plutôt jeune cliente ?&lt;br /&gt;-- y habiter, visiblement. Elle devait aller voir Mazan pour les travaux, cette après-midi. Le vieux lève de nouveau la tête, surpris.&lt;br /&gt;-- Quoi, elle a déjà signé, payé et tout ?&lt;br /&gt;Stéphane sourit de toute ses dent, tellement qu’il pourrai illustrer une pub pour dentifice.&lt;br /&gt;-- Cash, Papé. Elle est pleine aux as !&lt;br /&gt;-- Et le Mazan, il est d’accord ?&lt;br /&gt;-- Je l’ai appelé avant de venir, pour voir comment ça c’était passé. Il m’a dit qu’il commence la semaine prochaine.&lt;br /&gt;Le vieux hoche la tête, un court instant pensif. Puis il secoue la tête, avant de jeter un regard en coin à son petit fils :&lt;br /&gt;- Plutôt jolie, plutôt jeune et pleine aux as, hein ?&lt;br /&gt;Stéphane glousse comme une adolescente un peu gauche.&lt;br /&gt;-- Ouais !&lt;br /&gt;-- Encore une petite voleuse d’héritage, hein, qui s’est mariée avec un vieux riche pour le détrousser et le tuer de fatigue !&lt;br /&gt;Le jeune garçon rit un peu plus franchement, et réprimande d’un regard un peu acide son grand-père qui ricane.&lt;br /&gt;-- Papé !&lt;br /&gt;-- Bon, c’est pas tout ça, mais moi, il faut que je me rentre, dit-il en descendant de sa chaise, rangeant son tabac dans la poche arrière de son  pantalon de chasse. Il ramasse sa casquette sur le comptoir et la frappe sur sa cuisse, avant de la caler des deux mains sur sa tête. En remettant enfin sa pipe à la bouche, il répète, reprenant son sérieux :&lt;br /&gt;-- C’est bien qu’elle soit habitée de nouveau. C’est bien. Bravo pitchoun.&lt;br /&gt;Puis, changeant de ton comme de sujet, il ajoute :&lt;br /&gt;-- Passe le bonjour à ta mère, j’y suis pas allé aujourd’hui.&lt;br /&gt;Il a un vague sourire, étonnamment blanc vu sa consommation de café et de tabac.&lt;br /&gt;-- Elle est un peu en rogne, mais dit lui toi, je viendrai pas habiter au village. Ça fait cinquante ans que je suis là bas, et j’y suis bien.&lt;br /&gt;Son sourire devient plus franc et plus brillant encore.&lt;br /&gt;-- Et je suis pas encore un vieux sénile, dis-lui.&lt;br /&gt;-- C’est juste qu’elle s’inquiète, Papé. Elle voudrait juste que tu sois plus près, au cas où… Le vieux hausse les épaules et lui donne sa réplique favorite.&lt;br /&gt;- A part mourir, qu’est ce que tu veux qu’il m’arrive ? Ta mère, elle croit que venir au village, ça va me rendre éternel ! Elle comprend pas, tu vois. Je ne veux pas partir ailleurs que dans ma maison. Bon, je vais louper les informations régionales. Allez, à demain pitchoun.&lt;br /&gt;Stéphane soupire en souriant. Encore une fois, l’anguille s’échappe habilement.&lt;br /&gt;- A demain, Papé.&lt;br /&gt;            Le vieux sort du bar en saluant les joueurs de belote installés près de l’entrée, leurs verres de pastis posés à chaque coin de la table, grattant de leurs ongles sales les cartes à jouer racornies et grasses.&lt;br /&gt;-- Oh Darius, t’as raté une sacrée mène, y sont encore capot !&lt;br /&gt;le vieux ouvre la porte, et les protestations des perdants l’accompagnent dans la bouffée d’air frais qui l’entraîne dehors.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-5122487667675383068?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/5122487667675383068/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=5122487667675383068' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/5122487667675383068'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/5122487667675383068'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/08/chapitre-iii.html' title='Chapitre III'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-7119017574894873916</id><published>2007-08-21T06:08:00.000-07:00</published><updated>2007-08-21T06:09:19.431-07:00</updated><title type='text'>Chapitre II</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;2&lt;br /&gt;Le garçon a ramené la jeune femme jusqu’à l’agence, bavardant le long des vingt kilomètres qui les séparaient de la ville de Manosque. Il la renseigne sur la région, les habitudes du coin, les fêtes estivales. Comme dirai son grand-père, il fait la pub. Mais elle a l’air déjà pas mal renseignée, et tout à fait convaincue, de toute manière. Elle est tellement jeune, on dirait presque une adolescente. Stéphane, avec ses 26 ans, a presque l’impression d’être plus vieux qu’elle. Il n’ose pas lui poser les questions qui lui tournent dans la tête, et pourtant, avec cette jolie jeune femme à côté de lui dans la clio blanche, il aimerait bien savoir, discuter plus personnellement. Elle a une voix douce, sans accent, et des manières de citadine. A l’aller, il lui a «vendu » la maison, et le village, maintenant, il aurait presque envie de se vendre, lui.&lt;br /&gt;« Vous n’êtes pas de la région n’est-ce pas ? »&lt;br /&gt;Elle ri.&lt;br /&gt;« Non, je suis de la région parisienne. Je n’y suis pas né, mes parents sont des bretons déracinés.&lt;br /&gt;-- Et vous faîtes quoi dans la vie ?&lt;br /&gt;-- J’écris des histoires pour les enfants, et je fais des illustrations parfois.&lt;br /&gt;-- Et ça marche bien ?&lt;br /&gt;Elle ri encore, un peu plus fort.&lt;br /&gt;-- Plutôt pas mal. Et vous, ça marche bien, non, avec la bicoque que vous m’avez fourguée !&lt;br /&gt;Stéphane a rougi brusquement.&lt;br /&gt;-- Ne soyez pas gêné, cette maison est exactement ce que je cherchais, et, sincèrement, je ne pensais pas un instant qu’il était possible de trouver un endroit pareil.&lt;br /&gt;-- Mais elle est si…&lt;br /&gt;-- Grande ! Mais si vous aviez habité toute votre vie la banlieue parisienne, et pas la plus luxueuse, qui plus est, vous apprécieriez l’espace, croyez moi ! J’ai partagé la chambre de ma sœur pendant vingt ans. Dix mètres carrés pour deux pendant toutes ces années, à se marcher dessus, à se chamailler - ma sœur est désespérément ordonnée et moi bordélique au  possible- et quand on a acheté notre premier appartement, mon mari et moi, je ne rêvait que d’un immense loft démesuré ! Et en guise de loft nous nous sommes installés dans un minuscule T2 de quarante cinq mètres carrés…&lt;br /&gt;-- et maintenant vous vous offrez dix maisons d’environs cent mètres carrés chacune ! C’est une sacrée progression en si peu de temps.&lt;br /&gt;Un courant d’air glacé traverse la voiture.&lt;br /&gt;-- Oui, sacrée progression.&lt;br /&gt;Elle ne sourit plus, et malgré les efforts de Stéphane pour relancer la conversation, le silence s’installe pesamment jusqu’à l’agence.&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-7119017574894873916?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/7119017574894873916/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=7119017574894873916' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/7119017574894873916'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/7119017574894873916'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/08/chapitre-ii.html' title='Chapitre II'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2102194156875460618.post-8940331475329086701</id><published>2007-08-21T06:06:00.000-07:00</published><updated>2007-08-21T06:07:41.067-07:00</updated><title type='text'>Chapitre I</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;1&lt;br /&gt;C’est une bâtisse construite tout en longueur.&lt;br /&gt;Une dizaine de maisons alignées le long d’une cour intérieure longue de cent cinquante mètres environs, peut-être deux cent, et large de trente. Des arbres touffus, des buissons et des herbes comblent les espaces laissés entre les bâtisses, et face aux maisons, de l’autre côté, l’alignement se complète de hangars de pierre ouverts largement sur la cour, les anciennes écuries, étables, et une immense citerne délabrée de cent vingt mètres cube. De chaque côté, à l’extérieur, deux chemins de terre, la longent. Une bande de jardins clos comble l’espace entre le chemin de devant et les maisons. Ce périmètre est couvert d’herbes hautes jaunies par le soleil, d’arbres imposants livrés à eux même, et parsemés de squelettes mécaniques, antiques tracteurs délabrés, charrues rouillées abandonnées au lierre grimpant et au chiendent. Quelques voitures aussi, une 4L tronquée en deux mangée de rouille, une deux chevaux reposant de guingois sur ses essieux et des grosses pierres, des pièces de carrosserie éparpillées. De la rouille, de l’herbe et des cailloux. Quelques arbres. C’est tout.&lt;br /&gt;Les  deux immenses hangars et la citerne, reliés aux maisons d’un côté par un haut mur, de l’autre pas un bosquet d’arbres compact forment la cour, elle aussi envahie d’herbes, là où le passage de l’agent immobilier et des visiteurs ne l’a pas écrasée, créant un léger sillon entre le porche d’entrée -deux piles de pierres imposantes -, et la porte de la plus grande maison, celle pourvue d’un étage, et qui est dégagées de ces arbres envahissants et du lierre vorace qui ont presque engloutis les autres maisons. Devant les deux bâtiments qui cernent l’entrée, le sol tassé pendant des décennies par le passage des machines et des bêtes a quelque peu échappé à l’envahisseur, presque aussi sec et poussiéreux que celui des chemins qui parcourent la plaine.&lt;br /&gt;Il n’y a que le bruit du vent et deux énormes platanes qui ombragent l’entrée de la maison.&lt;br /&gt;«Toutes les maisons sont construites sur plus ou moins le même modèle : salle à manger cuisine, deux ou trois chambres, une porte côté cour et une autre côté jardin. Certaines ont des commodités qui ont été installées à l’intérieur, toutes sont indépendantes, et si on laisse les arbres en place, elles sont suffisamment isolées les unes des autres pour pouvoir y habiter à plusieurs familles sans vivre les uns sur les autres. Seule la maison principale diffère, puisqu’elle a un étage. Cent quatre vingt mètres carrés sur deux étages, et un grenier qui la couvre en totalité, et de hauteur suffisante pour se tenir debout. »&lt;br /&gt;L’homme attend un commentaire qui ne vient pas, et reprend :&lt;br /&gt;« La maison du fond, là bas, - il désigne l’extrémité Ouest de l’alignement, virtuellement clos par une imposante maison cernée de végétation épaisse- est en fait un ensemble de douze chambres, réparties sur environs cent mètres carrés, avec une pièce qui servait de réfectoire, et une autre de douches collectives. C’est l’endroit où logeaient les ouvriers de passage et les célibataires. C’est ainsi qu’elle s’appelle d’ailleurs, la maison des célibataires. Là, - Il désigne les maisons situées entre celle du fond et la maison principale, balayant de son geste deux maisons qui se font face et trois autres face au hangar le plus éloigné de l’entrée - ce sont, les maisons des ouvriers résidants, ceux qui vivaient ici en permanence, avec femmes et enfants. Certaines ont été habitées par les enfants du propriétaire, mais je ne sais pas lesquelles. Elles ne sont pas très grandes, vous verrez, mais on peut facilement loger une famille de quatre personnes dans chacune d’elles. Ici, c’est la plus grande, on l’appelait la demeure, c’est celle du propriétaire, c’est pour ça qu’elle est la plus près de l’entrée. Cent quatre vint mètres carrés sur deux étages. Je vous l’ai dis, déjà, non ? Il y aura des travaux à faire, mais ce sont de beaux volumes. Il reste quelques vieux meubles à l’intérieur, nous vous en débarrasserons si vous voulez. »&lt;br /&gt;L’homme, les points fermés dans les poches de sont pantalon, regarde ses chaussures, cherchant à fuir du regard le silence pesant de la visiteuse. Il n’y a pas grand chose à dire sur la bicoque qui permette d’accrocher. Le coin est sympa, l’ensemble bucolique, mais elle est invendable. Qui voudrait d’un tel espace, d’un endroit aussi immense si ce n’est un promoteur immobilier, qui voudrait en faire un complexe sportif ou un centre de vacance ? Mais voilà, aucun ne s’intéressait à ce coin de Provence perdu dans les lavandes. C’est joli, oui, mais pas de mer, pas de lac, pas de balades en montagne. Une chaleur écrasante l’été, un ennuis mortel l’hiver, une piscine municipale avec ses trois bassins réglementaire, et un camping qui périclite depuis dix ans, survivant tout juste par la volonté de la municipalité de conserver un lieu d’accueil pour d’improbables touristes de passage, puisque aucun des deux hôtels du village n’a survécu.&lt;br /&gt;L’homme recommence à lui faire l’article, perdant un peut d’enthousiasme en lui montrant la dernière maison visible, en face de l’entrée, un peu en retrait : « Et voilà l’école. Parce qu’il y avait beaucoup d’enfants qui vivaient ici, et aux alentours. Pour leur éviter d’aller au village, on leur a construit une école. Il y a un logement pour quatre personnes -les instituteurs vivaient sur place, eux aussi- et deux salles de classe qui donnent au sud, vers la plaine. La seconde entrée, par là-bas, était celle par laquelle passaient les enfants. Il y a deux maisons de plus au bas du silo, derrière le bosquet - il désigne l’est de la cour et la perspective bouchée par un fouillis d’arbres et de lierre - Si vous voulez me suivre…&lt;br /&gt;-- Ce ne sera pas nécessaire.&lt;br /&gt;Bon, rien de bien surprenant. Il a encore usé sa salive pour rien, c’est classique Il se retrouve face à un particulier qui cherche à investir dans de la belle pierre, par exemple dans une ferme. Il lui parle de cette «fabuleuse occasion », excellent rapport qualité prix, des travaux à entreprendre, mais une réelle opportunité. Il la place à chaque fois. Et les gens viennent visiter, intrigués, et repartent aussitôt. Un jour, une femme lui avait dit qu’il faudrait raser les maisons pour que ça soit rentable, et elle n’avait pas tout à fait tord. Une seule maison, ce serait si simple à vendre. Mais impossible d’en vendre une seule pendant que les autres tombent en ruine. Qui viendrait habiter ici, dans ce hameau désert, avec les silhouettes fantomatiques et pesantes de ces bâtisses vides tout autour ? Il se disait qu’un jour il tomberai sur un guru qui viendrai installer sa communauté dans les maisonnettes, et qu’il savait qu’il ne pouvait ni le prévoir, ni empêcher que ça arrive.&lt;br /&gt;« Je prends le tout, mais pas le bois dont vous m’avez parlé à l’agence. L’entretien de cet endroit me demandera suffisamment d’énergie sans que je m’encombre d’un bout de forêt. »&lt;br /&gt;Il regarde brusquement la femme, surpris. Elle n’a pas détaché son regard de la grande bâtisse, plantée au milieu de la cour, les mains enfournées dans les poches de sa veste de survêtement grise, son sac en bandoulière sur l’épaule droite. C’est un sac en toile comme en portent les appelés du contingent qui sortent chaque week-end de l’arsenal, à Toulon, sauf qu’il est plus petit, et rouge. Un sac de petite fille, ou d’adolescente, mais pas celui d’une femme. Pourtant, elle a de l’assurance, et sa voix est ferme quand elle reprend :&lt;br /&gt;«  Y a-t-il au village un maçon qui pourrait venir me faire un devis et commencer des travaux rapidement ? Juste la maison principale, pour la rendre habitable. » Elle se tourne vers lui « Je voudrais pouvoir l’habiter aussi rapidement que possible.&lt;br /&gt;-- Oui, bien sûr, ce doit être possible… dit-il, mangeant un peu ses mots.&lt;br /&gt;La femme a déjà tourné les talons en direction de la voiture, le laissant planté devant la maison qui l’enserre dans son ombre et qui, après plus de quinze ans d’attente, vient sans discussion de trouver un acquéreur.&lt;br /&gt;-- On y va ?&lt;br /&gt;-- Vous ne voulez pas voir l’intérieur ? Tout de même, c’est une vielle maison et…&lt;br /&gt;La fille s’est retournée, et elle le regarde droit dans les yeux, un léger sourire, un peu ironique, esquissé sur ses lèvres.&lt;br /&gt;-- Ne m’avez vous pas dit qu’elle était en état ? Pas plus de trois cent mille francs de travaux pour rénover la grande, c’est bien ça ?&lt;br /&gt;-- Oui, bien sûr, mais tout de même c’…&lt;br /&gt;-- Je vous fait confiance, et en plus j’aime cet endroit, monsieur Déraud, intérieur pourri ou pas. Qui plus est, à ce prix là, je peux me permettre de rénover toutes ces maisons, l’une après l’autre et de construire une piscine devant chacune, voire d’en faire des bâtisses de grand luxe. Vous voyez ce que je veux dire ? Alors, à moins que vous n’ayez vraiment pas envie de la vendre… Cela fait un bout de temps que qui que ce soit ne l’a visitée, non ?&lt;br /&gt;-- Les habitants de ce village parlent toujours trop, réplique l’homme, amusé.&lt;br /&gt;-- Oh, détrompez-vous !, Et d’un geste large elle montre la cour, et le petit sentier qui mène à la porte de la maison principale, «Combien cette année ? Deux, trois, moi y comprise ? Je n’ai pas besoin d’entendre dire que cette maison n’intéresse personne, c’est écrit dessus !&lt;br /&gt;L’homme, vaguement mal à l’aise, a suivit son geste du regard, détaillant le délabrement de l’endroit.&lt;br /&gt;-- Ben si, la preuve.&lt;br /&gt;Elle sourit, avec un haussement des épaules marqué regardant la maison.&lt;br /&gt;-- Elle me plaît, elle a du caractère. On va bien s’entendre, elle et moi.&lt;br /&gt;Et, à cet instant, l’homme a l’impression étrange que la  maison acquiesce.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2102194156875460618-8940331475329086701?l=lamaisonsurlaplaine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/feeds/8940331475329086701/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=2102194156875460618&amp;postID=8940331475329086701' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/8940331475329086701'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2102194156875460618/posts/default/8940331475329086701'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lamaisonsurlaplaine.blogspot.com/2007/08/chapitre-i.html' title='Chapitre I'/><author><name>MATI</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry></feed>
